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Une campagne de publicité de Viktor Orban dans la presse européenne crée la controverse

Mardi, le gouvernement hongrois a fait paraître dans plusieurs grands titres de la presse européenne un encart reprenant ses vues sur l'avenir de l'UE. Cette initiative, rejetée par deux journaux belges, voit le jour alors que la Hongrie est très critiquée pour avoir adopté une loi considérée comme homophobe par de nombreux observateurs et Etats-membres de l'UE.

L'initiative peut surprendre, son contexte amener à y voir un contre-feu et la caisse de résonance médiatique qui lui est prêtée interroger. La campagne de publicité opérée mardi par la Hongrie via un encart dans quelques grands journaux européens a nourri la polémique.

Le gouvernement de Viktor Orban a ainsi fait paraître un "publi-communiqué", ses sept propositions "pour l'avenir de l'Union européenne", dans plusieurs titres étiquetés à droite de la presse européenne. On a ainsi pu le lire en page 13 de l'édition de mardi du Figaro, comme dans le Jyllands-Posten danois, ou encore ABC en Espagne.

De l'Euro à la Commission

Outre le caractère inhabituel pour un exécutif de faire valoir ses vues dans un communiqué étalé pleine page dans des publications étrangères, cette parution intervient dans une période troublée à l'international pour la Hongrie. Sa classe politique a adopté il y a quinze jours une loi interdisant aux moins de 18 ans l'accès à "la pornographie et les contenus qui représentent la sexualité ou promeuvent la déviation de l'identité de genre, le changement de sexe et l'homosexualité". Particuliers, associations et Etats ont été nombreux à relever la dimension homophobe du texte.

La controverse s'est étendue jusqu'à l'Euro de football et alimente surtout la levée de quinze boucliers parmi les membres de l'Union européenne, dont celui de la France.

Deux journaux belges, sollicités afin de reproduire l'encart hongrois, ont de surcroît refusé leur papier à Viktor Orban. L'un d'entre eux lui a même répondu directement dans ses pages.

La presse belge s'adresse au "cher Viktor Orban"

Il s'agit de deux quotidiens, l'un francophone, La Libre Belgique, l'autre flamand, De Standaard. Le Huffington Post note que La Libre Belgique avait expliqué ne pas avoir souhaité donner suite à la tribune rédigée par Budapest en raison de "grandes libertés prises avec les faits". De Standaard a choisi de retoquer la chose d'une manière plus spectaculaire.

Le journal a en effet proclamé en anglais sur fond de couleurs symboliques de la communauté LGBT: "Cher Viktor Orban, les lois ne devraient jamais faire le tri entre l'amour et l'amour".

Dans le tweet diffusant la page arc-en-ciel, on lit, cette fois en néerlandais: "On ne peut plus dicter l'amour".

Point de crispation sur le continent

Le 23 juin dernier, Ursula von der Leyen, présidente allemande de la Commission européenne, suivie dans sa déclaration par quinze Etats-membres dont la France, avait condamné cette loi hongroise qui pourrait conduire à proscrire sur son territoire des programmes éducatifs, publicités, livres ou séries dans lesquels l'homosexualité ou la transidentité sont mentionnées.

Des références indirectes dans le texte hongrois

Sur les sept propositions "pour l'avenir de l'Union européenne" signées Viktor Orban - à en-tête du gouvernement de la Hongrie et mises si abondamment en circulation dans la presse étrangère - aucune pourtant ne cite l'épisode. Mais plusieurs d'entre elles y font bien référence. "Les décisions doivent être prises par les dirigeants élus et pas par les ONG. Nous disons non à l’externalisation de l’Etat de droit", affirme notamment le manifeste.

Et le premier alinéa aux airs de protestation vise également la Commission européenne: "Il s’édifie à Bruxelles un super-Etat pour lequel personne n’a donné un mandat. Nous disons non à l’empire européen." Dans la même idée, le texte appelle à "restaurer la démocratie européenne". "Le Parlement européen s’est avéré être une voie sans issue : il représente exclusivement ses propres intérêts idéologiques et institutionnels. Il faut renforcer le rôle des parlements nationaux", continue-t-il.

Contre une Europe jugée trop fédérale, aux relations interétatiques trop procédurales, la Hongrie plaide pour une Europe des nations aux relations essentiellement articulées autour de l'économie: "Ce sont les succès économiques communs qui font la force de l’intégration européenne."

Article original publié sur BFMTV.com

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