Publicité

"L'effondrement va être très rapide" : l'alerte des ONG sur la situation sanitaire à Gaza

Les deux millions d'habitants de la bande de Gaza font face à un blocus qui les prive d'eau et d'électricité. Les ONG s'alarment de la situation sur place.

Un sauveteur palestinien recherche des victimes dans les décombres d'un immeuble à Rafah, dans le sud de la Bande de Gaza, le 12 octobre (Photo by SAID KHATIB / AFP)
Un sauveteur palestinien recherche des victimes dans les décombres d'un immeuble à Rafah, dans le sud de la Bande de Gaza, le 12 octobre (Photo by SAID KHATIB / AFP)

"Pas d’électricité, pas d’eau, pas de gaz". En réponse aux attaques menées par le Hamas en Israël, l’État hébreu a annoncé un siège total de la bande de Gaza, empêchant son approvisionnement en eau, en électricité, en nourriture... Les ONG présentes sur place craignent une situation dramatique dans les prochains jours.

"Notre capacité de réponse est nulle, on ne peut pas faire entrer de médicaments ou de biens dans la zone. Nos équipes essaient simplement de sauver leur vie, d'éviter les bombardements et de maintenir leur famille en sécurité. Un de nos membres a réussi à trouver refuge dans un des deux derniers endroits qu'on peut encore considérer comme sanctuarisé, c'est-à-dire dont les coordonnées GPS ont été partagées avec les autorités israéliennes et qui pour l'instant semblent respecter la sanctuarisation", nous indique Benjamin Gaudin, responsable opérations au Moyen-Orient pour l'ONG Première urgence internationale, qui compte une vingtaine de personnels sur place.

"On va glisser vers une prise en charge médicale de faible capacité"

"Mais le contact avec eux est de plus en plus difficile car il n'y a bientôt plus d'électricité", précise-t-il. La centrale électrique de Gaza fonctionne au fioul. Or, sans ravitaillement, les stocks sont vite épuisés et l'électricité manque.

"Dans les heures qui viennent, les groupes électrogènes dans les hôpitaux vont eux aussi s'arrêter, il n'y a aura donc plus de matériel de réanimation, on va glisser vers une prise en charge médicale de faible capacité", nous confie Jean-François Corty, vice-président de Médecins du monde.

"Même les opérations classiques en temps de conflit sont compliquées à mener"

"Actuellement, dans le dernier hôpital qui fonctionne, il n'y a plus de lit disponible, les patients sont traités au sol et avec la fin de l'électricité, les frigos des morgues ne fonctionneront plus. Aujourd'hui les morts sont emmenés directement par les familles pour être enterrés", ajoute Benjamin Gaudin, de l'ONG Première urgence internationale.

"Dans le dernier hôpital qui fonctionne, il n'y a plus de lit disponible, les patients sont traités au sol et avec la fin de l'électricité, les frigos des morgues ne fonctionneront plus. Aujourd'hui les morts sont emmenés directement par les familles pour être enterrés"

L'ONG Médecins du monde compte une quarantaine de personnes sur place. "Ils sont formés, entraînés à l'urgence, mais on est sur une dimension exceptionnelle en raison du blocus total. Certains arrivent encore à exercer dans certains centres de santé, mais dans des conditions très difficiles. Même les opérations classiques en temps de conflit sont compliquées à mener dans les centres de santé. La plupart des dispositifs sont en surcharge, on fait face à une rupture de médicaments. On est déjà dans une logique de tri, de médecine de guerre pour aller au plus vite", détaille Jean-François Corty.

"On a des collègues avec des enfants qui n'ont plus d'eau, plus de lait maternel"

Selon le ministère de la Santé gazaoui, on dénombre 1 354 tués et de 6 049 blessés le 12 octobre à la mi-journée. Parmi les morts, on compte notamment 11 employés d'une agence des Nations unies, 30 élèves des écoles gérées par cette agence et au moins six journalistes. Plus de 338 000 Palestiniens ont été déplacés à l'intérieur de Gaza à cause des frappes, selon les Nations unies.

"On a des collègues sur place avec des enfants en bas âge. Ils n'ont plus d'eau, plus de lait maternel, plus à manger"

"La situation à Gaza a toujours été très compliquée, même lorsque le blocus n'était pas total. Mais le blocus total aggrave rapidement la situation déjà précaire. Pour vous rendre compte de la situation des Gazaouis aujourd'hui, on a des collègues sur place avec des enfants en bas âge. Ils n'ont plus d'eau, plus de lait maternel, plus à manger, avec des bébés de quelques mois à peine. Chaque jour qui passe engendrera son lot de morts et de drames", nous détaille Benjamin Gaudin, responsable opérations au Moyen-Orient pour l'ONG Première urgence internationale.

"L'effondrement va être très rapide"

Depuis 2007, la bande de Gaza vit sous un blocus partiel, rendant la vie difficile sur place. Avant les attaques du 7 octobre, 80% de la population de la bande de Gaza vivait sous assistance humanitaire, dans un des lieux les plus denses de la planète, environ 6 000 habitants / km² en 2022.

"L'effondrement va être très rapide. Il n'y a pas de production de nourriture locale, l'approvisionnement en eau potable se faisait par bouteille, les stocks vont rapidement s'amenuiser surtout avec 2,2 millions de personnes. Sans accès à l'eau potable, c'est l'arrivée de maladies foudroyantes sans accès à des traitements. D'un point de vue médical, des gens vont mourir de crise d'asthme sans accès à la ventoline, du diabète sans accès à l'insuline, la continuité de soins, les accouchements, on ne pourra plus faire grand chose dans les jours à venir", déplore Jean-François Corty, vice-président de Médecins du monde.

Les deux membres d'ONG appellent à ouvrir un corridor humanitaire pour faire entrer les biens nécessaires : eau, nourriture, médicament, et pouvoir évacuer les blessés et les plus fragiles. Mais surtout, ils appellent au respect du droit international qui interdit le blocs total mis en place depuis samedi par Israël.

VIDÉO - Gaza sous blocus israélien depuis 16 ans