Attentats du 13-Novembre: les 10 moments forts qui ont marqué ce procès historique

Salah Abdeslam s'entretient avec son avocat Me Martin Vettes le 14 septembre 2021 lors du procès des attentats du 13-Novembre. - Benoit Peyrucq
Salah Abdeslam s'entretient avec son avocat Me Martin Vettes le 14 septembre 2021 lors du procès des attentats du 13-Novembre. - Benoit Peyrucq

"Votre décision est attendue, elle sera le point final de ce procès de dix mois." Le procès des attentats du 13-Novembre touche à sa fin avec un verdict qui sera rendu ce 29 juin. "Notre cour d'assises que j'ai l'honneur de présider a pour fonction d'examiner les charges retenues à l'encontre de chacun des accusés renvoyés devant elle et d'en tirer toutes les conséquences au plan pénal après avoir entendu la parole de chacun, c'est-à-dire la parole des parties civiles, celle des représentants de l'accusation et celle de la défense", rappelait le président Jean-Louis Périès au premier jour du procès.

Presque dix mois plus tard, que retenir de ces débats? BFMTV.com revient sur ces 148 journées d'audiences qui, tous le saluent, ont été marquées par très peu d'incidents.

Les premiers mots de Salah Abdeslam

Tous les regards étaient évidemment tournés vers lui. Le seul membre encore en vie des commandos qui ont frappé Paris et Saint-Denis allait-il parler? Le seul accusé jugé comme "co-auteur" de ces attaques allait-il livrer des explications, des excuses peut-être, après six ans de silence? A peine l'audience ouverte, Salah Abdeslam, alors invité à décliner son identité et sa profession, provoque en déclarant: "Tout d'abord, je tiens à témoigner qu'il n'y a pas de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager." Le président de la cour d'assises lui avait répondu qu'"on verra ça plus tard".

Quelques minutes plus tard, l'accusé hurle dans le box estimant que lui et les autres accusés sont "traités comme des chiens".

Une semaine plus tard, dans un aménagement de planning pour donner la parole aux accusés alors que leur premier interrogatoire ne devait intervenir qu'en novembre, Salah Abdeslam suscite à nouveau la colère des parties civiles en assurant que les attentats étaient une réponse à l'intervention française en Irak et en Syrie.

"On a visé la France, la population, les civils mais on n'a rien de personnel contre ces gens-là, a-t-il expliqué,d'un ton calme. On a visé la France et rien d'autre."

La diffusion des images et des sons des attaques

Comment évoquer les attentats sans les montrer, sans montrer les atrocités vécues par les victimes. Le débat a agité le procès. Il y a d'abord eu les vidéos des explosions du Stade de France, sans le son, puis les photos des terrasses visées par les terroristes. Des photos panoramiques où les corps ne seront pas reconnaissables. Puis la cour a entendu un extrait de l'enregistrement de l'attaque. 22 secondes glaçantes pendant lesquelles on y entend la musique des Eagles of Death Metal puis des coups de feu en rafale, enfin des cris. Le son d'une guitare est encore audible au milieu des bruits des coups de feu.

Cet enregistrement dure au total 2h38 et 47 secondes. Trois extraits plus longs ont été diffusés le 1er avril dernier, à la demande d'une partie des parties civiles. 19 photos, dont certaines en partie tronquées, prises par la police scientifique, ont également été projetées dans la salle de la cour d'audience.

Les avocats de la défense quittent la salle

C'est l'un des seuls incidents marquant de ce procès, allongé d'un mois en raison des multiples suspension pour cause de Covid. Le 15 mars, comme un seul homme, les avocats de la défense quittent la salle, provoquant la suspension de l'audience. Depuis le début de l'après-midi, la tension montait. Une première salve d'applaudissements, accompagnés de cris, avait résonné alors dans la salle d'audience au cours de l'interrogatoire de Salah Abdeslam. Une réponse aux propos de l'accusé qui assurait qu'on "a bousillé sa vie".

Les avocats de Salah Abdeslam avaient alors tenté de prendre la parole pour protester contre l'absence de réaction de la cour, mais leurs micros étaient restés coupés. Le président Jean-Louis Périès avait tenté d'appeler au calme, trop tard pour les avocats de la défense.

"J’essaie depuis plusieurs mois de maintenir la sérénité des débats (...) Dans ce cadre-là, il n’est pas admissible d’avoir des manifestations de la part du public, a déclaré le magistrat. Je ne peux pas tolérer qu’il y ait eu des applaudissements ni des cris, ni des commentaires, ce n’est pas comme ça qu’on doit rendre la justice."

