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Boxe: Comment Teofimo Lopez a changé après sa "retraite"

Ils avaient été élus "combattants de l’année 2020" par le magazine de référence The Ring. Depuis, ils ont tous les deux pris leur retraite. Avant de revenir aux affaires entre les cordes. A l’image de Tyson Fury, Teofimo Lopez n’est pas resté très longtemps éloigné des rings. Ancien champion unifié chez les légers, où il s’était offert une victoire de prestige contre le génial Vasiliy Lomachenko en octobre 2020 avant de perdre ses titres face à George Kambosos Jr treize mois plus tard, "The Takeover" (son surnom) avait annoncé sa retraite en juin dernier après sa superbe victoire par décision unanime sur Josh Taylor, ancien champion incontesté de la catégorie, pour les ceintures WBO et The Ring des super-légers dans ce qui était son troisième combat dans cette division.

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Huit mois plus tard, le boxeur américain est de retour pour défendre sa couronne face à son compatriote Jamaine Ortiz (17-1-1, 8 KO ; 27 ans) ce jeudi soir à Las Vegas. Et l’homme qui fait partie de l’élite de sa discipline quand il performe à son meilleur niveau a déjà hâte d’y être. "C’est génial de revenir, a-t-il lancé ces derniers jours en conférence de presse. Je suis là pour les fans et je suis excité. Tout le monde va pouvoir voir à quel point je suis grand. Je ne vais pas laisser ça entre les mains des juges. Il y aura un KO. Préparez vos popcorns."

Les idées de retraite ont disparu, balayées par celles d’un héritage à laisser. Et pas que sur le plan sportif. "J’étais sérieux que je disais que c’était terminé en juin dernier, explique-t-il. Je pensais que c’était fini mais ce n’était pas le cas. J’ai un message à passer à la nouvelle génération de boxeurs mais aussi à mon fils. Je suis revenu pour le bien de la boxe alors que les autres combattants pour eux-mêmes. Mon fils vient d’avoir deux ans et il sait déjà dire ''boxe''. Il est la principale raison de mon retour. Je ne peux pas gâcher les dons que Dieu m’a accordés. (…) J’ai une responsabilité envers moi-même et mon fils. Je dois être son super-héros. Je ne peux pas le laisser tomber."

Comme souvent avec Teofimo Lopez (19-1, 13 KO ; 26 ans), les pensées partent dans tous les sens. Mais le garçon semble plus apaisé, souriant, entouré d’une énergie plus positive. "A un moment, je voulais que tout le monde pense que j’étais fou et beaucoup y ont cru. Mais j’ai appris que tout était entre mes mains. Et si mon esprit n’était pas au bon endroit, je n’aurais pas pu performer à ce niveau contre Taylor." L’approche du combat contre Ortiz n’a pas été marqué par les drames familiaux auxquels il nous a habitués avec son père (qui est aussi son coach) via micros interposés. Et son faux départ du noble art a boosté l’éthique de travail de celui qui avoue "ne pas avoir su accepter ou gérer" tout ce qui lui est arrivé quand il a explosé au plus haut niveau pugilistique.

"Avant tout ça, je prenais des pauses. Je ne m’entraînais pas beaucoup, je n’étais pas toujours à la salle. Mais depuis que je suis devenu champion du monde dans une deuxième catégorie, j’ai commencé à le faire. Mon père a toujours voulu que je le fasse et c’est le cas depuis août. Je n’ai pas arrêté de m’entraîner. Et je ne m’arrêterai plus. Je suis devenu plus rapide, beaucoup plus puissant et mon QI boxe est plus grand."

Son coach et père, qui comme toute la famille le surnomme "Gordo" car il était un bébé plutôt enrobé, a aussi joué un grand rôle dans son évolution. Après la défaite contre Kambosos, que son fils "n'aurait jamais dû combattre ce soir-là" selon lui en raison notamment de problèmes personnels avec sa compagne, Teofimo Lopez Sr a su se remettre en cause pour permettre à son fils de se retrouver. "Je suis celui qui le faisait aller dans le mauvais chemin, détaille-t-il pour The Ring. Je lui ai enlevé son génie. J'en ai fait un boxeur normal. Je lui ai retiré sa plus grande capacité, disséquer et lire l'adversaire pour contrer ses mouvements."

