Appeler la CAF ou la Sécu ? Une galère, pointe « 60 millions de consommateurs »

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FRANCE - « Y a-t-il quelqu’un au bout du fil ? », s’interroge 60 millions de consommateurs. À l’instar de l’Assurance maladie, les services publics sont souvent injoignables au téléphone par des usagers en quête de renseignements mais maîtrisant mal internet, selon une enquête du magazine publiée ce jeudi 26 janvier.

« Malheureusement, les gens qui ne sont pas à l’aise avec internet ont bien des difficultés à accéder ne serait-ce qu’à l’information sur leurs droits », a déploré auprès de l’AFP le journaliste Lionel Maugain, coauteur de l’enquête, citant notamment les personnes âgées, précaires ou étrangères.

Selon l’article, « 15 % [des Français] n’ont pas accès à Internet, et 28 % ne sont pas en mesure d’effectuer une démarche administrative en ligne ».

Dans le cadre de cette enquête menée avec la Défenseure des droits Claire Hédon, et réalisée six ans après une première étude sur le même sujet, 1 532 appels ont été passés, entre le 26 septembre et le 10 novembre 2022, par des appelants représentant trois types d’usagers.

Bonnet d’âne pour l’Assurance maladie

Il s’agissait de personnes ayant besoin d’un contact téléphonique pour des demandes de renseignements ou des démarches - une personne sans internet, une autre ayant internet mais maîtrisant mal le français, une personne âgée avec internet -, ainsi que par un appelant « lambda » pour vérifier d’éventuelles différences de traitement.

Le bonnet d’âne revient à l’Assurance maladie. Sur 302 appels passés pour connaître les formalités en vue d’obtenir ou renouveler une carte vitale, 72 % n’ont pu aboutir - trois tentatives infructueuses avec chacune cinq minutes d’attente.

Quand ça décroche, le résultat n’est pas vraiment satisfaisant non plus. Seuls 22 % des appels ont reçu « une réponse acceptable », et moins de 5 % des « réponses précises ». L’Assurance maladie a fait valoir dans le magazine que les appels reçus ont plus que doublé depuis l’automne 2019, à 3,2 millions par mois, et qu’elle peine à recruter des conseillers pour ses plateformes téléphoniques.

À la Caisse d’allocations familiales (CAF), 54 % des 408 appels n’ont eu personne au bout du fil. Ici aussi, quand quelqu’un répond, les réponses sont insuffisantes ou renvoient ... à internet, même si l’interlocuteur précise ne pas être équipé pour aller sur le site. Seule une minorité d’agents propose un rendez-vous au guichet ou l’envoi d’un dossier papier à domicile.

Pour un guichet de proximité

« Les solutions existent mais elles sont très rarement proposées, ce qui plonge les usagers dans le désarroi et peut aller jusqu’à la renonciation à ses droits », note Lionel Maugain.

Pôle Emploi tire un peu son épingle du jeu avec 84 % des appels ayant abouti, avec toutefois des réponses pas toujours satisfaisantes ou manquant de précision.

Quant à la Caisse d’assurance retraite, 72 % des coups de fil ont abouti mais encore une fois, les réponses sur l’âge possible de départ en retraite n’étaient pas pertinentes dans la grande majorité des cas. « Seuls 23 % des appelants ont reçu l’information attendue. Et ils ne sont que 5 % à avoir obtenu une réponse précise sur l’âge de leur départ », selon les résultats de l’enquête.

Alors que s’accélère la dématérialisation des services publics, 60 millions de consommateurs réclame, avec la Défenseure des droits, une loi imposant plusieurs modes d’accès, notamment via l’instauration d’un guichet de proximité rassemblant un représentant de chaque organisme.

Les résultats de cette enquête ne marquent guère de progrès par rapport à celle menée en 2016, si ce n’est que les appels ne sont plus surfacturés et qu’il n’y a plus de discrimination notable liée à l’origine des usagers.

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