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Après les manifestations et blocages des agriculteurs, qui va payer la facture pour les dégradations ?

Sur le papier, c’est aux conseils départementaux de prendre en charge les réparations et opérations de nettoyage. Mais certains élus ne l’entendent pas de cette oreille.

POLITIQUE - 400 000 euros par ci, 150 000 par là… Entre les détritus à nettoyer sur les voies, les dégradations de bâtiments publics, les feux sur les ronds-points et les autoroutes labourées par les tracteurs, à l’échelle nationale, la facture des manifestations agricoles de ce début d’année risque bien de dépasser le million d’euros. Alors que la mobilisation se calme, les responsables locaux en appellent donc à l’État qu’ils tiennent pour responsable.

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Sur le papier, ce sont les départements qui doivent prendre en charge de tels dégâts. Mais certains élus ne l’entendent pas de cette oreille. François Baroin, maire LR de Troyes, est de ceux-là. Dans sa ville, il estime que la facture tourne entre 300 000 et 400 000 euros, « ce qui est extrêmement lourd », fait-il valoir ce samedi 3 février dans L’Est Éclair, un quotidien régional. « Le mieux, c’est que l’État, compte tenu du temps de discussion entre le point de départ et le point d’arrivée du mouvement, prenne la facture à sa charge, à travers un fonds à sa disposition. (...) C’est sa responsabilité », estime l’ancien ministre de l’Économie, en insistant sur la clémence assumée du ministère de l’Intérieur vis-à-vis des manifestations.

D’un autre bord politique, le socialiste Stéphane Destruhaut, vice-président de Haute-Vienne, est du même avis. « Nous considérons que les départements en général ne sont en rien responsables de la cause de ce conflit et donc pour nous il serait logique que les frais soient engagés par l’État », insiste-t-il sur RMC. Le conseil départemental de Haute-Vienne, traversé lundi et mardi par le convoi de la Coordination rurale en direction de Rungis, ne peut pas « chiffrer précisément l’étendue des dégâts » sur ses routes, mais « il s’agit bien de plusieurs centaines de milliers d’euros », selon Stéphane Destruhaut.

La participation de l’État jugée "légitime"

Même du côté de l’alliance présidentielle, un tel discours trouve un écho. Dans l’agglomération d’Agen, où la préfecture, la direction départementale des territoires et la Mutualité sociale et agricole ont été visées, les dégâts tournent autour des 400 000 euros, d’après le chiffrement du maire MoDem de la ville Jean Dionis du Séjour. Et lui aussi entend demander l’aide de l’État : « L’agglomération prendra une partie, la ville aussi. La ville va demander à l’État une participation qui serait légitime. Ce sont ses bâtiments qui étaient visés », a-t-il déclaré à l’AFP.

Face à une telle situation, certains élus locaux ont eux décidé de passer par la justice. C’est le cas de la mairie de Toulouse qui, dès le 16 janvier, a porté plainte contre X déplorant « du jamais-vu lors d’une manifestation agricole ». « Il appartient désormais au parquet et aux services de police et de gendarmerie d’identifier les auteurs (des dégradations) pour que leur responsabilité civile soit engagée. Il est logique que les Toulousains ne paient pas les dommages occasionnés » déclarait Pierre Esplugas-Labatut, adjoint au maire en charge des affaires juridiques, à France Bleu Occitanie.

Si les blocages ont été levés à partir de jeudi soir, après les annonces de Gabriel Attal, les agriculteurs ont laissé des « centaines de tonnes de déchets » derrière eux, a souligné vendredi un porte-parole de Vinci, ce qui ralentit la réouverture car il faut nettoyer et remettre en état. Mais à quel prix ? Et avec quelle bourse ?

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