Les émouvants témoignages des parties civiles

C'était la force de ce procès. Cinq semaines étaient consacrées aux témoignages des parties civiles. Deux semaines supplémentaires ont été ajoutées au mois de mai pour permettre à toutes les victimes ou proches de victimes qui le souhaitaient de venir témoigner devant la cour d'assises spéciale. Au total, près de 2.500 personnes se sont constituées parties civiles dans ce procès.

Parmi ces centaines de victimes, Cédric avait expliqué à BFMTV.com qu'il voulait "montrer aux accusés que les victimes avaient pris le dessus". Tous sont venus apportant le récit tragique de cette soirée macabre, les heures qui l'ont suivie mais surtout les années qui n'ont pas effacé le traumatisme et les séquelles. Mais aussi les conséquences sur leurs proches, et notamment les enfants.

Beaucoup ont noté leur sentiment qui oscille entre "la chance d'être en vie" et "la culpabilité du survivant". Ce procès et ce témoignage sont pour eux une manière de "fermer certaines portes" pour essayer de "continuer à avancer". Certains ont affirmé avoir "pardonné" aux accusés.

Ces témoignages ont aussi été l'occasion pour certains rescapés de faire valoir leur statut, comme pour les blessés lors des explosions au Stade de France ou les habitants de la rue du Corbillon où le Raid a donné l'assaut après qu'Abdelhamid Abaaoud se soit réfugié dans l'immeuble.

La venue d'un ex-président de la République

Il n'y avait pas eu une telle affluence et une telle effervescence au procès depuis son ouverture. Le 10 novembre, nombreux étaient présents quand François Hollande s'est avancé à la barre. C'est la première fois qu'un ancien chef de l'Etat témoigne aux assises. "Bonjour Monsieur le président", lui dit Jean-Louis Périès. "Bonjour Monsieur le président", répond le témoin, sourire en coin. Rires dans la salle.

L'attitude de Salah Abdeslam a rythmé ses interrogatoires. De ses premières déclarations, à ses derniers mots, le jihadiste a, tour à tour, abordé sa vie d'avant dans son quartier de Molenbeek, livré sa version de sa participation à la cellule jihadiste, ou encore a gardé le silence quand il le décidait. Un droit, avait rappelé sa défense. Au fil des audiences, Salah Abdeslam a répété à plusieurs reprises avoir "renoncé" à activer sa ceinture explosive. Son attitude semble celle d'un homme qui souhaite s'exprimer puis le 30 mars, il décide de ne plus répondre aux questions de la cour. Une nouvelle provocation pour les parties civiles.

"Ce groupe nous a frappés non pas pour nos modes d'action à l'étranger mais pour nos modes de vie ici même, martèle François Hollande. On nous a fait la guerre, nous avons répondu."

Les explications de Salah Abdeslam

L'attitude de Salah Abdeslam a rythmé ses interrogatoires. De ses premières déclarations, à ses derniers mots, le jihadiste a, tour à tour, abordé sa vie d'avant dans son quartier de Molenbeek, livré sa version de sa participation à la cellule jihadiste, ou encore a gardé le silence quand il le décidait. Un droit, avait rappelé sa défense.Au fil des audiences, Salah Abdeslam a répété à plusieurs reprises avoir "renoncé" à activer sa ceinture explosive. Son attitude semble celle d'un homme qui souhaite s'exprimer puis le 30 mars, il décide de ne plus répondre aux questions de la cour. Une nouvelle provocation pour les parties civiles.

"J'ai dit des choses, je me suis exprimé à l'égard des victimes, avec respect et je ne veux plus m'exprimer. Je n'arrive plus", dit-il au président Périès qui l'interroge pour comprendre ce silence soudain.

Seule Me Josserand-Schmidt réussit à lui faire dire quelques mots. L'accusé explique qu'il a rejoint les commandos terroristes au dernier moment. Puis le 13 avril, Salah Abdeslam livre une version détaillée de sa soirée du 13 novembre 2015 au cours de laquelle il était prévu qu'il se fasse sauter dans un bar du XVIIIe arrondissement. Il aurait renonce par "humanité". Une "fable" à laquelle les parties civiles mais surtout l'accusation ne croient pas.

Le témoignage décisif de "Sonia"

Votre geste a permis, semble t-il, d'éviter d'autres attentats", a salué le président de la cour d'assises. Ce 8 avril, Sonia - dont le prénom a été modifié - a témoigné par vidéoconférence, visage caché et voix modifiée. Cette femme, qui vit aujourd'hui sous le statut de témoin protégé, un statut créé pour elle, a permis de localiser Abdelhamid Abaaoud au lendemain des attaques terroristes.

