Après la mort d’Elizabeth II, les républicains britanniques y croient plus que jamais

A member of the public holding a placard reading
OLI SCARFF / AFP A member of the public holding a placard reading "Republic" stands outside the St Giles' Cathedral in Edinburgh on September 11, 2022, ahead of the ceremony of the proclamation of Britain's King Charles III. - Queen Elizabeth II's coffin will travel by road through Scottish towns and villages on Sunday as it begins its final journey from her beloved Scottish retreat of Balmoral. The Queen, who died on September 8, will be taken to the Palace of Holyroodhouse before lying at rest in St Giles' Cathedral, before travelling onwards to London for her funeral. (Photo by Oli SCARFF / AFP)

OLI SCARFF / AFP

Un militant anti-monarchie devant la cathédrale Saint-Gilles d’Edimbourg, le 11 septembre 2022

ROYAUME-UNI - « God save the King » … ou pas ? Alors que l’écrasante majorité du Royaume-Uni - et du monde - est en deuil depuis la mort d’Elizabeth II survenue le 8 septembre, les voix républicaines tentent de se faire entendre dans le pays pour réclamer la fin de la monarchie et dénoncer l’accession au trône du roi Charles III.

Force est de constater que le mouvement peine à prendre de l’ampleur. À Edimbourg, en Écosse, une femme isolée a brandi une pancarte « abolition de la monarchie » quatre jours après la mort de la reine. Devant le Parlement à Londres une poignée d’antimonarchistes a manifesté en silence, là encore avec des pancartes telles que « pas mon roi » ou « mettez fin au féodalisme ». « Qui l’a élu ? », a lancé un autre militant à Oxford, dans le centre de l’Angleterre, en référence à Charles III.

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Ce vendredi 16 septembre, le nouveau monarque était d’ailleurs en visite à Cardiff, au Pays de Galles. Devant la cathédrale de la ville où une cérémonie se déroulait en sa présence, des protestataires étaient attendus, mais à la mi-journée... une seule jeune femme était présente, entourée de deux policiers.

Des kilomètres de queue pour voir le cercueil

« Le roi Charles visite la cathédrale de Llandaff, je suis donc actuellement une manifestation massive d’une personne », a tweeté avec humour la militante Laura Thomas-Walters. Une autre manifestation sous la bannière « Real Democracy Now » (la véritable démocratie maintenant) a rassemblé quelques personnes un peu plus tard la même journée dans la ville, devant le château du roi.

Si certains de ces manifestants ont été arrêtés, provoquant la colère de Britanniques qui ont accordé leur soutien aux protestataires au nom de la liberté d’expression, l’indignation n’a toutefois pas permis aux antimonarchistes d’imposer leur message dans la population.

La preuve, depuis plus d’une semaine, les rues de Londres sont submergées de photos et de goodies à l’effigie de la reine, et la queue est interminable devant Westminster Hall où est exposé son cercueil. Un million de personnes sont attendues dans la capitale britannique pendant les dix jours de deuil.

Charles III moins populaire qu’Elizabeth II

Face à un récit dominant commémorant le règne d’Elizabeth II, les républicains n’osent même pas exprimer leur opinion sur les réseaux sociaux ou dans leur famille de peur d’être ostracisés, ont révélé certains au Guardian.

Il faut dire que leurs idées ne rencontrent pas une adhésion massive. Le mouvement « Republic », principale organisation antimonarchiste du pays, estime que 10 à 12 millions de Britanniques sont républicains sur un peu plus de 67 millions d’habitants. Selon un sondage Yougov paru en juin dernier, 62 % des Britanniques pensent que le pays doit rester une monarchie, et seuls 22 % estiment qu’il faudrait élire un chef de l’État.

Le fondateur de l’organisation « Republic » Graham Smith le reconnaît : l’enterrement de la reine lundi 19 septembre va encore plus éclipser leurs revendications. En revanche pour la suite, il se montre très confiant. « La reine était la monarchie pour la plupart des gens, elle l’a été toute notre vie. Charles ne va pas hériter de ce niveau de considération et de respect, cela change vraiment toute la dynamique », assure-t-il dans le Guardian.

Plusieurs raisons à cela. D’abord, Charles III est nettement moins populaire que sa mère. En août 2021, un sondage Yougov lui donnait 54 % d’opinions favorables contre 80 % à la reine. Sa succession au trône l’a cependant fait changer de dimension : toujours selon une enquête Yougov réalisée après la mort d’Elizabeth II, 63 % des Britanniques pensent qu’il fera un bon roi, 15 % estiment le contraire. En mai, un tiers d’entre eux pensait qu’il ferait un bon souverain.

