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Amélie Oudéa-Castéra : un long mois de galère pour la ministre, finalement débarquée de la rue de Grenelle

POLITIQUE - Chronique d’une chute attendue. En l’espace de 28 jours, la désormais ex-ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse, des Sports et des JO Amélie Oudéa-Castéra aura vécu un début de mandat des plus singuliers depuis sa nomination au sein du gouvernement Attal début janvier. Un gouvernement qu’elle ne quitte qu’à moitié ce jeudi 8 février, grâce à son maintien à la tête des portefeuilles sportifs : Oudéa-Castéra ne garde que les Sports et les JO, selon la liste dévoilée par l’Elysée ce jeudi à 20 h 30. Plus que jamais en suspend ces derniers jours dans l’attente de la suite (et fin) du remaniement, Amélie Oudéa-Castéra cède finalement sa place à Nicole Belloubet à l’Education, après un tout petit mois rue de Grenelle.

Le remaniement est terminé, voici la composition complète du gouvernement de Gabriel Attal

Si elle était déjà rodée aux polémiques d’ampleur, à l’instar de l’organisation désastreuse de la finale de la Ligue des champions 2022, les dernières semaines d’Amélie Oudéa-Castéra étaient sans commune mesure avec sa précédente expérience gouvernementale.

· École publique / école privée

Jeudi 11 janvier, celle qui occupait jusqu’alors le poste de ministre des Sports et des Jeux olympiques hérite du poste laissé vacant par le nouveau Premier ministre Gabriel Attal. Une belle promotion pour l’ancienne tenniswoman, désormais à la tête d’un « super-ministère » composé des portefeuilles de l’Éducation nationale, de la Jeunesse, des Sports et des JO.

Malgré quelques critiques sur cette triple (voire quadruple) casquette ministérielle, il faut attendre le lendemain de cette nomination pour que les vrais ennuis commencent pour « AOC ». Vendredi 12 janvier, Mediapart dévoile que les trois enfants de la ministre sont scolarisés à Paris dans l’établissement catholique Stanislas. Ce prestigieux lycée parisien est pourtant visé par une enquête administrative, en raison de témoignages d’anciens élèves, dénonçant « l’univers sexiste, homophobe et autoritaire de l’institution ».

Le jour même, elle tente maladroitement de justifier ce transfert dans le privé par sa « frustration » devant « les paquets d’heures » d’enseignement non remplacées lors des absences de professeurs dans le public. Une ministre de l’Éducation nationale qui met ses enfants dans le privé, tout en critiquant nommément l’école publique provoque inévitablement un vif malaise.

· Les révélations se suivent…

Libération ajoute une couche supplémentaire dès 14 janvier avec le témoignage de l’ancienne institutrice de son fils directement mise en cause. Celle-ci assure que seul le fils aîné de la ministre a brièvement été scolarisé dans le public. C’était en 2009, dans l’école publique Littré du VIe arrondissement de Paris.

Mais selon cette enseignante, ce transfert dans le privé n’aurait finalement rien à voir avec un non-remplacement des profs. Pourtant, la ministre « dément catégoriquement » ces accusations qui avancent que son fils s’est retrouvé à « Stan » car l’école Littré avait refusé un passage anticipé en moyenne section.

Accusée de mensonges et appelée à démissionner, Amélie Oudéa-Castéra décide de se rendre dans l’ancienne école publique de son fils pour désamorcer la polémique. En vain : elle est accueillie par une bronca et ses mots lors d’un micro tendu par la presse sont presque inaudibles.

· ... et s’additionnent

Désormais visée par une plainte pour diffamation du syndicat national des agents publics de l’Éducation nationale pour ses propos, la ministre n’est pas au bout des ses surprises et des révélations. Tant sur l’établissement Stanislas - accusé de nombreuses « dérives » dans un rapport - que sur des soupçons de conflit d’intérêts avec ce même établissement.

Malgré le soutien du président de la République lors de sa conférence de presse du 16 janvier, elle demande au Premier ministre de « se déporter des actes relatifs » au « collège Stanislas ». Preuve que la situation devient plus qu’embarrassante au sommet de l’État.

Le 21 janvier, Mediapart récidive avec une révélation sur la plateforme Parcoursup. Le média d’investigation affirme que l’un des fils de la ministre a bénéficié d’une pratique de contournement observée à plusieurs reprises à Stanislas : celle d’inciter certains élèves à renoncer à leurs autres vœux sur Parcoursup, en échange d’une garantie d’admission en classe préparatoire de l’établissement. Une information qui passe mal, quand on sait que la plateforme est censée favoriser une meilleure égalité des chances dans l’accès aux études supérieures.

· Premières grèves et dernier camouflet

Les jours passent et le fragile siège de la ministre vacille toujours, entre les révélations sur ses liens familiaux avec plusieurs figures médiatiques de premier plan, la scolarisation de ses enfants dans des classes non mixtes ou les soupçons de rémunération « très élevée, voire anormale » lorsqu’elle dirigeait la Fédération française de tennis (mars 2021-mai 2022). Dévoilé par Le Monde, ce rapport est vivement critiqué par la ministre, qui dénonce des travaux « instrumentalisés à des fins politiques ».

Le 30 janvier, c’est lors de ses vœux 2024 que la ministre choisie de contre-attaquer en se plaçant en victime, ou plus précisément en « symbole d’une caste à abattre ». Une ligne de défense qui agace une fois de plus, au moment où la ministre fait face à un mouvement de grève des enseignants deux jours plus tard, seulement vingt jours après sa nomination.

Ultime camouflet pour la ministre : la démission rare du recteur de l’académie de Paris, récemment désavoué par le ministère sur un projet de réforme des classes prépas. La fin d’un court mais intense mois rue de Grenelle qui semble avoir fini de convaincre Gabriel Attal de l’erreur de casting, alors que l’Éducation est présentée comme l’une grande priorité du second mandat d’Emmanuel Macron.

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