Les combats se poursuivent au Yémen malgré l'annonce de Ryad

A Aden, un combattant fidèle au président yéménite Abd-Rabbou Mansour Hadi lors d'affrontements avec des miliciens houthis, la semaine dernière. Les combattants du sud du Yémen ont annoncé mardi soir qu'ils continueraient de lutter contre les miliciens chiites houthis jusqu'à ce qu'ils soient chassés de la région, bien que l'Arabie saoudite ait annoncé la fin de ses opérations aériennes et le début d'une nouvelle phase. /Photo d'archives/REUTERS (Reuters)

par Mohammed Ghobari et Mohammed Mukhashef ADEN, Yémen (Reuters) - Les combats se sont poursuivis mercredi dans le sud du Yémen, où de nouveaux bombardements aériens ont visé des positions des miliciens chiites Houthis malgré la fin annoncée de l'offensive aérienne menée depuis près d'un mois par l'Arabie saoudite et ses alliés sunnites. Ces affrontements, qui montrent combien la recherche d'une solution politique sera ardue, opposent les Houthis et des unités de l'armée obéissant à l'ancien homme fort du Yémen Ali Abdallah Saleh, aux combattants du sud du pays et aux forces armées loyales à l'actuel président, Abd-Rabbou Mansour Hadi. Mercredi, les Houthis se sont emparés d'une base militaire tenue jusqu'alors par les forces présidentielles à Taëz, la troisième ville du Yémen, ce qui semble avoir précipité les nouveaux bombardements saoudiens qui ont visé le quartier général de la base puis d'autres positions des miliciens chiites dans le sud du pays. Des combats se déroulaient notamment dans le port d'Aden, où les habitants ont fait état de tirs de chars et d'armes automatiques, ainsi que dans le secteur de Dalea, un fief des séparatistes sudistes qui a changé plusieurs fois de mains ces dernières semaines. Formés de civils, d'anciens officiers de l'armée et de membres du mouvement séparatiste sudiste Herak regroupés au sein de "comités de résistance populaire", ces combattants du sud ont fait savoir qu'ils poursuivraient la lutte jusqu'à ce que les Houthis et leurs alliés dans les rangs de l'armée soient chassés de la région. Des habitants du Sud-Yémen ont exprimé leur incompréhension et leur colère à l'annonce de l'arrêt des bombardements aériens saoudiens. "Cette décision est étrange et totalement inattendue. Nos combattants ont progressé mais ils ont encore besoin d'un soutien aérien. Maintenant ce sont les Houthis et les hommes de Saleh qui sont à l'offensive", a déploré l'un d'eux, Saleh Salem Ba Akil. Partis de leur fief de Saada, dans le nord du Yémen, les rebelles chiites se sont emparés de la capitale, Sanaa, en septembre avant de poursuivre leur progression vers le sud, chassant le président Hadi, aujourd'hui réfugié en Arabie saoudite. OBJECTIFS MILITAIRES Mardi soir, l'Arabie saoudite a annoncé la fin de l'opération Tempête décisive, une campagne de bombardements aériens déclenchée le 26 mars alors que les Houthis semblaient sur le point de prendre Aden, la grande ville du sud. Avec la fin de sa campagne aérienne, l'Arabie saoudite, qui dit avoir atteint ses objectifs militaires, est entrée dans une nouvelle phase de son intervention chez son voisin yéménite. L'opération Rétablir l'espoir, qui succède à la campagne aérienne, sera centrée sur la sécurité et le contre-terrorisme et sur la recherche d'une solution politique pour le Yémen. Le général Ahmed Asseri, porte-parole de l'armée saoudienne, a précisé qu'elle aurait des volets militaire, politique et diplomatique. Il a cependant indiqué que "la coalition continuer(ait) d'empêcher les miliciens Houthis de se déplacer ou d'entreprendre des opérations à l'intérieur du Yémen". En près de quatre semaines de bombardements, les stocks d'armes et de munitions des éléments de l'armée yéménite alliés aux Houthis ont été considérablement réduits. La décision de Ryad a été saluée par l'Iran, accusé de soutenir les Houthis, et par les Etats-Unis. L'ex-président Saleh et les Houthis eux-mêmes ont souhaité que cela permette une reprise des négociations de paix. "Nous appelons, une fois totalement terminés l'agression brutale contre le Yémen et le blocus de son peuple, à une reprise du dialogue politique sous l'égide des Nations unies", a écrit le porte-parole du mouvement chiite, Mohamed Abdoul-Salam, sur sa page Facebook. Les Houthis ont parallèlement relâché le ministre yéménite de la Défense, le général Mahmoud al Soubaïhi, qu'ils détenaient depuis près d'un mois à Sanaa, a-t-on appris de sources tribales et proches de la milice chiite. TÉHÉRAN ET WASHINGTON APPLAUDISSENT A Téhéran, le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, s'est félicité de l'annonce de l'arrêt des opérations aériennes et a évoqué la nécessité d'envoyer sans attendre une aide humanitaire à ce pays, où la situation est qualifiée de "catastrophique" par la Croix-Rouge. De Djakarta, où il participe au sommet Asie-Afrique, le président iranien, Hassan Rohani, a déclaré que "l'histoire montre que les interventions militaires ne sont pas des réponses appropriées à ces crises et qu'elles exacerbent plutôt les situations". "Nous pensons qu'une paix durable peut prévaloir si l'intervention militaire cesse et si de bonnes conditions sont créées pour des négociations et un dialogue entre composantes politiques", a-t-il ajouté. Washington a également applaudi l'annonce saoudienne, le porte-parole de la Maison blanche Eric Schultz estimant qu'un retour à la table de négociations s'impose "faute de solution militaire". Le président Barack Obama a dans le même temps adressé un avertissement à Téhéran, l'exhortant à ne pas envoyer aux Houthis d'armes susceptibles de perturber le trafic maritime. En intervenant au Yémen, l'Arabie saoudite en a fait un nouveau terrain de son affrontement géopolitique contre les ambitions de l'Iran, principale puissance chiite également présente en Irak, en Syrie et au Liban. Un drone a par ailleurs tué mardi cinq membres présumés d'Al Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), sur le front de mer de Moukalla, dans le sud du Yémen, ont rapporté des habitants. Aqpa, qui est considérée comme l'une des branches les plus actives du réseau Al Qaïda, a profité des troubles au Yémen pour y renforcer sa présence. Elle a notamment revendiqué les attentats suicide qui ont fait près de 140 morts et plus de 350 blessés le 20 mars à Sanaa dans des mosquées fréquentées par des chiites. (avec Noah Browning et Sam Wilkin à Dubaï, Nicolas Delame, Eric Faye, Henri-Pierre André et Tangi Salaün pour le service français)