Qui est Alain Lamare, "le tueur fou de l'Oise" ?

Un gendarme emmène Alain Lamare, caché sous un imperméable, lors de son arrestation le 8 avril 1979 à Chantilly. (MARCEL BINH/ AFP)

Ce jeudi soir, France 3 diffuse le film La prochaine fois je viserai le cœur, une adaptation de l’affaire Alain Lamare, qui a marqué la France et plus particulièrement la Picardie à la fin des années 1970. Qui est Alain Lamare, surnommé “le tueur fou de l’Oise” ?

À peine remis de la série de meurtre de Marcel Barbeault, surnommé “le tueur de l’ombre” et arrêté en décembre 1976, les habitants de l’Oise doivent de nouveau vivre avec un tueur en liberté qui sévit dans les parages. Il s’agit d’Alain Lamare, un gendarme de 22 ans qui commet plusieurs crimes entre 1978 et 1979.

Tout commence en mai 1978, lorsque les gendarmes découvrent dans la forêt de Chantilly une voiture abandonnée avec une vitre brisée et à l’intérieur des indices tels qu’un mouchoir tâché de sang, des douilles et un plan d’un braquage de poste. Les gendarmes ne le savent pas encore, mais l’homme commence à se jouer d’eux en laissant des indices pour les mettre sur une fausse piste. En juillet 1978, encore après avoir volé un véhicule, il tire à 3 reprises sur une jeune fille de 17 ans dans les rues de Ponte Sainte-Maxence, la blessant à la jambe.

“La prochaine fois je viserai le cœur”

Dix jours plus tard, Alain Lamare piège la voiture volée qui explose et blesse un gardien de la paix. Le mois suivant, il envoie un courrier anonyme à ses collègues en indiquant “la prochaine fois je viserai le cœur et non pas les jambes”, d’où le titre du film réalisé par Cédric Anger.

Pour l’inspecteur de police Daniel Neveu, le style de l’écriture du malfaiteur est gendarmique, mais cette piste n’est pas étudiée assez sérieusement.

Ce n’est que trois mois plus tard qu’il fait de nouveau parler de lui. En novembre, il renverse une jeune femme de 20 ans à vélo, à nouveau à bord d’un véhicule volé de la même manière que les deux précédents : lorsque les clés étaient sur le contact. Deux jours plus tard, le véhicule volé est retrouvé, piégé, et brûle de nouveau un policier. Quelques jours plus tard, un braquage à lieu dans un bureau de Poste, l’homme s’enfuit à nouveau au volant d’une voiture volée et les empreintes sur le lieu du hold-up correspondent avec celles laissées sur les lieux des autres faits. Un portrait-robot est alors effectué.

Premier meurtre

Le 1er décembre 1978, une femme de 19 ans est retrouvée blessée par balles. Avant de succomber à ses blessures, elle raconte avoir été prise en stop par un homme dont la voiture correspond à celle du braquage. Moins d’un mois plus tard, une autre jeune femme de 19 ans, est prise en stop par un homme qui lui tire dessus. Elle parvient à s’enfuir, mais touchée à la colonne vertébrale, elle reste paralysée.

Alors que la presse soupçonne de plus en plus un gendarme, Alain Lamare envoie un nouveau courrier anonyme aux gendarmes pour revendiquer ses actes et menacer de tuer à nouveau. Il brouille de nouveau quelques pistes en inventant des histoires militaires en Afrique ou une triste histoire d’amour.

S’il ne commet plus d’agression, il continue de voler des véhicules, notamment le véhicule du ministre Georges Gorse, avec lequel il tombe en panne. Il est alors aidé par des CRS et se fait passer pour le fils du ministre avant de s’enfuir à une station service. Un nouveau portrait-robot lui ressemblant de plus en plus est alors établi le 2 avril 1979.

Portrait robot daté du 2 avril 1979 d'Alain Lamare, le tueur de l'Oise. AFP PHOTO PIERRE GUILLAUD (Photo by PIERRE GUILLAUD / AFP)
Portrait robot daté du 2 avril 1979 d'Alain Lamare, le tueur de l'Oise. AFP PHOTO PIERRE GUILLAUD (Photo by PIERRE GUILLAUD / AFP)

Arrêté par ses collègues

L’un des chef de la gendarmerie de Clermont reconnaît Alain Lamare sur le portrait-robot et décide de comparer l’écriture des rapports rédigés par Lamare avec celle des lettres anonymes et y trouve de nombreux points communs. Ses supérieurs vérifient son emploi du temps et se rendent comptent que lors de tous les délits, Lamare était en congé ou en repos. Il est alors arrêté par ses collègues mais nie les faits jusqu’à ce que ses empreintes soient comparées et qu’une perquisition révélant de nombreux indices soit menée à son domicile. En garde à vue, il avoue ses crimes sans jamais donné ses motivations et devient alors mutique.

