Anorexie : ce signe auquel on ne pense pas et qui doit vous alerter

Ingrid Bernard
·3 min de lecture
Young woman running training in the city

Des chercheurs français ont montré que les patientes souffrant d'anorexie prenaient plus de plaisir à perdre du poids en pratiquant une activité physique qu'en mangeant moins.

Vous ne vous en êtes peut-être jamais rendu compte. Et pourtant, les patientes souffrant d’anorexie ont tendance à pratiquer beaucoup de sport. Cette activité physique, qui participe à l’amaigrissement, génèrerait en elles des émotions positives mais également chez leurs proches. Un plaisir au moins aussi important que la perte de poids liée à l’alimentation. C’est ce qu’il ressort d’une étude menée par des chercheurs de l’Inserm et de l’Université de Psychiatrie et Neurosciences de Paris et au GHU Paris psychiatrie & neurosciences.

"Nous savons que l’anorexie mentale s’organise sur un cercle vicieux, où ce qui me fait maigrir est tellement gratifiant dans ce que j’en ressens, que je peux passer outre les dangers que j’arrive pourtant à comprendre. Cette anomalie du processus décisionnel est clairement en lien avec l’effet récompense (le cerveau renvoie des messages valorisant le maintien du trouble). Mais il est compliqué de comprendre comment un manque (la carence alimentaire) peut être en soi un ‘renforçateur’. C’est pourquoi nous nous sommes plutôt penchés sur l’autre versant de la perte de poids, l’activité physique", explique Philip Gorwood, un des auteurs de l’étude.

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Adapter la prise en charge des patientes

Pour les besoins de cette étude, les scientifiques ont recruté 88 patientes souffrant d’anorexie mentale, 30 de leurs proches non malades et 89 individus "contrôles" sains. Ils les ont incités à pratiquer un exercice physique standardisé puis à répondre à des questionnaires. Les jeunes femmes devaient délivrer leurs émotions après l’effort ainsi que la perception de leur image corporelle. Résultat : à effort équivalent, les patientes anorexiques rapportent plus d’émotions positives que les contrôles. "Le fait de faire du sport leur envoie un message de renforcement positif qui fait que les patientes poursuivent cette activité en dépit de leur fatigue ou de leur faiblesse. La dépense calorique associée à cette activité physique est un facteur déterminant qui conduit à poursuivre cet effort", précise Philip Gorwood. Ce ressenti émotionnel était également présent chez leurs proches mais ne l’étaient pas chez les patientes "contrôles".

Dans une précédente étude, les scientifiques avaient déjà montré que l’anorexie mentale est plus associée au plaisir de maigrir qu’à la peur de grossir, et que cet aspect serait génétiquement influencé. Pour les chercheurs, ces nouveaux travaux constituent une avancée considérable. Ils estiment qu’une partie de la prise en charge consiste à réapprendre aux patientes que l’activité physique pratiquée de façon modérée peut apporter autant voire plus de plaisir que l’effort physique addictif, probablement associé à une finalité de perte de poids.

Les chercheurs rappellent que l’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire qui affecte majoritairement les jeunes filles entre 15 et 25 ans. La prévalence de l’anorexie au cours de la vie serait d’un peu plus de 1 % chez les femmes.

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