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Cheyrou, Fanni, Capoue, Béria, Bonnart… 31 joueurs poursuivent l’UNFP après avoir perdu de fortes sommes

"Quand ils sont venus me voir, il était clair que je voulais quelque chose de sûr", résume Geoffrey Dernis, champion de France avec Montpellier en 2010, aujourd'hui retiré des terrains. "Jamais je n'aurais misé sur du rouge ou du noir comme au casino. Ce que je voulais, c'était la garantie d'être tranquille", poursuit l'ex-joueur formé à Lille, qui ne sait pas s'il reverra un jour les investissements qu'il a réalisés, et qui correspondent à la moitié de ce qu'il a gagné durant sa carrière.

Parmi les joueurs qui assignent l'Union nationale des footballeurs professionnels, l'ancien défenseur de l'OM, Laurent Bonnart, l'ex-Lillois Franck Béria, l'actuel entraîneur des gardiens des Bleus, Franck Raviot, l'ex-Valenciennois David Ducourtioux, l'ancien Lensois Alaeddine Yahia ou encore les ex-coéquipiers marseillais Benoît Cheyrou et Rod Fanni ou l'ex-Bleu (7 sélections) Étienne Capoue, aujourd'hui à Villarreal.

Représentés par l'avocat Benjamin Cabagno, ils accusent l'UNFP d'"abus de position dominante" et de "manquement aux obligations de conseil, d'information et prudence". La première audience devant le tribunal de Paris est programmée le 22 avril prochain.

"Des cathédrales dans le désert"

Ils reprochent au syndicat qui protégeait leurs droits durant leur carrière de leur avoir conseillé, via sa filiale de conseil en gestion de patrimoine Europ sports conseil (ESC), fermée l'an dernier, d'investir dans l'achat de chambres dans des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

L'idée était d'acheter une ou plusieurs chambres médicalisées dans un établissement disposant d'un agrément de l'État et exploité par un tiers pour toucher le loyer de ces chambres et profiter d'avantages fiscaux. Un placement dans de la pierre, censé être sûr. Mais les plaignants estiment n'avoir pas été informés correctement des risques qu'ils encouraient —et notamment de celui de voir l'exploitant de l'Ehpad dans lequel ils avaient investi et possédant l'agrément nécessaire de l'État, déménager après quelques années, laissant aux propriétaires les seuls murs qu'ils ont achetés, des chambres médicalisées impossibles à exploiter sans agrément, souvent vétustes et situées dans des zones isolées.

"Ils possèdent des cathédrales dans le désert", résume Benjamin Cabagno. L'avocat a dans un premier temps tenté de négocier avec l'UNFP avant d'assigner le syndicat et Claude Deplanche, ancien footballeur, un temps à la tête d'ESC, au nom de ses clients devant le tribunal de Paris, leur réclamant des millions d'euros de dédommagement.

Contactée par l'AFP, l'UNFP affirme de son côté qu'elle n'a jamais prodigué aucun conseil, parce qu'"elle n'en avait pas les compétences ni la capacité légale de le faire". Le syndicat insiste sur le fait que "la totalité des placements effectués et contestés l'ont été par les seuls conseillers de gestion en patrimoine de sa filiale, ESC". Un argument que contestent les joueurs, qui dénoncent une frontière trop poreuse entre le syndicat et sa filiale.

"Synonyme de protection"

"Lorsque l'on a fait ces investissements, on était jeunes, on ne pensait qu'à notre carrière de footballeurs, on s'est totalement livrés à notre syndicat, on avait confiance", souligne Laurent Bonnart, qui s'est fait le porte-parole d'une quinzaine de ces joueurs réunis fin janvier dans le cabinet de leur avocat.

Selon eux, le syndicat et sa filiale les encourageaient à faire leurs investissements par leur biais, pour ne pas tomber sur des "requins" avides d'arnaque. "L'UNFP, c'était synonyme de protection", abonde Franck Béria. "Toute sa vie, le mouton a craint le loup. Et à la fin, c'est le berger qui le mange", regrette aujourd'hui Alaeddine Yahia, ancien international tunisien.

L'UNFP incite pour sa part les joueurs à se retourner contre les "véritables responsables de leurs déboires, à savoir l'ARS (Agence régionale de santé) pour l'attribution ou le retrait d'autorisation des lits, et les gestionnaires des Ehpads" en question. Les plaignants ont aussi alerté l'Autorité des marchés financiers (AMF) sur leur situation, même s'ils espèrent toujours "trouver une solution" avec le syndicat, dont ils reconnaissant l'utilité et dont certains ont même été le relais au sein de leurs clubs. "On ne lâchera pas", prévient Alaeddine Yahia.

Article original publié sur RMC Sport