Brésil : un ex-ministre de Bolsonaro arrêté après les incidents de Brasilia

Anderson Torres (à gauche) et Jair Bolsonaro sont tous les deux dans le collimateur de la justice brésilienne pour leur responsabilité dans le saccage de plusieurs lieux de pouvoir à Brasilia (photo prise en juin 2022)

La justice brésilienne a également l’ancien président d’extrême droite dans son viseur, après l’intrusion violente de dizaines de ses partisans dans les lieux de pouvoir.

BRÉSIL - Après le choc et la violence, la justice brésilienne passe à l’action. À la suite des violents événements du weekend dernier, l’ex-ministre de la Justice bolsonariste Anderson Torres a été arrêté ce samedi 14 janvier. Et ce alors que l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro est lui-même directement visé pour son rôle dans le saccage d’institutions nationale à Brasilia.

Anderson Torres, qui était « secrétaire » en charge de la Sécurité de Brasilia au moment des violences du 8 janvier après avoir été ministre de la Justice sous Bolsonaro, a été arrêté samedi à son arrivée à l’aéroport de Brasilia dans le cadre de l’enquête sur les saccages, ont rapporté des médias locaux. Il est soupçonné de connivence avec les émeutiers, lesquels sont accusés d’avoir fomenté un remake de l’assaut du Capitole américain le 6 janvier 2021. Anderson Torres, qui clame son innocence, a été interpellé alors qu’il rentrait en avion des États-Unis pour justement se présenter devant la justice.

Une tentative d’annulation de l’élection de Lula

Il est aussi mis en cause après la découverte d’un document de trois pages trouvé chez lui. Celui-ci prévoyait que le gouvernement fédéral prenne le contrôle du Tribunal supérieur électoral (TSE), qui veille à la bonne marche du scrutin, « pour assurer la préservation et le rétablissement de la transparence, et approuver la régularité du processus électoral de la présidentielle de 2022 ». Une mesure considérée comme anticonstitutionnelle par de nombreux juristes. Dans la pratique, l’intention aurait été d’annuler l’élection de Lula.

Anderson Torres avait déclaré jeudi soir sur Twitter que ce brouillon se trouvait « probablement dans une pile de documents censée être détruite en temps voulu », et a affirmé que sa divulgation était hors contexte. L’ancien ministre occupait depuis le 2 janvier le poste de chef de la sécurité du District fédéral de Brasilia, mais était parti en vacances juste après. Il se trouvait ainsi loin du Brésil au moment des émeutes.

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.

Son arrestation intervient au lendemain de l’annonce par le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes de l’inclusion, comme le demandait le parquet général, de l’ancien chef d’État d’extrême droite Jair Bolsonaro dans son enquête visant à découvrir les éventuels instigateurs de ces violences.

Bolsonaro dans l’œil de la justice

Jair Bolsonaro, battu de justesse par le candidat de gauche Luiz Inacio Lula da Silva à la présidentielle d’octobre, « a effectué une incitation publique à l’exécution d’un crime » en diffusant sur les réseaux sociaux une vidéo « mettant en cause la régularité de l’élection présidentielle de 2022 », a expliqué le parquet dans un communiqué. Cette vidéo a été publiée deux jours après l’invasion du siège de la présidence, du Congrès et de la Cour suprême par des milliers de bolsonaristes, puis effacée, a rappelé le parquet.

Mais elle pourrait selon lui apporter « un lien de preuve » justifiant « une enquête globale sur les actes effectués avant et après le 8 janvier 2023 » par Jair Bolsonaro.

L’ancien président « n’a jamais eu le moindre lien ou participation avec ces mouvements », ont affirmé ses avocats dans un communiqué transmis à l’AFP, en attribuant les violences de Brasilia à des éléments « infiltrés ».

Quoi qu’il en soit, la séquence est particulièrement désastreuse pour Jair Bolsonaro, qui se trouve aux Etats-Unis depuis fin décembre. Il a en effet aussi été épinglé vendredi pour des dépenses somptuaires durant son mandat, comme les 20 000 euros déboursés en une fois dans un modeste restaurant du nord du Brésil ou les 10 000 euros dans une boulangerie le lendemain du mariage de son fils. Les relevés de compte de la carte de crédit présidentielle sur ses quatre années de mandat (2019-2022) ont été publiés sur un site officiel du gouvernement Lula, qui a commencé à lever un secret imposé pour 100 ans par son prédécesseur sur des milliers de documents officiels. Avec des révélations édifiantes à la clé.

VIDÉO- Saccage au Brésil: Bolsonaro visé par l'enquête, un ex-ministre arrêté