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Agriculteurs : les écologistes au défi de ne pas devenir les boucs émissaires de la crise

Marine Tondelier, lors du lancement de la campagne de Marie Toussaint, le 2 décembre à Paris.
JULIEN DE ROSA / AFP Marine Tondelier, lors du lancement de la campagne de Marie Toussaint, le 2 décembre à Paris.

POLITIQUE - Comment exister dans un conflit social, alors que l’une des premières revendications des agriculteurs (l’abandon de la niche fiscale sur le gazole non routier) est incompatible avec son logiciel ? Comment convaincre une profession qui réclame sur les barrages une pause environnementale, en contradiction avec ses discours sur la protection du vivant ? Ou encore : comment exprimer de la solidarité envers des agriculteurs qui peuvent, par endroits, se montrer parfaitement hostiles à son projet politique ?

Autant de questions existentielles pour les écologistes, conscients du risque d’endosser le rôle du coupable idéal, dans un contexte où Gabriel Attal en personne joue devant les agriculteurs l’opposition entre écologie politique et bonheur agricole. Ce dimanche 28 janvier, en Indre-et-Loire, le Premier ministre a (encore) accusé les écolos de présenter les agriculteurs « comme des bandits ou des pollueurs » qui « torturent des animaux ». Soit la reprise d’un élément de langage répété durant toute la semaine, et qui agace considérablement Marine Tondelier.

« Rien à avoir les écolos »

« Depuis l’Antiquité, à chaque fois que les politiques en place n’assument pas leurs responsabilités ou sont à cours de solution, ils désignent des boucs émissaires. Les agriculteurs ont des problèmes de revenus, de surendettement, 200 exploitations disparaissent chaque semaine, entre un et deux paysans se suicident par jour… Tout cela n’a rien à avoir les écolos », déplore ce dimanche dans Libération la secrétaire nationale du parti Les Écologistes. La cheffe des Verts le martèle : « agriculteurs et écolos sont alliés sur de nombreux sujets ». Elle cite la lutte contre les traités de libre-échange, l’instauration des produits bio dans les cantines ou la réclamation d’une meilleure rémunération des paysans.

« Faire des écologistes les boucs émissaires de problèmes dont ils ne sont pas responsables, et même de sujets sur lesquels ils alertent depuis des années, est irresponsable car cela met en danger des militants dans les territoires », regrette-t-elle encore, tandis qu’un collectif de militants engagés dans la défense de l’environnement publie une tribune dans le même journal, exprimant leur refus d’être « catalogués comme ennemis de la mobilisation ». Dans une tribune au HuffPost publiée dans la semaine, Benoît Biteau, paysan et eurodéputé écologiste, plaidait pour un autre modèle agricole, débarrassé de ces accords de libre-échange qui servent « les intérêts d’une poignée d’agro-managers et d’industriels ».

Opposition artificielle

Mais ce discours, qui résonne avec celui tenu par la confédération paysanne, est-il audible à l’heure où la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), qui se place en opposition de l’écologie politique, domine la représentation agricole ? Pas vraiment, à en croire un sondage CSA publié ce dimanche, et selon lequel seulement 26 % des personnes interrogées pensent que les écologistes sont mieux placés que les agriculteurs pour défendre l’environnement et la nature. Ce qui démontre que la perception de cette opposition — même artificielle — entre les écologistes et le monde agricole est tenace dans la société.

À noter que certains écologistes, tout en s’en défendant, peuvent aussi donner l’impression de nourrir cette opposition, comme lorsque Yannick Jadot dénonce un « deux poids deux mesures » entre la sévérité policière accordée aux militants de la cause environnementale et la clémence assumée envers les paysans qui commettent des dégradations.

Pourtant, certaines actions menées par les agriculteurs en colère ne sont pas sans rappeler de précédents combats menés par l’écologie politique. Difficile en effet de ne pas faire le parallèle entre l’attaque d’un restaurant McDonald’s à Agen et le démontage du McDo de Millau en 1999 par José Bové. Et les écologistes n’y sont pour rien si le géant américain squatte depuis des décennies – sans le moindre problème – le Salon de l’Agriculture, sous le regard complaisant des géants du secteur agricole.

En attendant de se faire entendre, les écologistes continuent donc de soutenir le mouvement. Ce dimanche sur RMC, le député de Paris Julien Bayou assure regarder d’un bon œil l’opération blocage prévue ce lundi à Paris, par des syndicats pourtant par nature hostiles aux écologistes. « Il n’y a pas d’écologie sans agriculture », a-t-il expliqué, affirmant que « les écologistes sont les meilleurs alliés des agriculteurs ». Suffisant pour convaincre ? À voir. Car ce même jour, des militants écologistes s’en prenaient à la Joconde à coups de soupe, au nom du « droit à une alimentation saine et durable ». Pas certain que ce type d’action (impopulaire aux yeux des Français) arrivera à convaincre les agriculteurs mobilisés, dont beaucoup demandent une pause dans les normes environnementales.

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