En Arabie saoudite, Ronaldo doit prendre la parole sur les droits humains, estime Amnesty

Le nouvel attaquant portugais d’Al-Nassr, Cristiano Ronaldo (R) pose pour un selfie avec les présentateurs lors de son dévoilement au stade Mrsool Park à Riyad, la capitale saoudienne, le 3 janvier 2023. (Photo de l’AFP)
- / AFP Le nouvel attaquant portugais d’Al-Nassr, Cristiano Ronaldo (R) pose pour un selfie avec les présentateurs lors de son dévoilement au stade Mrsool Park à Riyad, la capitale saoudienne, le 3 janvier 2023. (Photo de l’AFP)

SPORT - Devoir de paroles. L’ONG Amnesty International a exprimé ce mercredi 4 janvier le souhait que l’attaquant portugais Cristiano Ronaldo, qui vient de s’engager à 37 ans avec le club saoudien Al-Nassr, utilise son statut de superstar planétaire du football pour s’exprimer sur les questions relatives aux droits humains en Arabie saoudite.

« Au lieu de faire l’éloge sans critique de l’Arabie saoudite, Ronaldo devrait utiliser son statut pour attirer l’attention sur les problèmes relatifs aux droits humains dans ce pays », a déclaré Dana Ahmed, chercheuse pour Amnesty International au Moyen-Orient, dans un communiqué publié sur le site de l’organisation.

Ronaldo, lors de sa présentation officielle par le club de Ryad, mardi, a déclaré qu’il souhaitait « participer au succès du pays et de sa culture ». Pour Amnesty, la légende portugaise va ainsi, en plus de devenir le joueur-vedette d’Al-Nassr au salaire mirobolant de 200 millions d’euros jusqu’en 2025, être l’ambassadeur officieux de l’Arabie saoudite et de sa diplomatie sportive.

Un outil d’influence pour promouvoir l’image de l’Arabie saoudite

« Des personnes sont régulièrement exécutées en Arabie saoudite, pour des crimes tels que des meurtres, viols et trafics de drogue. En une seule journée l’année dernière, 81 personnes ont été exécutées, dont beaucoup à l’issue de simulacres de procès », a souligné Dana Ahmed. « Les autorités (saoudiennes) poursuivent également la répression de la liberté d’expression et d’association, avec de lourdes peines de prison prononcées contre des défenseurs des droits humains, des militants des droits des femmes et d’autres militants politiques », poursuit la chercheuse.

D’après elle, « Cristiano Ronaldo ne devrait pas n’être qu’un outil pour promouvoir l’image de l’Arabie saoudite par le sport ». « Il devrait utiliser son séjour à Al-Nassr pour évoquer la multitude de problèmes liés au respect des droits humains dans le pays », lui a-t-elle encore conseillé.

La signature du buteur international portugais à Al-Nassr, assure Amnesty, rentre « dans un vaste système de sportwashing » mené par le richissime et puissant royaume du Golfe pour améliorer son image et sa réputation via des manifestations sportives.

Objectif Coupe du monde 2030

Une position partagée par Raphaël Le Magoariec, spécialiste de la géopolitique du sport des pays du Golfe à l’université de Tours. « Faire venir Ronaldo, cela permet de consolider la stratégie sportive de l’Arabie saoudite, c’est aussi passer à l’étape suivante qui est celle de la candidature à l’organisation de la Coupe du monde 2030 », analyse-t-il pour l’AFP.

« C’est le début de l’opération de séduction des instances mondiales du football, comme l’avait déjà montré la présence du Prince Mohammed ben Salmane au match d’ouverture du Mondial » au Qatar, rappelle-t-il. « Ils viennent chercher avec Ronaldo une onction sacrée, il y a caractère sacré », estime même Raphaël Le Magoariec.

Début 2021, alors que l’Arabie saoudite envisageait de s’adjoindre les services de Lionel Messi et de Cristiano Ronaldo pour promouvoir le tourisme dans le royaume – une tentative qui s’était finalement révélée payante pour l’Argentin mais rejetée à l’époque par CR7 –, l’ONG Human Rights Watch avait, comme Amnesty International, dénoncé la stratégie du royaume. « L’utilisation par l’Arabie saoudite d’événements sportifs et d’athlètes pour détourner l’attention de son bilan en matière de droits de l’homme nous oblige à regarder au-delà du glamour. Lorsque [...] le sportwashing est le but principal d’un événement, les célébrités devraient envisager de ne pas y participer », avait écrit HRW.

Dans le seul objectif de l’organisation de la Coupe du monde de football en 2030, l’Arabie saoudite a également investi récemment des sommes colossales pour accueillir des événements de tennis et de golf ou un Grand Prix de Formule 1, a financé le lancement du circuit LIV, le nouveau circuit professionnel de golf messieurs, et a acheté en 2021 le club anglais de Newcastle. L’Arabie saoudite a par ailleurs été désigné en octobre 2022 pour accueillir les Jeux asiatiques d’hiver de 2029.

À voir également sur Le HuffPost :

Pour afficher ce contenu, vous devez mettre à jour vos paramètres de confidentialité.
Cliquez ici pour le faire.

Lire aussi