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Cannabis : alors que Macron renforce la répression, ils proposent la dépénalisation

Photo d'illustration / Getty Images/Westend61
Photo d'illustration / Getty Images/Westend61

Une pétition est notamment lancée pour la dépénalisation de l'usage de toutes les drogues, dont le cannabis.

Faire payer immédiatement les amendes pour les consommateurs et les détenteurs de cannabis. C'est l'une des mesures annoncées par Emmanuel Macron à l'occasion de son déplacement à Marseille, le chef de l'État déplorant un taux de recouvrement d'à peine 35% au niveau national pour les amendes pour usage de cannabis.

Une politique plus répressive pour endiguer le trafic de drogues, qui va à rebours de ce que proposent certains acteurs comme la Fédération Addiction, qui prône la suppression des sanctions pour la simple consommation de drogues.

Dépénaliser pour faciliter l'encadrement sanitaire

"L'urgence, c'est la dépénalisation de la consommation à titre personnel de toutes les drogues, car c'est une entrave à la démarche de soin, de prévention. Quand c'est illégal, il est plus compliqué de faire une campagne publique axée sur la prévention par exemple", nous explique Marie Ongün-Rombaldi, déléguée générale de la Fédération Addiction, qui cosigne une pétition pour la dépénalisation des drogues, aux côtés d'autres associations.

Si la légalisation vise à autoriser et à contrôler la vente, comme pour l'alcool et la cigarette, dans le cadre de la dépénalisation, le produit reste illégal, mais sa consommation simple n'est pas sanctionnée. C'est la politique appliquée au Portugal par exemple.

L'exemple du Portugal

Depuis l'an 2000, l'usage de toutes les drogues est dépénalisé au Portugal, comme le réclame la pétition notamment lancée par la Fédération Addiction. Une politique qui semble avoir porté ses fruits avec une baisse du nombre d'overdoses par exemple, et une part moindre de la consommation de cannabis dans la population.

En 2019, 8% des Portugais âgés de 18 à 34 ans avaient consommé du cannabis au cours de l'année écoulée, contre 21,8% des Français. Un bilan jugé positif par l'OFDT, l'Observatoire Français des Drogues et des Tendances addictives.

Parmi les associations à l'origine de la pétition, une association de policiers, "Police contre la prohibition", qui prônent pour une dépénalisation des drogues, s'appuyant sur l'exemple portugais. "Les forces de l'ordre sont libérées de toutes les tâches liées aux consommateurs, dont les cas sont renvoyés aux services de santé. Leur temps d'activité est consacré aux gros requins, et non plus aux petits poissons", saluait auprès de la RTS João Goulão, ancien médecin de famille devenu directeur du Service d'intervention pour les comportements d'addiction et de dépendance (SICAD) à la création du service en 2001.

"Donner la priorité à la santé sur la répression"

Or, "la France est dans une guerre contre les drogues, depuis les années 70, qui n'a pas d'effet. Réduire la consommation ? Ça n'a pas fonctionné. Réduire le trafic ? Ça n'a pas fonctionné. Permettre un accès des consommateurs à des structures de santé ? Là non plus, la politique répressive n'a pas eu d'effet bénéfique. Il faut donner la priorité à la santé sur la répression", poursuit la déléguée générale de la Fédération Addiction.

Pourtant, les propos d'Emmanuel Macron vont dans le sens inverse de celui prôné par la Fédération Addiction. "On ne peut pas déplorer les trafics de drogue si on a des consommateurs. Les gens qui ont les moyens de consommer de la drogue parce qu'ils trouvent cela récréatif, il faut qu'ils comprennent qu'ils nourrissent des réseaux et qu'ils ont une complicité de fait", a notamment lancé le chef de l'État dans La Provence.

Une pétition pour aboutir à un débat à l'Assemblée ?

"Il faut arrêter l'idéologie et la stigmatisation des consommateurs. La consommation de drogue existe depuis toujours, c'est un comportement humain. Il ne faut pas le banaliser, mais pas le diaboliser non plus, il faut accompagner ce comportement humain, d'un point de vue sanitaire notamment", poursuit Marie Ongün-Rombaldi, déléguée générale de la Fédération Addiction, en réaction aux propos du chef de l'État.

La pétition, lancée sur le site de l'Assemblée nationale le 26 juin, pourra être confiée à l’une des huit commissions permanentes du Palais-Bourbon si elle atteint les 100 000 signatures. Quand une pétition est signée par plus de 500 000 personnes issues d’au moins 30 départements, elle peut ensuite faire l’objet d’un débat en séance publique. À condition qu'elle ne soit pas classée par la commission des lois avant d'atteindre ce seuil, comme ce fut le cas pour la pétition réclamant la dissolution de la Brav-M, qui avait atteint 263 000 signatures en quelques semaines.

L'idée de légaliser fait son chemin

Si la dépénalisation de toutes les drogues, dont le cannabis, est une des propositions, d'autres préfèrent mettre directement sur la table la légalisation pure et simple du cannabis. Un sujet qui revient fréquemment dans le débat public, mais qui est cette fois porté par des membres de la majorité.

Si Emmanuel Macron, qui déclarait en 2016 que "la légalisation a une forme d’efficacité, je ne suis pas contre, le sujet doit être considéré" est revenu sur sa position, des députés de la majorité et les jeunes avec Macron soutiennent la légalisation, rapporte France Info, au point que, souligne la radio, selon un macroniste, un tiers du groupe Renaissance serait ouvert à une légalisation, et rejoignent les positions de députés de la Nupes.

VIDÉO - Hugo Décrypte en immersion dans une usine de cannabis à Montréal