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Blocages des agriculteurs : qui sont les différents syndicats, leurs revendications et leurs modes d’action

Un agriculteur conduit son tracteur avec une pancarte « pas de nourriture sans agriculture » lors d’un rassemblement dans le centre-ville de Nantes le 25 janvier 2024.
LOIC VENANCE / AFP Un agriculteur conduit son tracteur avec une pancarte « pas de nourriture sans agriculture » lors d’un rassemblement dans le centre-ville de Nantes le 25 janvier 2024.

AGRICULTURE - Une longue liste de revendications et des modes d’action qui impressionnent. Pour manifester leur colère, les agriculteurs bloquent des autoroutes avec leurs tracteurs depuis plusieurs jours, aspergent des préfectures de lisier et brûlent des pneus devant des enseignes de grande distribution. Un mouvement qui converge peu à peu vers la capitale.

Si le mouvement est né en dehors des syndicats, ceux-ci sont aujourd’hui les fers de lance de la mobilisation. La FNSEA, les Jeunes Agriculteurs, la Confédération paysanne, la Coordination rurale et le Mouvement de défense des exploitants familiaux ont appelé leurs adhérents à se mobiliser. Si ces cinq organisations partagent un même ras-le-bol, leurs revendications varient en fonction de leur vision de l’agriculture française. Le HuffPost fait le point.

• La FNSEA, premier syndicat du secteur

La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) est le plus puissant des syndicats agricoles français. Son nombre d’adhérents et son poids politique en ont fait l’interlocuteur privilégié du gouvernement. À sa tête, Arnaud Rousseau, élu au printemps 2023. Le céréalier de 50 ans a annoncé dès son arrivée vouloir « reconquérir l’assiette des Français », avec moins de nourriture importée, et améliorer les revenus des agriculteurs, en particulier pour attirer les jeunes générations.

Il occupe dans son syndicat une position évocatrice du fossé qui sépare les grands groupes agricoles des petits salariés agricoles et exploitants familiaux. Arnaud Rousseau est en effet PDG du groupe Avril, géant agroalimentaire français, producteur notamment des huiles Lesieur et Puget. Une entreprise qui génère 5,6 fois le montant moyen que touche une exploitation agricole en France, indique Mediapart.

Dans le cadre de la mobilisation actuelle, Arnaud Rousseau et la FNSEA demandent, entre autres, le versement immédiat des aides de la politique agricole commune (PAC) dues depuis octobre, une simplification drastique des procédures administratives ou encore une indemnisation liées à la grippe aviaire.

• Les Jeunes Agriculteurs, alliés de la FNSEA

Nés en 1957, les Jeunes agriculteurs sont réputés proches de la FNSEA. Depuis le début du mouvement, les deux organisations s’expriment régulièrement côte à côte, comme lorsqu’elles ont appelé au « blocus de Paris » vendredi 26 janvier. Les deux syndicats ont exprimé leurs 24 revendications communes à destination du gouvernement, qui comprennent également le respect de la loi Egalim ou encore une réduction des normes environnementales.

Les Jeunes Agriculteurs insistent en particulier sur un point clé de la crise agricole : le manque de renouvellement des générations. Alors que de plus en plus d’agriculteurs partent à la retraite, leurs exploitations ne sont pas reprises. Le syndicat réclame des aides à l’installation et un meilleur accès au foncier, accaparé par les grands groupes.

Dans une interview accordée à Sud Radio ce vendredi 26 janvier, le président des Jeunes Agriculteurs Arnaud Gaillot a refusé l’appel de la CGT à ses militants à « aller rencontrer » les agriculteurs mobilisés. « On ne s’est jamais rallié à des mouvements sociaux. On n’a jamais profité d’autres mouvements sociaux pour aller expliquer notre désarroi », a-t-il appuyé. « On n’est pas sur les mêmes combats, il n’est pas question qu’on mélange les sujets. »

• La Confédération paysanne pour l’agroécologie

La Confédération paysanne, 3e syndicat agricole du pays, accueille au contraire bien volontiers les militants de la CGT. Si elle déclare partager le constat des deux syndicats précédentsnotamment sur la faible rémunération des agriculteurs et les lourdeurs administratives –, la Confédération paysanne s’inscrit en opposition de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs, qu’elle accuse d’être au cœur d’un système agricole « business ».

« Il y a eu une cogestion de la politique agricole depuis la fin de la guerre qui a été orchestrée par les dirigeants [de la FNSEA] conjointement avec le ministère de l’Agriculture », a estimé sur franceinfo, Gaspard Manesse, porte-parole de l’antenne Île-de-France. Pour lui, la FNSEA est responsable de « la modernisation de l’agriculture via la mécanisation, via la chimie et via les traités de libre-échange commerciaux et le développement de l’industrie agroalimentaire ».

Avec une vision portée sur l’agroécologie, le syndicat ne partage pas les revendications relatives à l’amoindrissement des normes environnementales prôné par la FNSEA et les Jeunes agriculteurs. Ses principales demandes : une loi interdisant tout prix agricole inférieur aux coûts de production et la fin immédiate des négociations d’accord de libre-échange.

• La Coordination rurale, des actions fortes sur le terrain

La Coordination rurale est le deuxième syndicat agricole français, concurrent direct de la FNSEA. Elle a été créée par trois agriculteurs mécontents du manque d’ambition du syndicat lors des négociations sur la PAC en 1991, rappelle BFMTV.

Plus radical que la FNSEA, la Coordination est adepte des actions coup de poing, comme à Agen où les banques, la préfecture, mais également des supermarchés et un McDo ont été saccagés avec du lisier. Image plus marquante encore : celle d’un sanglier, éventré et pendu, devant l’inspection du travail.

• Le Mouvement de défense des exploitants familiaux

Un autre syndicat revient enfin parmi les soutiens des manifestations : le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef). Plus proche des revendications de la Confédération paysanne, il représente seulement 1,39 % des agriculteurs et dénonce une « collusion vieille de 78 ans entre la FNSEA et le gouvernement ».

Ses revendications sont moins générales que celles des autres organisations et se concentrent essentiellement sur la rémunération juste des agriculteurs. En ce sens, le Modef s’oppose à la signature de l’accord de libre-échange entre l’Europe et le Mercosur, et réclame un respect strict de la loi Egalim, censée garantir des prix rémunérateurs pour les paysans.

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