Charles III, un roi à la fibre écologiste

Elisabeth II et le prince Charles, le 1er octobre 2021, plantent un arbre pour le Queen's Green Canopy, une initiative en l'honneur du jubilé de platine de la reine - Andrew Milligan/POOL/AFP
Elisabeth II et le prince Charles, le 1er octobre 2021, plantent un arbre pour le Queen's Green Canopy, une initiative en l'honneur du jubilé de platine de la reine - Andrew Milligan/POOL/AFP

Le nouveau roi est un fervent défenseur de l'écologie. Un engagement qui lui tient à cœur, au point parfois de sortir de sa traditionnelle réserve royale. Charles a même été un précurseur sur le sujet: il est arrivé que ses déclarations et ses choix soient moqués par le passé, quand les enjeux du changement climatique étaient encore largement ignorés.

• Des choix pionniers

En 1986, Charles convertit sa ferme de Highgrove dans le Gloucestershire - dans l'ouest de l'Angleterre - à l'agriculture biologique. Home Farm - le nom de cette ferme - c'est 365 hectares de terres cultivées sans pesticides et des élevages en plein air de moutons, bœufs et cochons. À l'époque, il passe pour un original. L'initiative est tournée en dérision, on le surnomme même le "prince des patates".

Quatre ans plus tard, il crée le label Duchy Originals, une gamme d'aliments et de boissons biologiques, qui lui permet de vendre les produits originaires de son domaine. Aujourd'hui, la marque Duchy est une référence sur le marché bio britannique, dont les 300 produits sont vendus par une chaîne de supermarchés haut de gamme et s'exportent dans le monde entier. En 2018, la société a généré 3,5 millions d'euros de revenu, rapporte Point de vue, "les bénéfices ont été reversés aux œuvres caritatives du prince".

Mais en 2021, Charles renonce à renouveler le bail de son exploitation agricole. Il a cependant un autre projet: transformer le domaine de Sandringham, propriété privée de la reine, en un vaste élevage bio de moutons. Aujourd'hui, du miel y est déjà produit grâce aux ruches qui ont été installées.

Autre geste pionnier de Charles: à la fin des années 90, il annonce qu'il n'utilisera plus d'aérosols - on vient alors de découvrir qu'ils étaient nocifs pour la couche d'ozone. Il est l'un des premiers à le faire.

• Des efforts personnels

Peu avant la COP26 à l'automne dernier, Charles se disait inquiet que les dirigeants internationaux ne "fassent que parler" au lieu de prendre des mesures drastiques pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre.

Dans un entretien à la BBC, le duc de Cornouailles évoquait ainsi ses propres efforts pour réduire son empreinte carbone. Il expliquait ne manger ni viande ni poisson deux jours par semaine et avoir réduit sa consommation de produits laitiers. "Si davantage de gens faisaient cela, cela réduirait beaucoup la pression sur l'environnement", affirmait-il.

Charles indiquait également que sa voiture, une Aston Martin qu'il possède depuis une cinquantaine d'années, avait été modifiée pour pouvoir rouler avec "du surplus de vin blanc anglais et du lactosérum provenant du processus de fabrication du fromage", fonctionnant avec un mélange de 85% de bioéthanol, le reste d'essence sans plomb. Depuis 2007, il publie d'ailleurs son "empreinte écologique". En 2020, elle était de 3133 tonnes de CO2, contre 5070 en 2019.

• Une déclaration politique forte

En novembre 2021, lors du sommet du climat COP26 à Glasgow, Charles sortait de la traditionnelle réserve de la famille royale pour exhorter les responsables politiques à redoubler d'efforts dans la lutte contre le réchauffement climatique. "Les yeux et les espoirs du monde sont tournés vers vous pour que vous agissiez avec célérité et de manière décisive car le temps est écoulé", déclarait-il lors de son discours inaugural.

• Un village modèle

Sur ses terres de Cornouailles, dans le sud-ouest de l'Angleterre, à Newquay, Charles a soutenu la construction d'un nouveau quartier, explique Le Moniteur. Logements respectueux de l'environnement, mobilité douce et transports en commun favorisés, espaces de jeux pour enfants intégrés aux jardins communautaires, arbres fruitiers dans la ville, plantations comestibles dans les rues... Le projet s'inscrit dans une démarche durable.

Il s'inspire d'une précédente initiative menée par Charles: Poundbury, une nouvelle localité érigée à Dorchester, dans le sud de l'Angleterre, qui partageait la même démarche durable, ambitionnant mixité sociale et zéro voiture. Mais l'objectif n'avait pas vraiment été atteint, relate Courrier international. Le projet avait aussi été critiqué pour son style architectural hétéroclite.

• Une chaîne de télévision dédiée à l'environnement

L'année dernière, Charles signait un accord avec Amazon prime Vidéo pour lancer une chaîne de télévision dédiée à l'environnement, baptisée Re: TV. "J'ai passé une partie de ma vie à essayer de convaincre les gens et les entreprises de se pencher sur la crise climatique et de trouver des solutions", expliquait celui qui était encore prince dans un communiqué.

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• Une collection de mode durable

En 2019, le prince Charles donnait les orties de sa résidence de campagne à des stylistes pionniers de la mode durable. L'année d'après, il transformait l'essai en lançant une collection durable de 18 pièces - dix pour femme, huit pour hommes - avec sa fondation, The Prince's Foundation, en collaboration avec Net à porter. Des vêtements fabriqués à la main au Royaume-Uni.

Pour le magazine Vogue, il expliquait "faire partie de ces personnes qui détestent jeter quoi que ce soit" et préférer entretenir ses vêtements "voire les rapiécer si nécessaire, que de les abandonner".

• Un amoureux de botanique

Charles est depuis toujours un passionné de jardinage mais ses habitudes ont parfois été raillées. Comme de compter ses fleurs, tailler lui-même les topiaires le soir ou parler à ses plantes afin de favoriser leur croissance. Dans un documentaire diffusé en 2010, se souvient Le Figaro, il expliquait ne pas comprendre ces critiques: "On a trop dénigré la nature, en la piétinant. Regardez le résultat: elle nous revient en plein dans les gencives."

• Défenseur d'un autre modèle économique

En 2020, lors du Forum économique mondial de Davos, Charles plaide pour un modèle économique plus responsable. "Afin d'assurer notre avenir et de prospérer, nous devons faire évoluer notre modèle économique et placer les humains et la planète au cœur d'une création de valeur mondiale", déclarait-il. Il avait également eu un entretien privé avec la militante écologiste Greta Thunberg.

"À quoi bon tout l'argent généré dans le monde en continuant de faire des affaires comme si de rien n'était, en ne changeant rien, si ce n'est guetter qu'il ne brûle pas dans des conditions catastrophiques?", s'était-il interrogé devant l'élite mondiale.

Le prince avait néanmoins été épinglé pour ses voyages peu écologiques en jet privé et en hélicoptère. Un porte-parole de Clarence House avait répondu: "Les voyages à travers le monde sont une partie indispensable du rôle du prince en tant que membre senior de la famille royale, qui représente le Royaume-Uni à l'étranger", rapportait Gala. "Quand il voyage, il le fait à la demande du gouvernement britannique. Il ne choisit ni les destinations ni les moyens de transports choisis."

Article original publié sur BFMTV.com