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Dans « Bâtiment 5 », Ladj Ly parle de mal logement pour aborder la problématique des réfugiés

CINÉMA - L’auteur des Misérables est de retour. Pas l’écrivain, mais le réalisateur : Ladj Ly. Le cinéaste français, récompensé de quatre César en 2020 (dont celui du meilleur film), a fait son retour au cinéma ce mercredi 6 décembre avec la sortie sur grand écran d’un nouveau long-métrage, Bâtiment 5.

De retour en banlieue, mais cette fois dans la ville fictive de Montvilliers, Ladj Ly nous parle, ici, d’un autre problème que les violences policières, celui du mal logement.

Il nous emmène à la rencontre de Haby (Anta Diaw), une jeune femme très impliquée dans la vie de sa commune. Lorsqu’elle découvre qu’un plan de réaménagement de son quartier prévoit en catimini de démolir son immeuble sans vrai plan de relogement des habitants, elle décide avec les siens de se lancer dans un bras de fer contre la municipalité et son nouvel édile autoritaire, un pédiatre tout juste propulsé maire.

Autour d’elle, il y a son ami Blaz (Aristote Luyindula), ses jeunes frère et sœur, sa mère, mais aussi une certaine Tania, originaire de Syrie. Jouée par Judy Al Rashi, Tania vient d’arriver à Montvilliers avec son père. Tous deux chrétiens d’Orient, ils ont été reçus en grande pompe lors d’une cérémonie à la mairie, scène marquante du début du film au cours de laquelle le nouvel élu promeut sa politique d’une « immigration choisie ».

Anta Diaw, ici dans « Bâtiment 5 » de Ladj Ly.
Copyright 2023 - Srab Films - Lyly Films - France 2 Cinema - Panache Productions- La Compagnie Cinematographique Anta Diaw, ici dans « Bâtiment 5 » de Ladj Ly.

« C’est vrai que certains n’ont pas eu le droit à une petite fête d’accueil à leur arrivée en France », constate auprès du HuffPost Ladj Ly, que nous avons rencontré. Bâtiment 5 est aussi une manière pour lui d’aborder la question du traitement des réfugiés dans notre pays. « On se rend compte qu’en France, terre d’asile et des droits de l’Homme, on n’est pas accueillis de la même manière en fonction d’où l’on vient », précise le cinéaste.

Ladj Ly : « La réalité est tout autre »

À leur arrivée en France, Tania et son père sont logés dans un immeuble du quartier où vit Habi. Du haut de son nouveau balcon, la famille évoque sa surprise, voire sa désillusion. Ça ne ressemble en rien à ce qu’ils avaient imaginé de la France. « Ils arrivent dans un quartier où il n’y a quasiment aucune personne blanche. Ils sont très étonnés et se disent qu’il s’agit sans doute d’une ville qui accueille des réfugiés avant de les envoyer ailleurs », continue Ladj Ly.

Avant d’ajouter : « À l’étranger, on fantasme beaucoup sur notre pays. Entre le football, la baguette, la tour Eiffel et ses autres clichés, la réalité est tout autre. »

« Et eux ne comprennent pas », nous précise à son tour le coscénariste du film Giordano Gederlini au sujet des deux réfugiés syriens. Leur regard vient rendre compte de cette réalité vécue par de nombreuses familles qui arrivent sur le territoire français, nous dit-il.

Dans Bâtiment 5, pas question d’éluder le sujet, ni les discours ambiants sur l’immigration. « On sent qu’il y a moins de cohésion et ça nous heurte », continue le scénariste, déjà à l’œuvre sur Les Misérables.

Le mal logement, sujet de fond de Bâtiment 5

Le scénario a été écrit il y a plus de deux ans. Il fait pourtant écho à l’actualité récente, notamment au projet de loi immigration du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin qui contient l’instauration de quotas en matière migratoire. « Tout vire à l’extrême. La parole est décomplexée. On se permet des choses qui ont des impacts sur la population », abonde Ladj Ly qui dénonce un contexte de moins en moins accueillant.

L’imbrication de ces problématiques avec celles de la crise du logement dans les villes de banlieue n’a rien d’un hasard. Insalubrité, expulsions soudaines et relogements inadaptés… Cette crise dont parle le film, qui s’inspire de faits en partie survenus à la cité des Bosquets de Montfermeil et dans une copropriété dégradée du quartier du Pré-Gentil à Rosny-sous-Bois, touche principalement des populations précaires, pauvres et d’immigrés. L’une des rares scènes où l’on s’éloigne du quartier d’Haby, c’est pour se rendre chez les maire et le contraste est frappant.

« Depuis de nombreuses années, beaucoup de gens ne vivent pas sereinement en France, rappelle Giordano Gederlini. On ne parle même pas des nouveaux arrivants, mais des familles avec des enfants et des personnes âgées qui ont grandi là. Quand vient l’heure de repenser la Ville, on a souvent l’impression que cela revient à se demander qui a le droit de rester ici. Pourquoi a-t-on autant de mal à considérer ces habitants comme des Français ? » Bâtiment 5 pose la question pour poser, peut-être, de nouvelles fondations.

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