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Boris Nadejdine, opposant à Vladimir Poutine pour la présidentielle en Russie, a déposé ses signatures

Opposant à Vladimir Poutine, Boris Nadejdine a remis, ce mercredi 31 janvier, un carton réunissant les signatures de plus de 105 000 électeurs soutenant sa candidature à la présidentielle à la commission électorale russe.
VERA SAVINA / AFP Opposant à Vladimir Poutine, Boris Nadejdine a remis, ce mercredi 31 janvier, un carton réunissant les signatures de plus de 105 000 électeurs soutenant sa candidature à la présidentielle à la commission électorale russe.

RUSSIE - À 60 ans, il est à la fois un vétéran de la politique russe et un inconnu du grand public. Surtout, Boris Nadejdine est l’une des rares voix à critiquer ouvertement la guerre en Ukraine – un « cauchemar », une « erreur fatale » –, dans un pays où critiquer le Kremlin est passible de prison ferme.

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Ce mercredi 31 janvier, il est apparu dans une veste à carreaux au siège de la commission électorale. Dans ses mains, un carton réunissant les signatures de plus de 105 000 électeurs soutenant sa candidature à la présidentielle, soit 5 000 de plus que nécessaire. « Merci beaucoup à ceux qui ont cru en nous », a déclaré l’ex-député libéral à l’issue de la remise des signatures. « Tout s’est bien passé », a-t-il ajouté.

Espoir des opposants

Si sa candidature est validée (la commission a 10 jours pour trancher), Boris Nadejdine deviendra l’unique opposant à Poutine pour l’élection de mars prochain. Coïncidence, son nom sonne comme « espoir » aux oreilles des Russes – « nadejda » dans la langue de Dostoïevski. De facto, sa candidature donne aux opposants à Vladimir Poutine « une occasion unique de protester légalement contre la politique actuelle », comme l’a récemment exprimé le candidat dans un entretien accordé à l’AFP.

S’il est difficile d’estimer la part de Russes opposés au conflit en Ukraine et malgré les soupçons d’un opposant choisi par les autorités – « le Kremlin a toujours eu soin de créer ses propres oppositions », soulignait récemment la maîtresse de conférences Clémentine Fauconnier sur France Culture –, plusieurs opposants à Poutine ont choisi de soutenir pleinement Nadejdine.

Mikhaïl Khodorkovski, fervent adversaire emprisonné durant dix ans et en exil à Londres depuis 2013, ainsi que des proches d’Alexeï Navalny « ont jugé qu’il fallait appeler à signer » pour Boris Nadejdine, rapporte RFI. Et ces derniers jours, plusieurs centaines de Moscovites avaient fait la queue pour signer en faveur de l’opposant, rare moyen légal pour eux de manifester leur opposition frontale à la politique du Kremlin.

Expérience électorale limitée

Au cours des trente dernières années, Boris Nadejdine a fait une carrière publique plutôt confidentielle. Hormis un bref passage comme député à la Douma de 2000 à 2003, il a surtout exercé des mandats locaux. Né en 1963 en Ouzbékistan soviétique, d’une mère professeur de musique d’origine juive et d’un physicien russe, il marche d’abord dans les pas de son père.

Diplômé de physique, puis de droit, il obtient son premier mandat de conseil municipal à Dolgoproudny en 1990, ville située à une vingtaine de kilomètres de Moscou où il est arrivé à la fin des années 1960 et dans laquelle il est toujours élu aujourd’hui. Entre 1997 et 1999, selon sa biographie officielle, il collabore avec Boris Nemtsov, qui deviendra un opposant de premier plan à Vladimir Poutine, jusqu’à son assassinat en 2015.

Il a aussi travaillé avec Sergueï Kirienko, alors Premier ministre libéral devenu aujourd’hui une figure-clé du Kremlin. Boris Nadejdine dit également avoir travaillé avec le président russe lors de son premier mandat, mais avant de rompre en 2003, lors de l’arrestation de Mikhaïl Khodorkovski.

Fin de la guerre et libération des opposants

« Il s’est distingué ces derniers temps par un discours très anti-guerre. Son discours n’est pas forcément radical, mais décidé et courageux », souligne Clémentine Fauconnier sur France Culture. Il promet de cesser les combats sur le front ukrainien, de mettre fin à la « militarisation » de la Russie et de libérer « tous les prisonniers politiques » dont Alexeï Navalny.

Autant de promesses qui n’ont aucune chance d’aboutir, mais l’enjeu est sans doute ailleurs. « Même si les résultats sont courus d’avance, l’expérience a montré que les élections en contexte autoritaire peuvent être de grands moments de protestation » à l’égard du pouvoir en place, souligne la maîtresse de conférences en science politique à l’Université de Haute Alsace.

« Je sais bien que ce sera dur de battre Poutine », a d’ailleurs admis l’opposant auprès de l’AFP. Néanmoins, un bon score pourrait, selon lui, signifier « le début de la fin » de l’ère du président russe. Au Kremlin, sa candidature est en tout cas vue avec condescendance. « On ne le considère pas comme un concurrent », a lâché récemment Dmitri Peskov, porte-parole de Vladimir Poutine.

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