Arctique : record de chaleur, feux de forêt, faut-il s'inquiéter ?

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Un feu de forêt à l'Est de la Sibérie, en 2015

Record de chaleur dans le cercle polaire, une centaine d’incendies en 72 heures en Sibérie... Les conséquences de la vague de chaleur qui touche le cercle Arctique pourraient être dramatiques.

38 degrés ont été enregistrés à Verkhoïansk, en Sibérie. Il n’avait jamais fait aussi chaud au-delà du cercle polaire arctique. Un record de chaleur qui pourrait avoir de multiples conséquences. Sous l’effet de la chaleur qui touche cette région du monde, les feux de forêts se multiplient.

En 72 heures, plus de 100 incendies ont ainsi été recensés. Un nuage de cendres de plus de 2000 km de longueur qui est même visible depuis l’espace.

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L’an dernier, la région avait fait face à d’importants incendies, de la même ampleur que ceux qui ont touché l’Amazonie ou l’Australie. “Les feux de forêt en Sibérie sont fréquents, à cette période de l’année. Le printemps et l’’été sont très secs dans cette région, donc il suffit d’une vague de chaleur importante pour que la région s’embrase”, nous éclaire Serge Zaka, agroclimatologue à la société ITK à Montpellier.

Des “super-incendies” en Sibérie

“Mais ce qui est inquiétant cette année, c’est que depuis plusieurs mois, les records de chaleur sont battus dans la région. Comme l’an dernier, l’été devrait être catastrophique, avec des “super-incendies” importants dans la région. Tous les indicateurs sont au rouge”, s’inquiète-t-il.

Or, les arbres absorbent du CO2. “C’est un cercle vicieux. Les forêts brulent à cause du réchauffement climatique, et moins il y a d’arbres, plus le CO2 aggrave le réchauffement climatique,” déplore Serge Zaka.

La banquise va fondre plus rapidement

Ces feux de forêt à répétition pourraient avoir des conséquences mondiales. “La fumée noire qui se dégage de ces feux de forêt est portée par le vent jusqu’à la banquise. En retombant, ces particules noires se déposent sur la glace qui devient grise, voire noire. Plus foncée, la banquise va davantage absorber les rayons du soleil, la glace fondra donc plus rapidement”, alerte Mikaa Mered professeur de géopolitique des pôles Arctique et Antarctique à l'Institut Libre d'Étude des Relations Internationales (ILERI) à Paris.

Après les incendies en Australie cet hiver, un glacier en Nouvelle-Zélande a jauni en raison des fumées, transportées par le vent.

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Si les feux de forêts sont normaux en Sibérie, c’est leur intensité et leur précocité qui inquiètent. “Habituellement, ils arrivent au coeur de l’été, en août, pas en juin”, ajoute Gaëtan Heymes, ingénieur chez Météo France.

La fonte du permafrost inquiète

La vague de chaleur qui touche actuellement le cercle arctique aggrave directement la fonte de la banquise, qui disparait pour laisser place à l’océan. Or, plus sombre que la banquise, “l’océan absorbe davantage les rayons du soleil, se réchauffe, ce qui aggrave le réchauffement climatique”, précise Serge Zeka. Après avoir touché l’Arctique russe, cette vague de chaleur devrait toucher l’Arctique européen cette semaine, avec plus de 30 degrés attendus jeudi en Scandinavie.

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Cette vague de chaleur inédite en Sibérie entraîne également directement une fonte accélérée du permafrost. Le permafrost, ou pergélisol en français, désigne les sols gelés en permanence dans les régions des pôles. Or, le permafrost contient d’énormes quantités de carbone et de méthane. Le méthane est un gaz à effet de serre très actif, en partie responsable du réchauffement climatique. De quoi aggraver encore un peu plus la situation actuelle.

La fonte du permafrost pourrait aussi libérer des virus et bactéries emprisonnées dans le sol gelé depuis des milliers d’années. En 2016 en Sibérie, à l'occasion d'une vague de chaleur, un cadavre ancien de renne libéré du permafrost a relâché une bactérie destructrice : l'anthrax, qui provoque la maladie du charbon. En quelques jours, cette bactérie a entraîné la mort de milliers de rennes, contaminé des éleveurs et tué un enfant.

L’économie de la pêche en suspens

Mais la fonte du permafrost libère également du mercure, qui se retrouve dans l’océan. “Les pays dont l’économie est basée sur la pêche, comme la Norvège ou le Canada sont inquiets, car il y a un risque que les poissons soient contaminés au mercure, et donc impropres à la consommation. Ce qui pourrait bouleverser leur économie si le phénomène s’aggrave”, nous éclaire Mikaa Mered.

Face à ce risque de contamination au mercure, les autorités canadiennes déconseillent la consommation de certains poissons aux femmes enceintes depuis plusieurs années. Le réchauffement climatique pourrait aggraver cette situation.

Des enjeux géopolitiques

Avec le réchauffement de l’Arctique et l’accélération de la fonte de la banquise, la zone devient de plus en plus prisée. Les pays qui bordent l’Arctique se disputent l’exploitation de la zone, riche en ressources naturelles, entre mines, nappes pétrolières et voies maritimes.

“Si aucun pays n’envisage de guerre de l’Arctique, il y a des tensions dans la région pour le contrôle des voies maritimes. La présence militaire est de plus en plus importante dans la région et les exercices militaires se multiplient dans la zone”, explique le spécialiste des Pôles. Outre la France, les États-Unis, la Russie, le Canada et les pays scandinaves sont particulièrement présents.

Exemple le plus flagrant, le passage du Nord-Est, une voie maritime contrôlée par la Russie et qui permet de relier l'Europe à l'Asie rapidement en longeant les côtes russes. Symbole de la fonte de la banquise, ce passage sera pour la première fois ouvert plus de six mois dans l’année. Le passage a ouvert le 15 mai dernier, soit six semaines plus tôt qu’en 2019, et huit semaines plus tôt qu’en 2018. “Pour la Russie, contrôler ce passage, c’est asseoir son importance au niveau international”, nous précise Mikaa Mered.

Des enjeux économiques

L’enjeu est aussi économique. Avec ce passage, la Russie peut facilement acheminer son gaz en Asie, où le prix de vente est plus élevé qu’en Europe. “L’Europe est extrêmement dépendante du gaz russe et des ressources énergétique norvégienne. Ce qui pourrait chambouler la politique énergétique européenne si la Russie décidait de vendre davantage à l’Asie qu’à l’Europe”, ajoute le professeur de géopolitique des pôles.

Sans compter les enjeux économiques pour les pays qui mettront la main sur les trésors du sous-sol arctique : pétrole, gaz, cuivre, uranium... Les entreprises sont déjà à l’affût : des dizaines de sociétés ont déjà des intérêts sur place dont Total, qui lorgne sur les réserves de pétrole.

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