Au Kenya, le parcours d’une exciseuse repentie

Photo GERALD ANDERSON/Anadolu Agency via AFP

Isnino avait 18 ans quand elle est devenue l’assistante d’une exciseuse. Dans la communauté musulmane du comté de Tana River, où elle a grandi, dans l’est du Kenya, exciser les filles était considéré comme une obligation religieuse et un prérequis au mariage. Elle-même a enduré “la colère de la lame tranchante du couteau” avant de l’infliger à d’autres, écrit le quotidien kényan Nation dans un portrait consacré à cette femme qui lutte désormais contre les mutilations génitales féminines.

L’excision est une mutilation qui consiste à retirer tout ou partie des organes génitaux externes de la femme. En dépit des nombreuses complications liées à cette pratique (infections, maladies, rapports sexuels douloureux, grossesses et accouchements à risque), le rite de passage a longtemps fait partie de la culture dans de nombreuses régions du Kenya. Interdite en 2011, l’excision est encore pratiquée dans certaines communautés.

“Dans la majeure partie du comté de Tana River, il prospère en secret. Heureusement, il y a beaucoup de lanceurs d’alerte”, raconte Isnino, aujourd’hui âgée de 40 ans. Elle a commencé à pratiquer l’excision afin de s’élever au rang des notables de son village. “Tous ceux qui prenaient part à l’exercice étaient valorisés et respectés. C’est ce qui m’a le plus fascinée. Gagner l’admiration de mes pairs, de mon mari, et être considéré comme quelqu’un qui préservait notre culture.”

Un atelier organisé par des imams

Au milieu des années 2000, sous l’influence des campagnes de prévention, la jeune femme voit un nombre grandissant de filles refuser le rituel. “Nous les moquions et leur faisions honte à travers des danses parce que c’était perçu comme de la lâcheté”, se souvient l’exciseuse repentie.

Grâce au travail de sensibilisation contre les mutilations génitales féminines, Isnino prend d’abord conscience des conséquences de la pratique sur l’éducation des jeunes filles, privées d’école le temps de la guérison. Hantée par la douleur qu’elle inflige, elle poursuit sa tâche au nom de la religion mais commence à douter : “Si c’est une question de religion, pourquoi certain musulmans croyants ne la pratiquent pas ?”

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