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Affaire Théo : à la barre, Théo Luhaka raconte son calvaire quotidien depuis sa grave blessure à l’anus

Théo Luhaka, lors de son arrivée au tribunal de Bobigny le 9 janvier.
THOMAS SAMSON / AFP Théo Luhaka, lors de son arrivée au tribunal de Bobigny le 9 janvier.

JUSTICE - Il reste persuadé que ses lourdes séquelles ont été causées « volontairement » par les policiers. À la barre des assises de Seine-Saint-Denis pour livrer son témoignage ce lundi 15 janvier, Théo Luhaka n’a pas mâché ses mots concernant les gestes du policier qui ont conduit à sa grave blessure à l’anus. Le jeune homme a également profité de cette prise de parole pour dévoiler un témoignage édifiant sur son isolement et ses séquelles irréversibles.

Procès de l’affaire Théo : le policier qui a grièvement blessé le jeune homme exprime ses regrets

Sous les yeux de nombreuses autres victimes d’affaires de violences policières présentes dans la salle d’audience, Théo Luhaka a commencé par expliquer les difficultés qu’il éprouve depuis cette interpellation violente survenue en 2017 à Aulnay-sous-Bois. Alors qu’il devait rendre un service à sa sœur, il était intervenu dans ce qu’il décrit comme une altercation entre un policier et « un petit du quartier ».

Rapidement maîtrisé par les forces de l’ordre, Théo avait été la cible de sept coups de matraque portés « d’estoc », le blessant gravement à l’anus.

« Handicapé » et isolé

« Je vais commencer debout, je m’assiérai après si besoin », a-t-il lâché avant de se présenter et de revenir sur les faits qui ont changé sa vie à l’âge de 22 ans : « Théodore Luhaka, 29 ans, je ne fais pas grand-chose je reste à la maison et je suis handicapé ».

L’ancien joueur de foot à l’avenir prometteur dans un club de Belgique a ensuite décrit son quotidien depuis la médiatisation de l’affaire. Un choc en plus du choc, selon son témoignage.

« Je me suis senti fortement abandonné à cette époque par des gens célèbres qui m’ont promis de m’aider dans mes projets. Mais des gens bien plus proches de moi m’ont aussi abandonné » décrit-il, tout en reconnaissant avoir été « insupportable », car s’estimant « le seul au monde à souffrir ».

Il explique toutefois avoir « réalisé tous (s)es rêves » en cette année 2017, mais c’était avant que les complications arrivent. « Quand tu n’as plus de rêves et que c’est la vraie vie, là ça devient difficile. C’est là aussi qu’a commencé la vie avec les incontinences, les gaz ou les selles, des pertes de selles loin de chez moi ».

Un nouveau quotidien qui l’a d’ailleurs contraint à abandonner le sport : « J’ai essayé mais mauvaise idée. Je suis vraiment incontinent en fait. Si je mange quelque chose, si je fais un effort, ça sort ».

Théo explique d’ailleurs à la barre avoir abandonné son suivi médical, après avoir appris par les médecins que ces problèmes de gaz ne disparaîtraient jamais réellement, à moins de « remettre un truc dans les fesses qui me fait revivre ce que j’ai subi ». Sa solution pour éviter les incontinences a donc été d’arrêter de manger, car selon lui, « tu manges pas, t’as pas de selles (sic) ».

« Le but c’était de me faire mal »

Le jeune homme est ensuite revenu sur la perception de cette « Affaire Théo », et notamment l’expression « tu veux que je te fasse une Théo ? », des mots qui résonnent maintenant pour « tout le monde » d’après lui.

Sur les faits en eux-mêmes, le futur trentenaire estime que « la douleur était tellement forte que pour moi c’était évident qu’ils avaient décalé mon caleçon. C’est après que j’ai appris que mon caleçon avait été troué ». Le policer « a mis tellement de force », ajoute-t-il, qu’il est certain que « le but c’était de (lui) faire mal ».

« Comment la France va répondre à ça ? C’est vous qui allez décider. Mais ce que je peux vous dire c’est que dans la voiture quand ils m’ont emmené ils étaient tous très fiers d’eux », a fini par ajouter Théo face aux jurés. Et face à une procédure judiciaire qu’il estime être une « très grosse épreuve », l’un de ses seuls souhaits est désormais de « retrouver son corps d’avant ».

Et en grand fan de Monk, il glisse une dernière confidence sur son quotidien. Celle de pouvoir regarder « encore et encore » cette série, où son plaisir est désormais de voir « des policiers intègres, dignes de ce nom ».

Depuis une semaine, les trois policiers responsables de sa violente interpellation sont jugés devant la cour d’assises. Un jugement rendu possible en raison des séquelles irréversibles de Théo. Un fait rare dans des affaires de violences policières, principalement jugées en correctionnelle. Le policier responsable de l’estoc risque jusqu’à quinze ans de prison. Le verdict est attendu le 19 janvier.

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