Avec Kaine, Clinton prend un risque vis-àvis du vote des noirs

par James Oliphant
En choisissant Tim Kaine comme colistier pour la présidentielle américaine, Hillary Clinton prend le risque de se mettre à dos une partie de l'électorat afro-américain, stratégique pour la candidate démocrate, car le sénateur de Virginie a soutenu par le passé un programme de lutte contre la criminalité impopulaire parmi la communauté noire. /Photo d'archives/REUTERS/Kevin Lamarque

par James Oliphant

RICHMOND, Virginie (Reuters) - En choisissant Tim Kaine comme colistier pour la présidentielle américaine, Hillary Clinton prend le risque de se mettre à dos une partie de l'électorat afro-américain, stratégique pour la candidate démocrate, car le sénateur de Virginie a soutenu par le passé un programme de lutte contre la criminalité impopulaire parmi la communauté noire.

Ce programme baptisé "Project Exile", expérimenté à Richmond à la fin des années 1990, la ville dont Tim Kaine a été le maire de 1998 à 2001, consistait à faire du port d'armes illégal un crime fédéral, et non un crime d'Etat, ce qui permettait à la justice d'envoyer les condamnés, noirs pour la plupart, dans de lointains pénitenciers fédéraux.

Soutenu à l'époque à la fois par les démocrates et les républicains, par la NRA, le lobby pro-armes, aussi bien que par les défenseurs du contrôle des armes à feu, le programme a toutefois fait l'objet de critiques de la gauche américaine, qui y a vu une initiative peu efficace et raciste, condamnant les jeunes Noirs à de longues peines de prison.

"Project Exile a brisé des familles. Ce n'est pas rien d'être pour. Ces mesures n'étaient pas utilisées contre les gamins blancs des banlieues, mais contre les jeunes Noirs des cités", déclare Nicole Lee, une avocate afro-américaine militant pour les droits civiques à Washington.

Hillary Clinton, qui a besoin du soutien de l'électorat noir lors de l'élection présidentielle pour compenser la forte popularité de son rival républicain Donald Trump auprès de l'électorat blanc, est elle-même critiquée pour avoir soutenu des politiques de répression dure de la délinquance dans les années 1990 jugées aujourd'hui responsables d'une surpopulation massive dans les prisons américaines. Elle promet désormais de "mettre fin à l'époque de l'incarcération de masse".

Dans un contexte de fortes tensions entre la police et la communauté noire, exacerbées par la mort récente de deux Noirs tués par des policiers et les fusillades qui ont coûté la vie à huit policiers à Dallas et Baton Rouge, la candidate démocrate cherche l'équilibre, soutenant le mouvement de lutte contre les violences policières faites aux Noirs "Black Lives Matter" tout en condamnant fermement les meurtres de policiers.

Les défenseurs de Project Exile, un programme que Donald Trump juge "formidable" et qu'il souhaite relancer, mettent en avant le fait que les quartiers noirs de Richmond étaient alors ravagés par le crack et un taux d'homicides exponentiel. Jerry Oliver, chef de la police à l'époque, et lui-même afro-américain, se souvient: "Nous devions intervenir là où il y avait des problèmes."

En tant que premier maire blanc de Richmond en plus de dix ans, Tim Kaine a été crédité d'avoir su apaiser les tensions raciales dans la ville. Amy Dudley, porte-parole du bureau de Kaine au Sénat, assure que le sénateur de Virginie juge toujours favorablement ce programme car il est convaincu qu'il a permis de réduire la violence par arme à feu.

Mais pour Kevin Ring, vice-président de Families Against Mandatory Minimums, un groupe de pression hostile aux peines plancher fédérales, Tim Kaine, comme Clinton, devra montrer qu'il a "évolué" sur ces questions.

(Jean-Stéphane Brosse pour le service français)