Bistrots dans les campagnes : la prévention dit « non »

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En septembre 2019, le Premier Ministre annonçait l’ouverture de bistrots dans les zones rurales. Objectif : créer de la vie et générer des marchés dans les territoires isolés. Mais pour les acteurs de la prévention, ramener l’alcool « au centre du village » va à l’encontre des politiques de santé publique.

A l’occasion du Congrès de l’association des maires ruraux (20-22 septembre 2019), Édouard Philippe a annoncé les 200 mesures de son agenda rural. Parmi elles, le Premier Ministre a prévu de favoriser l’ouverture de nouveaux bistrots dans les campagnes de France. L’enjeu, « revitaliser le commerce en milieu rural ».

Le constat de départ ? Les campagnes françaises se vident progressivement de ses bars et cafés. « Le nombre de licences IV est passé de 200 000 licences IV* dans les années 1960 à approximativement 40 000 aujourd’hui », étayait le Premier ministre dans son plan.

Mais comment ? Il s’agit de « soutenir la création de 1 000 cafés », en délivrant gratuitement 10 000 licences IV aux petites communes de moins de 3 500 habitants. Mais aussi en assouplissant les réglementations et en allégeant les politiques d’exonération.

Plus de bars = plus de buveurs

Pour la convivialité et la santé économique des campagnes, l’idée peut sembler bonne. Mais en termes de santé publique, les acteurs de la prévention alertent sur le danger de cette mesure.

Ainsi, l’Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie (ANPAA) n’y va pas de main morte en titrant son communiqué du 20 février : « Zones désertifiées : une seule solution, noyer son chagrin dans l’alcool ! ».

« Toutes les études démontrent que le niveau d’alcoolisation d’un pays est directement lié à l’offre et à l’accessibilité en boissons alcooliques », étaye l’association.

Pour l’ANPAA, après le mutisme du gouvernement lors du Dry January, ce projet d’ouverture des bistrots va à l’encontre de la prévention contre la dépendance à l’alcool. Certes la France reste l’un des pays les plus gros buveurs du monde. Mais l’association rappelle que la diminution de la consommation annuelle d’alcool (26 litres par an dans les années 60 contre 11,7 litres aujourd’hui) est un point positif. Et ne relève pas du hasard : cette baisse « tient aussi à la diminution du nombre de bars possédant une licence IV ».

A noter : chaque année, l’alcool coûte la vie à 41 000 Français (cirrhose, cancer du foie, cancer du sein, maladies cardiovasculaires…)

*licence obligatoire pour ouvrir un commerce débitant des boissons alcoolisées