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Brûler du bois, le climat n’aime pas

Convertir au bois une grosse centrale à charbon afin de produire de l’électricité grâce à la vapeur d’eau dégagée par la combustion, quelle belle idée écolo ! C’est du local, du durable, du renouvelable, du bon pour le climat.

Mais voilà qu’une enquête de la BBC vient tout gâcher. C’est d’un gros business nourri aux subventions, de commerce mondialisé, de pillage des ressources naturelles et de pollution dont nous parle le média public britannique, qui s’est intéressé à une énorme centrale convertie à la biomasse par le groupe Drax, dans le Yorkshire du Nord. L’année dernière, elle a produit 5 % de l’électricité du Royaume-Uni, en brûlant 6,5 millions de tonnes de granulés de bois.

Première surprise, la totalité du combustible est importée de très loin, d’Amérique du Nord essentiellement, où le groupe dispose de 17 usines de pellets. Voilà pour le local.

Plus étonnant, une bonne partie des granulés provient non pas de sous-produits de l’industrie du bois, mais d’arbres abattus – en toute légalité – dans des forêts primaires de Colombie-Britannique, au Canada, dont certaines sont considérées comme “rares, menacées et irremplaçables”. Voilà pour le durable.

Mais une forêt rasée, ça repousse. C’est à ce titre que Drax – comme l’ensemble du secteur – revendique la neutralité carbone : les émissions produites par la combustion du bois sont compensées par la plantation d’arbres. Sauf qu’un jeune plant absorbe beaucoup moins de CO2 qu’un sujet adulte. “Une étude de 2018 fréquemment citée, publiée par le MIT, conclut qu’il faut quarante-quatre à cent quatre ans pour atteindre la neutralité carbone après des coupes à blanc, à supposer qu’on laisse la forêt se régénérer et que les arbres ne sont pas abattus de nouveau pendant cette période”, explique le site Mongabay. Voilà pour le renouvelable.

Revenons à notre centrale. Elle émet environ 12 millions de tonnes de CO2 par an. Pourtant, relève la BBC, “elle est devenue un pilier des mesures mises en œuvre par l’État pour atteindre ses objectifs climatiques”, ce qui justifie les généreuses subventions qu’elle a déjà reçues – l’équivalent de 7 milliards d’euros. Comment est-ce possible ? Rien de plus simple : “Selon les règles internationales, les émissions de gaz à effet de serre provenant de la combustion du bois sont comptabilisées dans le pays où les arbres sont abattus et non dans celui où ils sont brûlés.”

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