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Que change l'adoption de l'article 7 de la réforme des retraites par le Sénat?

Cet article prévoit le report progressif de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans. Son adoption au Sénat "offre un argument au gouvernement qui est en mal de légitimité", selon notre éditorialiste politique Matthieu Croissandeau. Pour autant, cette séquence "ne changera rien pour les manifestants".

Depuis des semaines, ce point cristallise les tensions: le report progressif de l'âge légal de départ à la retraite à 64 ans, contre 62 actuellement, compris dans la réforme du gouvernement. Présente dans l'article 7 du projet de loi, la disposition a été adoptée la nuit dernière par les sénateurs à 201 voix pour, et 115 contre.

Dans le détail, les élus Les Républicains (LR), qui ont la majorité au Palais du Luxembourg, ainsi que ceux du camp présidentiel se sont prononcés favorablement, tandis que la gauche a fait le choix inverse.

"Majorité"

Preuve de l'importance d'un tel vote, le gouvernement est sorti du bois très rapidement. Avec sa cheffe au premier rang. Quelques minutes seulement après l'adoption de l'article 7, Élisabeth Borne a tapoté quelques signes sur Twitter.

"Je me réjouis que les débats aient permis de parvenir à ce vote".

De son côté, le ministre du Travail Olivier Dussopt a salué sur BFMTV la "responsabilité" des sénateurs.

Cette séquence sénatoriale "offre un argument au gouvernement qui est en mal de légitimité", relève Matthieu Croissandeau sur BFMTV. Désormais, "la mesure phare de la réforme n'est plus seulement une décision, une lubie de l'exécutif, mais une volonté du Parlement et donc du pouvoir législatif", analyse notre éditorialiste.

"Pour résumer, ce n'est plus l'affaire de quelques-uns, mais d'une majorité".

L'atmosphère est tout autre comparé à celle de l'Assemblée nationale où le camp présidentiel avait fustigé "l'obstruction" des insoumis. En cause: des échanges qui s'étaient arrêtés à l'article 2. Bien loin donc de la mesure sur le report de l'âge légal.

"Une loi, même votée, n'est pas forcément appliquée"

Pour autant, cet épisode "ne changera rien pour les manifestants", farouchement opposés au projet de réforme. D'abord, ce vote "n'est pas une surprise" pour eux, tant la majorité sénatoriale annonce la couleur depuis des semaines. Surtout, les leaders syndicaux ont anticipé une éventuelle adoption de la réforme.

"Pour nous, il n'est pas question de laisser tomber, même si Emmanuel Macron s'entête", déclarait Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, dans le JDD il y a quelques jours.

"Une loi, même votée, n’est pas forcément appliquée. Souvenez-vous du CPE – le contrat première embauche – qui n’a jamais été appliqué à la suite d’importantes manifestations de jeunes!".

"Au milieu du gué"

Sous-titre: les mobilisations pourraient continuer, même en cas d'adoption de la réforme. Pour autant, on en est pas là, mais "plutôt au milieu du gué", selon Matthieu Croissandeau qui rappelle que le vote de cette nuit "n'est qu'une étape". En effet, les sénateurs ont encore un millier d'amendements et 13 articles à examiner avant d'éventuellement adopter le texte.

Et ils n'ont que très peu de temps: ils doivent terminer leurs débats au plus tard dimanche, à minuit. Ensuite, ce mercredi, 7 sénateurs et 7 députés devront établir la mouture finale du texte en commission mixte paritaire (CMP). Ces élus, qui n'ont pas encore été désignés, se réuniront ce mercredi.

Article original publié sur BFMTV.com

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