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La Chine a-t-elle ouvert 54 postes de police illégaux en Europe et dans le monde ?

La Chine a-t-elle ouvert 54 postes de police illégaux en Europe et dans le monde ?

Les révélations dans la presse hollandaise hier ont levé le voile sur la présence aux Pays-Bas de postes chinois illégaux de police. L’un se trouverait à Amsterdam et l’autre à Rotterdam. Selon des témoignages, ils pourraient servir à intimider des membres de la communauté chinoise locale. Mais au-delà des Pays-Bas, ces installations clandestines seraient en réalité répandues à travers toute l’Europe et au-delà. C’est en tout cas ce qu’affirme un rapport de l'ONG Safeguard Defenders.

Où se trouveraient ces postes de police ?

Dans son rapport publié au mois de septembre dernier, Safeguard Defenders faisait état de 54 postes de police chinois implantés dans 25 villes à travers 21 pays. Ils seraient dans leur grande majorité présents en Europe de l’Ouest.

Selon les données de l’ONG, il en existerait ainsi trois en France, tous situés à Paris. Mais également trois à Barcelone ou Madrid. Rome, Lisbonne, Londres, Francfort figurent également dans la liste. De plus petites agglomérations accueilleraient aussi un des ces bureaux, c’est le cas à Prato en Toscane où vit une importante communauté chinoise liée au secteur du textile, mais aussi à Madèreau Portugal ou à Saint-Jacques de Compostelle en Espagne.

Capture d'écran Safeguard Defenders
Carte des pays où un poste de police chinois serait installé. - Capture d'écran Safeguard Defenders

En dehors de l’Europe, le continent américain est également visé. Des installations ont été signalées au Canada à Toronto - où est établie depuis le 19è siècle l’une des plus grandes communautés chinoises d’Amérique du nord - aux Etats-Unis, au Brésil, au Chili, en Argentine ou en Equateur.

A quoi servent-ils ?

Leur utilité est sujette à controverses. A l’origine, d’après Safeguard Defenders, les autorités de la ville de Fuzhou et du district de Qingtian (Est de la Chine) ont mis en place ce qu’ils appelaient des "110 à étranger" (_110 Overseas-_ndlr)" - du nom du numéro d’appel de la police en Chine - pour lutter contre les fraudes en ligne réalisées par des ressortissants chinois à l’étranger. Pour RTL Nieuws, qui a révélé l'affaire aux Pays-Bas ce mercredi, il semble vraisemblable qu’ils aient aujourd'hui plusieurs usages. Centres administratifs pour les ressortissants chinois de l’étranger qui peuvent venir y renouveler leur permis de conduire ou déclarer un mariage..., mais surtout, selon plusieurs témoignages, ils auraient été utilisés pour localiser, contacter et menacer des dissidents.

Safeguard Defenders faisait déjà état de cas de retours forcés en Chine de personnes y étant accusées de délits. Une vidéo, révélée par Voice of America en septembre, montrait un interrogatoire mené à distance par des policiers chinois avec l’une de ces installations située à Madrid. Le suspect, recherché en Chine pour "crime contre l’environnement", confessait finalement, d’après le document, vouloir revenir en Chine pour "faire face" aux accusations.

Selon Safeguard Defenders, "inciter très fermement" les Chinois gênants à rentrer au pays serait en réalité l'utilité de ces lieux. Les autorités de Pékin avancent ainsi le chiffre de 230 000 personnes qui auraient déjà été "persuadées" de rentrer, tous profils confondus ; personnes accusées de délits, dissidents, membres de minorités religieuses…

Est-ce légal ?

La Chine est signataire de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques de 1961. Ce texte prévoit qu’en aucun cas des missions de police ne peuvent être menées sur le territoire d’un autre pays sans son autorisation. Idem pour les démarches administratives qui supposent l'accréditation de l'Etat concerné.

"La Chine joue un peu sur les mots en parlant de "centres de service". Mais s'il s'agit d'un centre ouvert par un Etat étranger à destination de ses ressortissants, cela ressemble fort à une mission diplomatique entrant dans le champ de la convention de Vienne", explique Thibaut Fleury Graff, professeur de droit international à l'université Paris-Saclay.

Ces allégations sont tout simplement fausses

Quelles réactions ?

La Chine, par la voix du porte-parole du ministre chinois des Affaires étrangères, a réfuté ces accusations. Elle affirme que ce sont des "centres de services pour les chinois à l’étranger".

"Ces allégations sont tout simplement fausses. […] Du fait du Covid-19, un grand nombre de ressortissants chinois à l’étranger n’ont pas pu rentrer en Chine à temps pour des services comme le renouvellement de leur permis de conduire. Afin de résoudre ces difficultés, les autorités sous-nationales concernées ont ouvert une plateforme de renouvellement des permis en ligne", a justifié Wang Wenbin.

Côté néerlandais, les ministres de la Justice, de la Sécurité et des Affaires étrangères ont dit prendre note du rapport de l’ONG Safeguard Defenders et "prennent son contenu au sérieux". Une enquête a été ouverte et des mesures "pourraient être prises" lorsque "plus de clarté" sera faite sur le sujet, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Parmi les autres Etats européens mentionnés dans le rapport, seule l’Irlande a pour l’instant réagi fermement. Elle a demandé à Pékin de fermer immédiatement le poste de police illégal situé dans la capitale Dublin. Bien que la Chine nie son existence et clame qu’il s’agit d’un centre administratif, le bâtiment a été fermé ce jeudi.

Il y a une semaine à Manchester (Royaume-Uni), les méthodes de la Chine à l'étranger avaient déjà fait polémique. Lors d'une manifestation pro-démocratie à Hong-Kong, devant son consulat, des hommes étaient sortis de la résidence et avaient empoigné l'un des militants présents, avant de le traîner à l'intérieur et de le rouer de coups.  La police mancunienne avait alors dû pénétrer à l'intérieur de la représentation pour exfiltrer le manifestant. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois avait alors estimé que "l’ambassade et les consulats de Chine au Royaume-Uni ont toujours respecté les lois du pays hôte".