Une question de surutilisation du jab, qu'il poussait son fils à lancer "toutes les deux-trois secondes". "C'est ce qui le tuait, poursuit le père-coach. C'est moi qui le tuais. Mon fils est un génie. Il voit et analyse des choses quand les autres boxeurs en sont incapables. J'avais trop oublié ça et je lui avais enlevé son don. Si vous êtes constamment sur l'adversaire comme ça, vous n'avez plus l'occasion de lire ce qu'il fait. Quand Gordo commence à bouger, à aller vers l'arrière avant de revenir avec une droite que vous ne voyez pas partir, il est imbattable." On a revu cette version de Lopez contre Taylor. Celle que papa nomme "slick boxer Gordo". "Quand il combat comme ça, il est trop rapide, il s'adapte trop bien à l'adversaire et il est beaucoup plus rapide que tout le monde. Slick boxer Gordo est intouchable. On a une réponse pour chaque coup. C'est pour ça que le combat contre Taylor a paru si facile."

Bien dans sa boxe, bien dans sa tête, Teofimo Lopez est tout un autre genre d'animal quand les voyants sont au vert. "Il s'amuse de nouveau dans le ring, confirme son père, qui évoque la possibilité de trois combats en 2024. Il a l'air très motivé et quand il est dans cet état d'esprit, il ne peut pas être battu. Il avait besoin de quelques mois sans combattre l'année dernière pour se recharger. Et maintenant il combat devant les yeux du monde la semaine du Super Bowl. Il aime sa vie en ce moment. Tout va bien pour lui."

Premier des nouveaux "Kings" de la boxe (Gervonta Davis, Devin Haney, Ryan Garcia, Shakur Stevenson et lui, rapport aux "Four Kings" des années 80) à avoir remporté la ceinture The Ring – la plus légitime et prestigieuse aux yeux des spécialistes – dans deux catégories différentes, Lopez est un combattant capable du pire comme du meilleur. De vaincre Lomachenko ou Taylor quand beaucoup le voient battu d’avance ou de perdre contre Kambosos quand tout le monde l’imagine gagnant.

A quelle version aura-t-on droit à Las Vegas? La meilleure, à l’écouter. Le contexte pourrait jouer dans ce sens à Las Vegas. Showman dans l’âme, le champion WBO des super-légers souhaitera briller dans le main event (combat principal) d’une carte qui lance les festivités du Super Bowl organisé ce dimanche dans la ville du Nevada. Avec l’envie de rappeler à la planète noble art qu’il est bien l’un de ses plus brillants jeunes représentants. "La boxe ne m’a pas manqué, c’est moi qui lui ai manqué, sourit-il. Ce sport m’a apporté beaucoup de bonnes choses. Je dois lui rendre. (…) Je ne veux pas être connu comme le combattant qui sait atteindre le sommet mais ne sait pas s’y maintenir. Tout le monde doit regarder ce combat pour voir combien j’aime vraiment la boxe."

La suite ouvre un champ des possibles. Devin Haney (champion WBC), Subriel Matias (champion IBF), Ryan Garcia, les gros noms/gros défis ne manquent pas pour Lopez dans sa catégorie. Mais le garçon préfère lorgner au-dessus ou en-dessous pour deux stars. "Après Ortiz, j’aimerais affronter Gervonta Davis cet été ou cet automne puis Terence Crawford en hiver. C’est le but. On ne sait pas ce qui va se passer mais tout est possible dans la boxe." Lopez avoue vouloir "faire grandir (s)on image". Un développement qui passe notamment par Takeover Promotions, sa société, qui aura des stands pour vendre de la marchandise dans la Michelob Ultra Arena (Mandala Bay) pour le combat contre Ortiz. Et qui vise beaucoup plus gros à l’avenir. "Je veux faire ce que Oscar De La Hoya et Floyd Mayweather ont fait", lance-t-il en référence aux deux superstars chacune devenues leur propre promoteur.

Mais avant de penser à tout ça, il faudra passer l’étape Jamaine Ortiz, abordée avec la confiance de sa victoire (aux points) sur lui dans les rangs amateurs en finale du tournoi national Golden Gloves en mai 2015. "C’était un combat compétitif", se souvient le challenger. Qui n’a rien à perdre dans la quête de son premier titre mondial et d’une revanche sur le passé. "Je vais venir avec mon cœur et mon âme, annonce celui qui a poussé Lomachenko à la décision en octobre 2022. Je suis prêt à risquer ma vie dans ce ring. Il m’a déjà battu et j’ai toujours ça en tête. Je vais venger cette défaite. Je vais montrer au monde que je suis le meilleur. Teofimo est un bon combattant mais il a deux mains comme tout le monde. Je m’attends à la meilleure version de lui mais je vais le battre. Je suis destiné à marquer l’histoire et je ne peux pas laisser passer cette grosse opportunité. Regardez tous ce combat, il va y avoir des feux d’artifice et ça va être la surprise de l’année."

Article original publié sur RMC Sport