"Je ne regrette pas ce que j'ai fait, je ne regretterai jamais (...), dit-elle à l'audience alors que sa vie a totalement basculé depuis son appel au numéro mis en place juste après les attentats pour obtenir des informations. Son "courage" a été salué par le président de la cour d'assises et les avocats des parties civiles.

Sonia s'est retrouvée au coeur de cette cellule terroriste, alors qu'elle, bénévole aux Restos du Coeur, hébergeait chez elle Hasna Aït Boulahcen, la cousine d'Abaaoud. Ce dernier lui avait demandé de l'aide pour se cacher. C'est sous les applaudissements que Sonia a achevé son témoignage. Une partie civile dira d'elle qu'elle est une "héroïne".

Les excuses de Salah Abdeslam

Nombreux sont les accusés qui ont exprimé leurs regrets au cours de l'audience. Ceux que l'accusation a refusé de qualifier de seconds couteaux, ont présenté leurs excuses aux victimes, à leurs familles. Ils ont exprimé des regrets voire de la rancoeur envers d'autres accusés, comme Ali Oulkadi accusant Salah Abdeslam "d'avoir gâché sa vie".

Le 15 avril s'achevaient les interrogatoires des accusés, surtout celui de Salah Abdeslam. À la toute fin des question, le terroriste a pris la parole pour s'adresser aux parties civiles. "Je veux présenter mes condoléances et mes excuses à toutes les victimes, a déclaré depuis le box le Français de 32 ans, des larmes sur les joues. Je sais que la haine subsiste (...), je vous demande aujourd'hui de me détester avec modération."

Certaines victimes doutent de la "sincérité" de ces paroles.

Les réquisitions

Des peines sévères. En pouvait-il être autrement alors que la cour d'assises spéciale juge les attentats les plus meurtriers commis sur le sol français? Au bout de trois jours de réquisitions - un délai hors norme - les trois avocats généraux qui représentaient l'accusation dans ce procès ont requis la peine la plus lourde du code pénal: la réclusion criminelle à perpétuité contre six des 14 accusés présents dans le box.

Camille Hennetier, l'avocate générale, avait prévenu qu'"à la lumière des faits reprochés, de leur gravité et à la lumière de la personnalité, des peines lourdes, très lourdes, doivent être prononcées". La période de sûreté doit, selon l'accusation, à moduler les peines. A l'encontre de Salah Abdeslam, seul accusé jugé comme "co-auteur" des attaques, c'est une période de sûreté incompressible qui a été requise.

"L’effroi, c’est la disparition du rideau derrière lequel se cache le néant, qui permet normalement de vivre tranquille. Le terrorisme, c’est la tranquillité impossible. Votre verdict ne permettra pas de réparer le rideau déchiré. Il ne guérira pas les blessures, visibles et invisibles. Il ne ramènera pas les morts à la vie. Mais il pourra au moins assurer aux vivants que c’est, ici, la justice et le droit qui ont le dernier mot", avait conclu l'avocate générale.

Les derniers mots

En prenant la parole, tous les accusés ont souhaité avoir une pensée pour les victimes des attentats. Nous sommes au 148e jour de ce procès historique et la salle d'audience est archi-pleine. "Je n'ai pas attendu ce procès pour avoir des remords et des regrets", a soutenu Mohamed Abrini affirmant avoir "conscience que ce qui est arrivé est immonde". "J'aurais pu arrêter tout ça", reconnaît-il. Comme d'autres accusés, il a souhaité que les victimes et leurs proches puissent un jour "se reconstruire", "tourner la page". La majorité des accusés a présenté ses "regrets", "excuses" et "condoléances". Certains ont martelé, parfois la voix tremblante, leur "confiance en la justice".

Prenant la parole en dernier, Salah Abdeslam a répondu à ceux qui pensent que ses excuses, prononcées le 15 avril dernier, ne sont qu'une "stratégie". "Plus de 130 morts, plus de 400 victimes, qui peut présenter des excuses insincères à l'égard de tant de souffrance?", plaide l'accusé, reconnaissant avoir "évolué" au cours de ces 10 mois d'audience après le "choc social" de la première journée de procès. Salah Abdeslam a reconnu des "erreurs". "Mais je ne suis pas un assassin, je ne suis pas un tueur. Si vous me condamniez pour assassinat, vous commettriez une injustice." Ce seront les derniers mots prononcés lors de ce procès hors-normes.

Article original publié sur BFMTV.com

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