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En Allemagne, les agriculteurs bloquent Berlin avec leurs tracteurs après une semaine de manifestation dans tout le pays

INTERNATIONAL - « Nous continuons à faire pression. » Le message est clairement inscrit sur des pancartes, inlassablement portées par les agriculteurs allemands. Ce lundi 15 janvier, ils sont des milliers à monter à Berlin. Remontés par la suppression de plusieurs avantages fiscaux, dont les subventions sur le diesel, ils sont venus bloquer la capitale avec leurs tracteurs, comme vous pouvez le voir dans la vidéo en tête de cet article.

Cette grande manifestation n’est pas une première : la mobilisation a débuté le lundi 8 janvier avec des blocages partout dans le pays. Ce rassemblement au cœur de la capitale allemande se veut le point d’orgue de cette semaine de manifestations. La colère gronde dans la profession depuis l’annonce en décembre dernier d’une réduction des subventions au secteur en raison d’un rappel à l’ordre des juges constitutionnels sur les strictes règles budgétaires de l’Allemagne.

Le ministre des Finances fait un discours sous les huées

C’est ainsi que tôt ce matin, les tracteurs ont fait leur entrée dans la capitale. Quelques heures plus tard, rassemblés devant la Porte de Brandebourg, les agriculteurs ont accueilli avec des huées le ministre des Finances Christian Lindner, le traitant de « menteur » et lui ordonnant de « dégager » alors qu’il prenait parole sur un podium. « Ce gouvernement doit démissionner », affirmait Paul Brzezinski, 73 ans, un producteur de lait basé au sud-est de Berlin, résumant un sentiment qui semblait largement partagé.

Le ministre, qui se dit proche des agriculteurs car il est « chasseur », a lancé aux manifestants peu convaincus que « leur mobilisation avait déjà payé ». Il a ensuite rappelé que face aux protestations du secteur, la coalition gouvernementale formée des sociaux-démocrates, verts et libéraux a rétropédalé sur ses intentions en ce début d’année. L’ensemble de son discours a été laborieux tant les agriculteurs étaient bruyants, comme vous pouvez le voir ci-dessous

Le gouvernement allemand a par exemple maintenu l’avantage en matière de taxe sur les véhicules pour la sylviculture et l’agriculture, qu’il voulait annuler. De plus, il a décidé de supprimer progressivement – et non d’un coup – l’avantage fiscal pour le gazole agricole « afin de donner aux entreprises concernées davantage de temps pour s’adapter ».

Plus de 5 000 tracteurs à Berlin

Mais ces concessions restent sans effet sur la colère du monde agricole. « Depuis des années, on est malmenés. Mais là c’est le bouquet : jamais on a vécu un tel manque de respect », a déclaré à l’AFP Ute Rötz, productrice de céréales bio de 58 ans près de Magdebourg (est). À ses côtés, sa fille Frauke Rötz, 33 ans, brandit une pancarte : « Nous ne sommes pas des pantins, nous méritons le respect ».

Selon une estimation provisoire de la police, « largement plus de 5 000 tracteurs » se trouvaient dans la capitale, bloquant les rues et faisant retentir leur klaxon. Félicitant les manifestants pour leur « pacifisme », Christian Lindner les a invités « à discuter de la situation globale des agriculteurs en Allemagne ».

Cette mobilisation des agriculteurs renforce la pression sur le gouvernement dont le taux d’approbation n’a jamais été aussi bas. L’extrême droite, qui a le vent en poupe, particulièrement dans l’est du pays, cherche à tirer profit de la fronde des agriculteurs. Dans un récent sondage réalisé pour le quotidien Bild, 64 % des Allemands ont déclaré qu’ils souhaiteraient un changement d’exécutif.

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