La mort d’Elizabeth II, un tournant pour la monarchie

Autre raison d’espérer pour les républicains : les jeunes sont beaucoup moins attachés aux membres de la famille royale. Le même institut de sondages a réalisé une étude en novembre 2021 et le résultat est sans appel : les 18-49 ans ont une opinion plus négative de la monarchie que les tranches d’âges plus élevées. Les trois quarts des 18-49 avaient une opinion positive de la reine contre 86 % pour les 50-64 ans et 93 % pour les plus de 65 ans.

Pour Charles, les chiffres sont plus bas : 43 % d’opinion positive pour les 18-24 ans, 54 % pour les 25-49 ans, 64 % pour les 49-64 ans et 73 % pour les plus de 65 ans.

Taux d’opinions positives et négatives sur Elizabeth II et le prince Charles en 2021.
Yougov Taux d’opinions positives et négatives sur Elizabeth II et le prince Charles en 2021.

Yougov

Les scandales à répétition constituent aussi un espoir. Parmi eux, les déboires judiciaires d’Andrew, frère de Charles III, les révélations faites par le prince Harry et Meghan sur la famille royale, ou la tournée catastrophique du prince William et de sa femme Kate dans les Caraïbes marquée par le cliché controversé du couple saluant des enfants noirs derrière des grillages. À cela s’ajoute encore la popularité très faible de la reine consort Camilla, hantée par le souvenir de la princesse Diana décédée en 1997.

Dans ce contexte, les républicains britanniques veulent saisir leur chance. La dynamique semble d’ailleurs être déjà en marche. Dans les 24 heures après l’annonce de la mort d’Elizabeth, l’association « Republic » a assuré au Guardian affirme avoir gagné 2 000 « followers ». Sur son compte Twitter, le groupe se félicite ce vendredi 16 septembre d’avoir « recueilli de nombreux dons (...) et des milliers de nouveaux supporters cette semaine ».

« Republic » a aussi lancé le mouvement « Succession appeal » (Appel à la succession). Celui-ci vise à récolter le maximum de dons afin de lancer une campagne massive contre la monarchie avant le couronnement de Charles III, qui aura lieu dans plusieurs mois. Un peu plus de 20 000 livres (23 000 euros) ont été récoltées à l’heure où ces lignes sont écrites .

Un référendum pour réclamer la République

Le but, précise Graham Smith à Reuters, est d’aboutir à un référendum sur le futur de l’institution. « C’est une opportunité pour faire campagne, mais ça ne va pas être facile. Nous allons devoir travailler dur pour obtenir ce référendum », reconnaît-il sans mal.

Le soutien pourrait plus particulièrement venir de trois des quatre nations constitutives du Royaume-Uni, plus républicaines que l’Angleterre. Ainsi au Pays-de-Galles, une pétition pour protester contre la transmission du titre de prince de Galles à William a récolté près de 30 000 signatures, tandis qu’en Irlande du Nord, le parti républicain Sinn Fein a boudé la cérémonie de proclamation de Charles III.

En Écosse, le SNP, qui réclame l’indépendance mais n’exigeait pas de quitter la couronne lors du premier référendum en 2014, pourrait de son côté revoir ses ambitions avec l’arrivée du nouveau roi qui n’est pas autant attaché à l’Écosse que l’était sa mère.

Les velléités républicaines ne sont pas réservées au seul Royaume-Uni. Charles III règne aussi dans 14 autres pays membres du Commonwealth, organisation qui compte 56 États dont la plupart sont d’anciennes colonies devenues des républiques. Parmi les monarchies restantes, comme la Nouvelle-Zélande, la Jamaïque ou l’Australie, la mort de la reine constitue une rupture et pourrait les inciter à changer de régime et dire adieu au souverain.

L’île d’Antigua-et-Barbuda envisage déjà d’organiser un référendum sur l’appartenance au royaume. C’est « une étape finale pour boucler le cercle de l’indépendance afin de s’assurer que nous sommes vraiment une nation souveraine », a déclaré le Premier Ministre Gordon Browne seulement trois jours après la disparition de la reine. Il estime que dans trois ans, l’île pourrait être une république. En Australie ou encore au Canada, le temps reste au respect dans cette période de deuil. Ce qui n’empêche pas à la même petite musique de raisonner.

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