Accusation de viol : "La victime, c'est moi", estime Darmanin

Jules Pecnard
·4 min de lecture

Interrogé par Le Point sur la plainte dont il fait l'objet, le ministre de l'Intérieur estime que c'est lui "dont on salit le nom". Sur l'insécurité, il réitère ses prises de positions clivantes.

Point de revirement de la part de Gérald Darmanin. Le ministre de l'Intérieur, visé par une plainte pour viol et dont la nomination suscite la colère des féministes, a estimé qu'il était la "principale victime" de ce qu'il qualifie de "calomnie".

"La victime dans cette histoire, c'est moi. C'est moi dont on salit le nom. C'est à moi qu'on prête des comportements que je n'ai jamais eus", déclare-t-il dans un entretien accordé au Point et mis en ligne mercredi.

"C'est difficile à vivre. Mais je n'ai pas le droit de me plaindre", ajoute l'ancien ministre des Comptes publics.

"Je suis à la disposition de la justice"

Gérald Darmanin a été accusé en 2017 de viol par une femme, Sophie Patterson-Spatz, qui l'avait sollicité en 2009 - lorsqu'il était chargé de mission à l'UMP - pour faire annuler une condamnation pour chantage et appels malveillants à l'égard d'un ex-compagnon.

Selon ses déclarations, l'élu de Tourcoing lui aurait fait miroiter son appui. Elle se serait sentie contrainte de "passer à la casserole", ainsi qu'elle l'a expliqué aux enquêteurs. Gérald Darmanin a reconnu avoir eu une relation sexuelle avec cette femme mais, selon lui, librement consentie. Classée sans suite dans un premier temps, la procédure a été récemment relancée par la cour d'appel de Paris qui a demandé début juin de nouvelles investigations.

"Je suis à la disposition de la justice", répète le ministre dans l'entretien, où il suggère que cette affaire soit un "passage initiatique pour ceux qui dérangent quand on fait de la politique nationale".

Droit dans ses bottes sur l'insécurité

Cette plainte n'est pas le seul sujet sur lequel Gérald Darmanin se montre inflexible. Tenant d'une ligne droitière sur les questions régaliennes au sein du gouvernement, le locataire de l'hôtel Beauvau a été invité à expliquer ses récentes prises de parole sur l'insécurité, qui ont interpellé jusqu'à la macronie. Y compris au sein de l'exécutif.

L'ancien poulain de Nicolas Sarkozy assume notamment d'avoir pointé du doigt un "ensauvagement d'une partie de la société française". Une rhétorique très connotée, souvent associée à l'extrême droite, qu'il utilisait dans une autre interview, publiée par Le Figaro

"L'ensauvagement, c'est aussi celui des réseaux sociaux, le tribunal populaire, le mot qui est déformé et monté en épingle. Depuis que j'ai été nommé ministre, il y a trois ans, j'ai dû recevoir plusieurs dizaines de menaces de mort! Je ne trouve pas que ce soit le signe d'un haut degré de civilisation", justifie-t-il.

"Je parle un français que les gens comprennent"

Paraphrasant le philosophe René Girard, l'élu de Tourcoing affirme qu'il aurait pu "parler de violence mimétique".

"Il y a des moments dans l'histoire d'un pays où la société est plus violente, parfois plus sauvage. Je ne dis pas que les gens sont sauvages, je dis qu'une partie de la société l'est. (...) Les gens se regardent et reproduisent parfois des faits violents ou des paroles parce qu'il y a une tension sociétale qui monte", développe le ministre de l'Intérieur.

Sommé de réagir aux crispations qu'il a suscitées au sein de La République en marche, ainsi que chez ses collègues ministres Barbara Pompili et Eric Dupond-Moretti, Gérald Darmanin se défend d'une manière qui ne risque pas de dégivrer ses rapports avec l'aile gauche de la majorité :

"Je respecte l'opinion de tous les parlementaires, mais il se trouve que j'ai aussi la mienne. Je parle un français que les gens comprennent et je pense, par ailleurs, que les hommes et les femmes politiques ne vivent pas toujours ce que vit le peuple. Quand on gagne plus de 6 000 euros par mois, on a les moyens d'assurer sa propre sécurité, contrairement à l'ouvrier qui va travailler le matin à l'usine ou à la femme de ménage qui revient de son travail en banlieue."

"Mettre des mots sur les choses"

Sur l'islamisme aussi, le ministre de l'Intérieur (qui rappelle qu'il est également ministre des cultes) entend montrer qu'il est aux prises avec le réel.

"Il faut mettre des mots sur les choses. Quand quelqu'un commet une attaque terroriste et qu'on dit qu'il est simplement déséquilibré, et qu'on n'ose pas dire que c'est aussi un terroriste islamiste, il y a un problème de perception de la réalité. Encore une fois, on a une bataille culturelle à mener", affirme Gérald Darmanin.

Celui qui était à Bercy il y a encore un mois et demi prend toutefois la peine de taper sur la droite, reprochant à une partie de cette dernière de lier "immigration et insécurité". "C'est une vision essentialiste de la France, qui est le contraire de la vision républicaine que nous prônons", assure-t-il.

Article original publié sur BFMTV.com

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