Anthony Blinken, un francophone et francophile futur secrétaire d'État de Joe Biden

Robin Verner avec AFP
·4 min de lecture
Anthony Blinken.  - Paul Morigi / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images
Anthony Blinken. - Paul Morigi / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images

Il a fait partie des quelques noms communiqués lundi par Joe Biden en dévoilant les grandes lignes de sa future équipe gouvernementale, au moment où Donald Trump fait un pas dans le sens de la transition. Anthony Blinken sera donc son secrétaire d'Etat.

Et ce dernier s'illustre notamment par sa parfaite maîtrise du français, après une jeunesse passée dans l'Hexagone, et sa préférence pour un multilatéralisme teinté au besoin d'interventionnisme dans les grands dossiers internationaux.

Double influence

Anthony Blinken a forgé son impeccable francophonie, doublée d'une réelle francophilie, en France même. En 1971, âgé de 9 ans, le fils du banquier d'affaires Donald Blinken suit à Paris sa mère Judith et son second mari, Samuel Pisar, d'origine polonaise, un des plus jeunes rescapés de la Shoah et avocat prestigieux qui a dédié sa carrière aux relations entre bloc de l'ouest et Soviétiques.

Tandis que sa mère prend les rênes du Centre américain de Paris, une institution culturelle et artistique, Anthony Blinken est scolarisé à l'école Jeannine Manuel, établissement international renommé. Jeune Américain dans le Paris des années 1970, à une période où la guerre du Vietnam tarde à s'achever, sa perception des choses subit une double influence.

"Tony, en tant qu'Américain, était très attaché à ses valeurs et à son identité, mais il vivait dans un pays étranger et était donc contraint de voir le monde à travers ce prisme à une époque où les Etats-Unis n'étaient pas forcément très populaires", témoigne ainsi son ami d'enfance Robert Malley, président de l'International Crisis Group.

Joe Biden en mentor

Après avoir terminé ses études primaires et accompli l'intégralité des secondaires en France, où il décroche son bac, Antony Blinken retrouve le pays natal. Il étudie à l'université de Harvard, ainsi qu'à Columbia, avant de faire carrière dans le droit puis en politique.
Anthony Blinken est d'ailleurs un conseiller de longue date du président élu, qu'il a conseillé tout au long de la campagne sur les sujets internationaux. Il le connaît ainsi depuis plus de 20 ans, explique Le Parisien: après avoir travaillé pour l'administration Clinton dans les années 1990, il l'a accompagné à la commission des Affaires étrangères du Sénat. Joe Biden l'a ensuite intégré à son équipe à la Maison Blanche et à l'entourage du président Barack Obama avant que ce dernier ne le propulse secrétaire d'Etat adjoint aux côtés de John Kerry le 7 novembre 2014.

Anthony Blinken et le "bluff"

A ce poste, il s'est notamment prononcé en faveur d'interventions militaires américaines au nom des droits humains. "Les superpuissances ne bluffent pas", aurait-il souligné à plusieurs reprises sur le dossier syrien, dans lequel le président Barack Obama a finalement décidé de s'impliquer de façon limitée.

L'ancien numéro deux du département d'Etat américain en a gardé une certaine amertume. "Nous avons échoué à empêcher une horrible tragédie humaine", a-t-il regretté en mai dernier dans un entretien à la chaîne CBS. "C'est quelque chose que je n'oublierai jamais".

Défenseur du bilan d'Obama

Il a retiré de cet événement une vision critique des instances internationales sans pour autant remettre en cause ses grandes options, comme en témoigne son intervention sur France Inter en mai 2018, époque à laquelle il exerce au sein de WestExec, un cabinet de conseils en stratégie spécialisé dans la géopolitique qu'il a cofondé.

"Le Conseil de sécurité des Nations-Unies malheureusement fonctionne très mal sur les grands dossiers où les puissances sont divisées. C’est pour ça qu’on voit de plus en plus les pays agir de façon unilatérale", explique-t-il alors à la journaliste Léa Salamé.

Pour autant, ces regrets ne l'ont pas amené à rompre avec le souvenir de l'action extérieure de Barack Obama. "Quand on regarde la politique étrangère d’Obama. Que ce soit le traité de Paris sur le climat, l’accord avec l’Iran, l’accord sur le commerce avec l’Asie, il y a un bilan très positif mais un bilan qui malheureusement vient d’être défait par le président Trump", fait-il encore valoir auprès de France Inter.

https://www.youtube.com/embed/RI46ItTxxzA?rel=0

Recoller les morceaux

Le futur chef de la diplomatie américaine aura dorénavant fort à faire pour recoller auprès des alliés traditionnels des Etats-Unis les morceaux éparpillés sous ce même Donald Trump. "Tony" Blinken, 58 ans, semble en tout cas aux antipodes de son prédécesseur Mike Pompeo, beaucoup plus brut de décoffrage.

"On peut difficilement faire plus affable, humble et discret que lui", estime son ami Robert Malley: "Personne ne se souvient l'avoir jamais vu s'emporter ou avoir un accès de colère".

Article original publié sur BFMTV.com