Au Japon, les conservateurs prêts à dire adieu au pacifisme constitutionnel

Dessin de Tiounine paru dans Kommersant, Moscou.

L’invasion russe de l’Ukraine a ébranlé l’ordre international de l’après-guerre froide, poussant le Japon à repenser sa politique de sécurité. Le gouvernement du Parti libéral-démocrate (PLD), qui y voit une occasion de rallier le public à sa cause, va de l’avant pour renforcer les capacités de défense du pays. Dans ce contexte, des voix s’élèvent en faveur d’une révision de l’article 9 de la Constitution, frein au développement militaire du pays [cet article exprime le “renoncement à la guerre” du Japon, une mesure imposée par les États-Unis après la défaite d’un Japon alors militariste]. Certains mettent néanmoins en garde contre toute tentative de tirer profit de la crise actuelle.

“La guerre en Ukraine a brutalement montré les désastres qui peuvent se produire quand on délègue son énergie et sa sécurité à d’autres pays”, a lancé Shigeharu Aoyama, sénateur et représentant du Groupe de défense de la dignité et des intérêts nationaux du Japon, groupe conservateur du PLD, lors d’une conférence publique à Hitachi [à 100 kilomètres au nord de Tokyo], le 29 avril. Concernant la défense du Japon, “nous dépendons des États-Unis depuis notre défaite [en 1945]. L’article 9 de la Constitution en est le symbole”, a-t-il poursuivi, avant d’appeler à réviser ledit article sous les acclamations et applaudissements d’une salle comble. Shigeharu Aoyama enchaîne à travers le pays des conférences similaires.

Réagir à une “situation extraordinaire”

Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, le 24 février, les appels en faveur d’une révision de l’article 9 et d’une augmentation des capacités de défense se font entendre, relayés par les parlementaires du PLD. Le 27 février, l’ancien Premier ministre Shinzo Abe [qui s’est appuyé en 2015 sur une réinterprétation de la Constitution pour autoriser l’intervention extérieure des Forces d’autodéfense (FAD, l’armée japonaise) en appui à un allié en difficulté] a estimé nécessaire de débattre d’un “partage nucléaire” : des armes nucléaires américaines seraient déployées au Japon et exploitées conjointement par les deux pays. Le 21 avril, évoquant la situation ukrainienne, Abe a martelé : “J’aimerais que l’article 9 soit discuté en commission d’examen constitutionnel dès à présent.”

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