Comme on nous cause…

«T’inquiète, je gère.» D’accord, mais quoi ? Le déficit ? Les effectifs ? La propale (proposition commerciale) ? Pfff. «Je te dis juste que je gère la résa de notre week-end à Sainte-Foy-la-Grande.»

Ainsi vont les conversations privées, de plus en plus polluées par la langue de boîte, encore appelée langage entrepreneurial ou managérial, voire jargon d’entreprise répondant au nom moqueur de «wording». Bref, un dialecte mondialisé fortement chargé en anglicismes mais pas que. Tels l’horripilant «gérer», assaisonné à toutes les sauces ; le très en vogue «acter» («J’ai acté qu’on était short en pain, je fais un crochet par la boulangerie») ; le conquérant «monter en puissance» («Ce trimestre, va falloir monter en puissance en SVT») ; le rituel «checker» («J’ai checké avec tes frères, on a encore ta mère au nouvel an»), etc.

Un grand saut dans la modernité, cette invasion de la logorrhée du business jusque dans le panier de la ménagère ? Ça se discute. Et même de plus en plus férocement. Exemples : le désopilant glossaire de ce succès de librairie qu’est l’Open space m’a tuer (1), avec son succulent «je suis en mode projet», ou la toute nouvelle édition du Dictionnaire du jargon d’entreprise (2), d’un certain Jean Blaise, qui fait émerger un sabir de mots ronflants qui «masquent le plus souvent du vide», là où le jargon médical ou juridique cherche, à l’inverse, la précision. «Cette langue n’est pas faite pour communiquer mais pour entretenir l’illusion que des choses efficaces sont en cours», raille l’auteur, après un épluchage de plus de 430 termes. Typiquement, ce ridicule «au jour d’aujourd’hui», qui fait tellement plus dynamique qu’un banal «aujourd’hui». Ou le caricatural «performer avant la deadline».

Dans le clan des persifleurs de cette rentrée, le docteur en psychologie canadien Michel Perreault vocifère Je ne suis pas une entreprise (3). Soit un pamphlet contre la «gestionnite» (on va jusqu’à gérer ses émotions) et la «formatite» (ou comment résoudre (...) Lire la suite sur Liberation.fr

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