Pas de procès

Si une première expertise révèle qu’Alain Lamare a une personnalité à la structure paranoïaque, il est malgré tout jugé responsable de ses actes. Mais en 1980, une contre-enquête le juge en état de démence au moment des faits et l’irresponsabilité pénale est alors retenue. Le criminel échappe donc au procès. Une troisième expertise fait machine arrière et le natif du Pas-de-Calais est jugé responsable mais elle est finalement annulée pour vice de forme. En 1982, soit trois ans après son arrestation, une quatrième expertise le juge définitivement irresponsable et il ne peut donc pas être jugé.

“Un garçon tout à fait normal”

Et pourtant, cet état de démence, personne ne s’en était jamais rendu compte. Alain Lamare est atteint d’une maladie mentale rare : l’héboïdophrénie, une forme particulière de schizophrénie caractérisée par des passages à l’acte anti-sociaux. Quand il est plus jeune, Alain est décrit comme un petit garçon sage, comme deux habitantes de sa ville natale, Fruges, l’expliquent à La Voix du Nord : “C’était un petit garçon tout à fait normal… Je jouais plus avec sa grande sœur. Alain, c’était le troisième enfant de l’étalonnier. C’est comme ça qu’on appelait son père.”

Né en 1956, Alain Lamare est plutôt bon élève à l’école mais est perturbé durant sa scolarité par les déménagements successifs de la famille. Après avoir passé un CAP de chaudronnier, il fait son service militaire en 1974 avant de s’engager dans la gendarmerie. Bon soldat à l’armée, il est l’un des meilleurs éléments de la gendarmerie et était très impliqué dans les enquêtes notamment dans celle du “tueur fou de l’Oise”, dont il était le protagoniste. C’est notamment pour cette raison que ses collègues se sont fait duper pendant ces longs mois.

Des faits de pyromanie

Pourtant, les psychiatres étaient au courant que plus jeune, Alain Lamare avait déjà mis le feux deux fois à des réserves de pailles et de bois et avait reçu des corrections physiques de son père, comme l’explique le journaliste Dominique Rizet dans l’émission Faites entre l’accusé qui lui est consacrée. Sa mère, de son côté, lui reprochait d’aimer sortir la nuit en forêt, une attitude loin d’être banale pour un enfant.

Tous ses dessins et ses écrits étaient en relation avec l’armée, qui était une véritable obsession. Sa passion pour les armes à feu n’a jamais non plus éveillé les soupçons de ses collègues et sa hiérarchie, lui qui aimait partir seul camper la nuit en forêt avec sa tente et son matériel militaire.

Ce n’est qu’une fois arrêté que tous ces détails sonnent comme une évidence quant à l’état psychique du meurtrier. Le psychiatre en charge de son cas observe un homme sec, froid, qui s’exprime avec aisance mais avec un malaise existentiel considérable. C’est ce qui l’amène à effectuer des tests, notamment celui de Rorschach, qui lui permet de connaître la structuration mentale d’Alain Lamare.

En hôpital depuis 1983

C’est en grande partie grâce à ce très contesté test de Rorschach qu’Alain Lamare a été jugé irresponsable de ses actes et a échappé au procès. Dans l’opinion publique, certains pensent qu’il a bénéficié de son statut de gendarme pour échapper à la justice et ne pas faire de vagues au sein de la gendarmerie.

Lorsque l’ordonnance de non-lieu est rendue en janvier 1983, Alain Lamare quitte immédiatement la prison d’Amiens pour l’hôpital psychatrique de Sarreguemines (Moselle) où il séjourne jusqu’en 2011. Il rejoint ensuite l’établissement public de santé mentale (EPSM) Val-de-Lys-Artois de Saint-Venant où il séjourne encore à ce jour et serait devenu aide-infirmier, comme le révèle un reportage de France 3. Bien que la gendarmerie conteste cette information, plusieurs sources révèlent qu’Alain Lamare continue de toucher chaque mois sa pension de gendarme, du fait qu’il n’ait jamais démissionné.

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