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"Aucun sens", "hors sol": pourquoi une rentrée dès le 20 août pour certains élèves ne convainc pas les profs

"Ça n'a aucun sens", dénonce pour BFMTV.com Jean-Rémi Girard, professeur de lettres modernes et président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc). "Hors sol", abonde pour BFMTV.com Frédéric Marchand, conseiller principal d'éducation et secrétaire national de l'Unsa éducation.

Au cœur de leurs critiques: les récentes annonces d'Emmanuel Macron au sujet de l'école. Dans une interview au Point diffusée mercredi, le chef de l'État a exprimé son souhait que les élèves "qui en ont besoin" puissent retourner en classe dès le 20 août afin de faire du "rattrapage".

Mais à quelques jours de la rentrée scolaire, cette communication est jugée "très déstabilisante pour les personnels comme pour les élèves", regrette pour BFMTV.com Catherine Nave-Bekhti, professeure de sciences économiques et sociales et secrétaire générale du Sgen-CFDT. Elle déplore une nouvelle annonce au mauvais moment et sans aucune concertation avec les principaux intéressés.

"La question des rythmes scolaires nécessite une réflexion au long cours, un dialogue. Là, le président décide encore une fois tout seul."

"40° dans les classes"

D'autant que lorsque les syndicats de l'enseignement ont été reçus ces derniers jours par Gabriel Attal, le nouveau ministre de l'Éducation nationale, le sujet n'a pas été évoqué. "La question des rythmes scolaires ne se limitent pas aux vacances d'été", observe pour BFMTV.com Philippe Ratinet, le président du Syndicat national des écoles (SNE), un syndicat d'enseignants du premier degré.

Sans compter qu'une rentrée estivale en plein mois d'août, alors que la France vient de connaître un épisode caniculaire tardif, paraît peu opportune. "Bon nombre d'écoles sont des passoires thermiques", pointe Jean-Rémi Girard, du Snalc.

"Il peut faire 40° dans les classes, on rencontre souvent ce type de problématique dès le mois de juin. Comment voulez-vous que les élèves apprennent quoi que ce soit?"

Pour Philippe Ratinet, du SNE, c'est prendre le problème à l'envers. S'il reconnaît "une réelle problématique d'absentéisme" des élèves pouvant potentiellement donner un coup de frein aux apprentissages, elle concerne le mois de juin dans le second degré et la première semaine de juillet dans le premier.

Une annonce "très floue"

Une annonce présidentielle qui soulève par ailleurs de nombreuses questions. Ces heures de cours seront-elles volontaires ou obligatoires pour les élèves? Sur quels critères seront-ils sélectionnés? Qui les encadrera? Comment les enseignants seront-ils sélectionnés? Quid s'ils ne sont pas assez nombreux? Et quels moyens supplémentaires seront alloués?

"C'est une annonce à la fois très précise et très floue", s'inquiète encore Catherine Nave-Bekhti, du Sgen-CFDT. "Qu'est-ce que le président a précisément en tête?" s'interroge pour sa part Frédéric Marchand, de l'Unsa éducation, qui évoque un coup de com' "pas construit ni pensé jusqu'au bout".

Se pourrait-il que les déclarations d'Emmanuel Macron ne préfigurent la future généralisation d'une rentrée scolaire pour tous et toutes au 20 août? C'est ce que craignent certains personnels enseignants. Car dans cette même interview, le président de la République a justement estimé que les vacances étaient trop longues.

Pourtant, la durée des vacances a peu varié ces vingt dernières années. Et dans la majorité des pays européens, celles d'été sont plus longues - entre neuf et 12 semaines - contre huit en France.

Des dispositifs existants

Ces annonces interpellent d'autant plus le personnel enseignant qu'il existe déjà ce type de dispositif. C'est le cas de l'opération "école ouverte", proposée le mercredi et pendant les vacances scolaires. Un programme qui vise à "renforcer les apprentissages et contribuer à l'épanouissement des enfants", comme le souligne le ministère de l'Éducation nationale.

Par ailleurs, certains élèves volontaires reprennent déjà l'école dès la fin du mois d'août, notamment via les stages de réussite proposés dans le premier comme dans le second degré. Gabriel Attal doit justement se rendre ce vendredi dans une école qui propose ce dispositif.

En clair: il s'agit de stages de remise à niveau afin de "consolider les acquis fondamentaux" et "combler d'éventuelles lacunes préjudiciables à la poursuite de la scolarité", détaille le site du ministère. Ce dernier se targuait d'ailleurs d'avoir renforcé l'opération "vacances apprenantes" pour cet été avec 100.000 heures supplémentaires et des stages de réussite dans tous les établissements des secteurs défavorisés. Frédéric Marchand, de l'Unsa éducation, s'interroge:

"Pourquoi faire croire que l'on propose quelque chose de nouveau?"

Gabriel Attal y a partiellement répondu ce vendredi, évoquant une généralisation des stages de réussite afin que davantage d'élèves y participent. Quant à la question sur l'opportunité de faire revenir les élèves en classe au mois d'août, le locataire de la rue de Grenelle a évoqué des annonces à venir sur la rénovation thermique des bâtiments.

"Le serpent qui se mord la queue"

L'autre réserve se porte sur le principe même d'une rentrée échelonnée. "Cela voudrait dire faire revenir plus tôt certaines catagories d'élèves alors que d'autres resteraient en vacances", remarque Catherine Nave-Bekhti, du Sgen-CFDT. "Cela peut avoir quelque chose de stigmatisant pour des élèves qui le sont déjà", se soucie Philippe Ratinet, du SNE.

Une fausse bonne idée donc pour ces représentants des personnels enseignants, estimant qu'une rentrée précoce ne résoudrait rien. "C'est complètement hypocrite", a dénoncé sur RMC Sophie Vénétitay, professeure de sciences économiques et sociales et secrétaire générale du Snes-FSU. "Ce n'est pas en dix jours, d'un coup de baguette magique, qu'on va réduire les inégalités et faire en sorte que les élèves progressent."

"Le problème est ailleurs", analyse Jean-Rémi Girard, du Snalc, évoquant la pénurie d'enseignants ou encore les difficultés pour les remplacements de longue durée. Même point de vue pour Catherine Nave-Bekhti, du Sgen-CFDT, qui estime inefficace de vouloir rattraper fin août ce que les enseignants sont empêchés de faire durant l'année.

"Les classes sont surchargées, les programmes sont denses, les enseignants n'ont pas le temps d'adapter leur pédagogie pour que les élèves en difficulté puissent suivre. C'est le serpent qui se mord la queue."

Article original publié sur BFMTV.com