L'opposition vénézuélienne mobilisée contre un projet de constituante

par Alexandra Ulmer
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L'OPPOSITION VÉNÉZUÉLIENNE MOBILISÉE CONTRE UN PROJET DE CONSTITUANTE

L'opposition vénézuélienne bloquait des rues de Caracas mardi pour dénoncer le projet du président Nicolas Maduro de former une assemblée constituante. /Photo prise le 1er mai 2017/REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

par Alexandra Ulmer

CARACAS (Reuters) - L'opposition vénézuélienne a entrepris mardi de bloquer des rues de Caracas pour dénoncer le projet du président Nicolas Maduro de former une assemblée constituante, manoeuvre par laquelle il voudrait selon ses adversaires se maintenir au pouvoir sans organiser d'élections.

Après un mois de violentes manifestations, Nicolas Maduro a annoncé lundi soir la création de cette nouvelle assemblée qui serait chargée de réformer la Constitution, composée pour moitié de personnalités élues qui ne pourraient pas être issues des partis politiques et pour moitié de personnalités désignées.

L'opposition accuse le chef de l'Etat de vouloir ainsi façonner une instance à sa main pour contourner l'actuelle assemblée nationale, où les opposants sont majoritaires, tout en évitant la tenue d'élections qu'il n'aurait pratiquement aucune chance de gagner dans le climat de crise politique et économique actuelle.

Le gouvernement justifie pour sa part cette initiative par le fait que l'opposition refuse, selon lui, tout dialogue et incite à la violence, ce qui ne lui laisserait pas d'autre choix que de secouer l'ordre institutionnel, comme l'avait fait Hugo Chavez après son élection en 1999.

"Je ne veux pas d'une guerre civile", a déclaré Nicolas Maduro devant ses partisans, réunis à Caracas à l'occasion du 1er mai alors que des centaines de milliers de personnes manifestaient contre son pouvoir dans la capitale et dans d'autres villes.

Le responsable du parti socialiste au pouvoir chargé de la création de l'assemblée constituante, Elias Jaua, a assuré mardi à la télévision que le calendrier électoral, prévoyant notamment une présidentielle l'an prochain, serait respecté.

Mais il a prévenu que les troubles politiques, déjà invoqués pour repousser les élections régionales l'an dernier, pourraient le compromettre.

VIVE PRÉOCCUPATION DES ETATS-UNIS

"L'un des objectifs de l'assemblée constituante est de créer des conditions de stabilité pour mettre en oeuvre le processus électoral", a déclaré Elias Jaua. "Ces conditions n'existent pas actuellement."

Lundi, Nicolas Maduro a aussi dit vouloir imposer "la paix, l'harmonie et un vrai dialogue national" en créant la nouvelle assemblée qu'il a présentée comme un rempart contre "le coup d'Etat fasciste" que fomenteraient ses opposants.

Ces derniers accusent à l'inverse l'ancien syndicaliste de glisser toujours un peu plus sur la pente de la dictature.

"Ce n'est pas une assemblée constituante, c'est la dissolution de la république", a dénoncé le député Freddy Guevara, tandis que le président de l'Assemblée nationale, Julio Borges, appelait ses compatriotes à se mobiliser contre "ce qui n'est rien moins qu'un coup d'Etat".

"Le dictateur Maduro et son élite corrompue par les narcotrafiquants veulent tuer la Constitution", a accusé pour sa part le chef de file de l'opposition, Henrique Capriles, qui a été privé de ses droits civiques il y a un mois.

Les Etats-Unis, de même que certains pays latino-américains comme l'Argentine et le Chili, ont fait part de leur préoccupation face à l'annonce de Nicolas Maduro sur une constituante.

"Nous sommes vivement préoccupés par les motivations d'une telle assemblée constituante, qui passe outre la volonté des Vénézuéliens et fragilise un peu plus la démocratie vénézuélienne", a estimé Michael Fitzpatrick, sous-secrétaire d'Etat adjoint chargé des Amériques. A l'en croire, Nicolas Maduro cherche une nouvelle fois à "changer les règles du jeu" pour se maintenir au pouvoir.

Mardi matin, des milliers de Vénézuéliens avaient répondu à l'appel de l'opposition et ont érigé des barricades dans les rues de Caracas, où de grandes manifestations sont de nouveau programmées mercredi.

Les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes pour disperser une partie des contestataires.

Vingt-neuf personnes ont été tuées, plus de 400 blessées et des centaines d'autres placées en détention depuis le début de la vague actuelle de manifestations, en avril.

(Avec Diego Ore et Andrew Cawthorne; Gilles Trequesser, Julie Carriat, Tangi Salaün et Eric Faye pour le service français)

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