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Blocage des agriculteurs : comment Jérôme Bayle est devenu l’interlocuteur de Gabriel Attal et des politiques

Jérôme Bayle, éleveur bovin en Haut-Garonne, a lancé le tout premier barrage sur l’A64 à Carbonne, à quelques kilomètres de son exploitation.
MIGUEL MEDINA / AFP Jérôme Bayle, éleveur bovin en Haut-Garonne, a lancé le tout premier barrage sur l’A64 à Carbonne, à quelques kilomètres de son exploitation.

POLITIQUE - « Je suis prêt à venir chercher Gabriel Attal en tracteur pour faire le buzz », confiait-il au journal Le Point en début de semaine. Jérôme Bayle n’aura même pas eu besoin de ce coup d’éclat : depuis dix jours, l’éleveur de Haute-Garonne est devenu le visage de la colère des agriculteurs… et l’interlocuteur des politiques sur la crise du monde paysan.

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Samedi 20 janvier, il était reçu avec une délégation d’exploitants par le préfet de la région Occitanie, Pierre-André Durand, après les premiers jours de blocage sur l’A64 au sud Toulouse. Deux jours plus tard, il est installé à la droite de la présidente de région Carole Delga lors d’une rencontre avec les agriculteurs.

Pour sa visite très attendue en Haute-Garonne – où il a fait une série d’annonces de simplification – ce vendredi 26 janvier, c’est le Premier ministre Gabriel Attal qui a accordé à Jérôme Bayle une attention particulière. Tout d’abord avec un coup de fil à la mi-journée, que l’exploitant a raconté au micro de France Bleu : « Je viens de partager 25 ou 30 minutes avec Monsieur le Premier ministre. On a eu une discussion sincère. »

« On va se voir tout de suite »

Quelques heures plus tard, l’agriculteur était à Montastruc-de-Salies, à quelques kilomètres de son exploitation, pour accueillir Gabriel Attal. « Est-ce qu’on peut s’entretenir ? », demande-t-il au Premier ministre alors que celui-ci vient de poser en Haute-Garonne. « Oui, on va se voir tout de suite », lui répond le Premier ministre devant les caméras des chaînes d’information en continu. Quelques minutes plus tard, alors que le chef du gouvernement prononce son discours, Jérôme Bayle est assis au premier rang derrière lui, assis sur une botte de paille aux côtés de Christophe Béchu.

Si l’agriculteur concentre à ce point l’attention des responsables politiques, c’est parce qu’il a tout simplement initié le mouvement de blocage sur les autoroutes, d’abord dans le Sud-Ouest, avant que les barrages ne fassent tache d’huile et ne s’étendent à une bonne partie de la France avec le soutien des puissants syndicats agricoles.

La genèse du blocage de l’A64, Jérôme Bayle l’a maintes fois narrée aux journalistes depuis dix jours. Le 16 janvier, après une première manifestation en Occitanie, les représentants de la FNSEA et d’autres organisations agricoles sont reçus par le préfet. Au sortir de la réunion, devant les manifestants réunis place du Capitole, « le discours tenu par le président régional de FNSEA d’Occitanie, Philippe Jougla, nous a dégoûtés, car il voulait mettre un terme aux manifs », se souvient Jérôme Bayle auprès du Monde.

Une voix qui porte

« On était déçus, alors on l’a tous poussé du coude pour qu’il prenne le micro parce qu’on sait qu’il parle bien, qu’il parle avec le cœur », a raconté à 20 Minutes un agriculteur présent ce jour-là. Son discours fait mouche : « Ceux qui ont la fierté de faire ce métier, à partir de jeudi, on va bloquer l’autoroute. »

Si le discours a été suivi d’effets, c’est parce que, dans le département, Jérôme Bayle n’est pas n’importe qui. Celui qui est membre de la FNSEA dans son canton mais inscrit sa démarche dans une logique « asyndicale » est connu localement pour son franc-parler et ses qualités de meneur d’hommes. Ancien rugbyman, « il a toujours été capitaine des équipes dans lesquelles il jouait », souligne Le Monde.

Sa voix porte également en raison de son histoire personnelle tragique. En 2015, son père se suicide sur l’exploitation familiale en raison des difficultés économiques générées par une épidémie qui décime ses vaches. « Peut-être que si je mène ce combat aujourd’hui, c’est un peu pour lui et pour toutes les autres familles qui ont connu ce drame », a-t-il confié à France 2.

Un combat qui a rapidement fait des émules : après son discours place du Capitole, les actions se sont multipliées. La FNSEA, les Jeunes agriculteurs et même la Confédération paysanne appellent leurs adhérents à se mobiliser. Une unanimité rare pour dénoncer les faibles revenus des cultivateurs et les lourdeurs administratives.

Après les annonces de Gabriel Attal, Jérôme Bayle n’a pas caché sa satisfaction de voir que l’action d’un « groupe de potes » avait porté ses fruits pour résoudre les points les plus urgents pour l’agriculture française. De retour sur le barrage de l’A64, à quelques encablures de Montastruc-de-Salies, toujours aux côtés du Premier ministre, il a annoncé à la presse et aux manifestants que ce blocage emblématique serait levé samedi midi. « Demain, l’autoroute va circuler », a-t-il lancé.

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