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Chlordécone aux Antilles: une nouvelle étude lancée pour mesurer l'imprégnation de la population

Une nouvelle étude en Guadeloupe et en Martinique va mesurer "l'évolution de l'imprégnation" de la population à la chlordécone et d'autres pesticides comme le glyphosate, ainsi qu'à des métaux lourds comme le plomb, selon une annonce de Santé publique France, un établissement public dépendant du ministère de la Santé.

"Cette nouvelle étude est importante pour améliorer les connaissances afin de poursuivre et renforcer les mesures de prévention de l'exposition à la chlordécone et autres polluants aux Antilles, avec des mesures d'accompagnement adaptées", a exposé l'agence sanitaire dans un communiqué lundi soir.

L'imprégnation au glyphosate et à des métaux lourds mesurée

Elle portera sur plus de 3.000 personnes tirées au sort et acceptant d'y participer, dont 700 enfants d'au moins 6 ans, et se déploiera de janvier à juillet en Guadeloupe continentale et en Martinique.

L'objectif est notamment de "mesurer l'évolution des niveaux d'imprégnation de la population à la chlordécone, 10 ans après la première étude" et "d'évaluer l'imprégnation à une sélection d'autres molécules (pesticides et métaux lourds), dont certains pour la première fois comme le glyphosate, les métabolites des pyréthrinoïdes (insecticides) et plusieurs métaux lourds (plomb, arsenic, mercure)", a détaillé SpF.

Une étude pour détecter les profils les plus touchés

La précédente étude a montré que plus de 9 Antillais sur 10 avaient de la chlordécone détectable dans le sang et que 14% des adultes en Guadeloupe et 25% en Martinique dépassaient le seuil au-delà duquel des effets sont possibles sur la santé.

L'étude vise aussi à identifier les facteurs associés au niveau d'imprégnation élevé dans la population ou à étudier l'imprégnation des plus sensibles (enfants et femmes en âge de procréer) et plus exposés (travailleurs agricoles, pêcheurs, résidents en zone contaminée). "La participation du plus grand nombre est indispensable pour la réussite de cette étude", a insisté la directrice générale de SpF, le Dr Caroline Semaille, soulignant son intérêt pour la population antillaise.

Un "scandale sanitaire"

Le chlordécone, pesticide répandu dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, a été interdit aux Etats-Unis dès 1975, mais autorisé en France de 1972 à 1990, et même jusqu'en 1993 aux Antilles, où il a bénéficié d'une dérogation.

S'ils ont reconnu un "scandale sanitaire", des juges d'instruction du pôle santé du tribunal judiciaire de Paris ont prononcé début 2023 un non-lieu dans l'enquête sur l'empoisonnement des Antilles au chlordécone, mettant fin à une information judiciaire ouverte en 2008. Indignées, les parties civiles ont fait appel.

Article original publié sur BFMTV.com