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Attaques en Israël: pour Gilles Kepel, il semble "très difficile que le Hamas ait pu penser une opération de cette ampleur seul"

Pluie de roquettes, usage de drones, infiltration de combattants armés... L'attaque lancée par le Hamas samedi dernier contre Israël impressionne par son ampleur et sa sophistication.

"Ça semble très difficile que le Hamas ait pu penser une opération de cette ampleur seul", juge sur BFMTV-RMC Gilles Kepel, spécialiste du monde arabe. "Ça fait beaucoup de monde, ça demande des entraînements énormes et une logistique gigantesque", ajoute-t-il.

Aucune revendication de l'Iran

Selon le politologue, le Hamas a été "instrumentalisé par l'islamisme chiite de l'Iran, qui contrôle l'axe de la résistance à Israël qui va de Téhéran au régime syrien de Bachar el-Assad, en passant par les milices chiites irakiennes et le Hezbollah libanais".

Ce mardi, l'ayatollah Khamenei a démenti que l'Iran soit derrière l'attaque du Hamas en Israël. Pour Gilles Kepel, l'Iran n'a pas intérêt à revendiquer son implication dans les attaques, "sinon le pas suivant serait une guerre à beaucoup plus grande ampleur".

"Le Hezbollah libanais, qui est le supplétif de l'Iran, a tiré quelques roquettes en solidarité des Palestiniens quand l'armée israélienne a commencé à bombarder Gaza mais n'a pas fait monter la tension", relève à ce propos Gilles Kepel. Pourtant, "le Hezbollah possède une quantité de missiles qui peut dévaster la Galilée".

Le rapprochement israélo-saoudien plombé

Gilles Kepel souligne également que l'attaque du Hamas "rend plus difficile le rapprochement entre Israël et Arabie Saoudite", engagé depuis plusieurs mois.

Le prince héritier d'Arabie saoudite Mohammed ben Salmane a déclaré au président palestinien Mahmoud Abbas que son royaume continuait à "soutenir le peuple palestinien pour qu'il puisse exercer ses droits légitimes à une vie décente, réaliser ses espoirs et ses aspirations, et parvenir à une paix juste et durable", a rapporté l'agence de presse officielle saoudienne.

"Tous les pays arabes qui se sont engagés dans un processus de paix avec Israël (Maroc, Bahreïn, Égypte, Jordanie, Émirats) sont attentifs car leur opinion publique ressent spontanément une solidarité avec Gaza bombardée", observe Gilles Kepel.

Une normalisation des relations entre Riyad et Jérusalem, crainte par Téhéran, pourrait conduire à un affaiblissement de la cause palestinienne dans le monde arabe et à une marginalisation de l'Iran.

En septembre dernier, à la tribune des Nations unies à New York, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu avait salué la normalisation des relations d'Israël avec les Émirats arabes unis, Bahreïn, le Maroc et le Soudan, dans la dynamique des accords d'Abraham en 2020, comme "l'aube d'une nouvelle ère".

Le dirigeant avait aussi affirmé qu'Israël était proche "d'une avancée encore plus spectaculaire, une paix historique" avec l'Arabie saoudite, poids lourd du monde arabe.

Article original publié sur BFMTV.com