Affaire Michel Zecler: le placement de policiers en détention provisoire est-il fréquent?

Justine Chevalier
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Les quatre policiers mis en cause dans l'affaire Michel Zecler ont été mis en examen par un juge d'instruction parisien. - ALAIN JOCARD / AFP
Les quatre policiers mis en cause dans l'affaire Michel Zecler ont été mis en examen par un juge d'instruction parisien. - ALAIN JOCARD / AFP

Deux des quatre policiers mis en cause dans l'affaire Michel Zecler, du nom de ce producteur de musique filmé en train de se faire frapper par des agents, ont été placés en détention provisoire à l'issue de leur mise en examen par un juge d'instruction parisien. Depuis dimanche soir, ils ont été placés à l'isolement à la prison de la Santé dans le XIVe arrondissement de Paris.

Dans les affaires emblématiques de violences policières présumées, la décision de placer les policiers en détention provisoire s'est revélée rare. Dans l'affaire Théo, les trois policiers renvoyés devant les assises pour "violences volontaires" avec circonstance aggravante n'ont jamais, malgré une mise en examen initialement pour viol, été placés en détention provisoire. Plus récemment, trois agents ont été mis en examen pour "homicide involontaire" après la mort de Cédric Chouviat. Là encore, ils ont été laissés libres, sous contrôle judiciaire.

"Trouble à l'ordre public"

En 2019, 868 enquêtes ont été menées par l'Inspection générale de la police nationale pour des faits de "violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique". Une augmentation par rapport à l'année précédente, en grande partie due au mouvement des gilets jaunes alors que 66% des enquêtes concernaient des faits qui se sont déroulés lors de manifestations.

Sur les 218 enquêtes confiées à l'IGPN par le parquet de Paris, seulement 19 ont justifié l'ouverture d'une information judiciaire. Aucun des policiers mis en cause n'a été placé en détention provisoire.

Dimanche, un juge d'instruction a été saisi pour s'occuper du dossier Michel Zecler. Au terme de leur garde à vue, les quatre policiers mis en cause ont été déférés devant ce magistrat. Le procureur de la République de Paris avait réclamé le placement en détention provisoire pour "éviter un risque de concertation entre les auteurs ou de pressions sur les témoins". Il avait également basé ses réquisitions en considérant le "trouble exceptionnel et persistant à l'ordre public". Le placement en détention provisoire peut également garantir la représentation des mis en cause devant la justice.

"Sur le plan des principes, c'est effrayant, réagit Me Laurent-Franck Lienard, avocat spécialisé dans la défense des forces de l'ordre. La prison doit être le dernier recours pour garantir cette représentation. Pour répondre à l'attente de l'opinion publique, on a dressé une guillotine et on leur a coupé la tête. Le bracelet électronique et une surveillance électronique auraient suffi à éviter une concertation, par exemple."

"Economie d'une polémique"

L'avocat, qui intervient également dans ce dossier pour le compte de deux policiers qui faisaient partie de l'équipage du policier qui a lancé une grenade dans le local d'enregistrement, assure qu'"en 30 ans d'exercice", il a assisté "au premier placement en détention provisoire de policiers cette année".

"Ce revirement est dû au police bashing, le policier est considéré ab initio comme un frappeur, un raciste. Parce qu'il y a eu une résonnance médiatique, il y a placement en détention provisoire."

En pleine polémique sur l'article 24 de la proposition de loi "Sécurité globale", l'affaire Michel Zecler a retenti jusqu'au plus haut somme de l'Etat tandis que le président de la République a estimé que les images de l'interpellation du producteur de musique "nous font honte". "On a voulu faire l'économie d'une polémique, estime Me Daniel Merchat, avocat qui intervient dans la défense des policiers. Cette décision est prise lorsqu'une affaire est très médiatisée, pour ne pas ajouter un débat à un autre débat."

Article original publié sur BFMTV.com