Plus de 450 professionnels juifs du cinéma dénoncent le discours de Jonathan Glazer aux Oscars 2024

Plus de 450 artistes, dirigeants et professionnels juifs du cinéma ont signé une lettre ouverte pour dénoncer le discours du réalisateur Jonathan Glazer lors de la cérémonie des Oscars 2024.

Parmi les signataires de cette lettre, relayée par le magazine Variety, figurent notamment l'actrice Jennifer Jason Leigh, le producteur de La La Land Gary Gilbert ou les créateurs de la série The Americans Joel Fields et Joe Weisberg.

"Nous refusons que notre judéité soit détournée dans le but d'établir une équivalence morale entre un régime nazi qui a cherché à exterminer une race de personnes, et une nation israélienne qui cherche à éviter sa propre extermination", affirme la lettre ouverte.

"L'utilisation de mots tels que "occupation" pour décrire un peuple juif autochtone défendant une patrie vieille de plusieurs milliers d'années et reconnue comme un État par les Nations unies, déforme l'histoire. Elle donne du crédit à la diffamation moderne du sang qui alimente une haine antijuifs croissante dans le monde entier, aux États-Unis et à Hollywood", peut-on lire dans la suite de la lettre ouverte.

Une "déshumanisation" des victimes

Lors de la 96e cérémonie des Oscars à Los Angeles le 10 mars dernier, Jonathan Glazer a reçu le prix du meilleur film étranger pour La Zone d'Intérêt, qui raconte la vie insouciante d'une famille de nazis juste à côté d'Auschwitz.

Sur la scène du Dolby Theater, aux côtés du producteur James Wilson, le Britannique de 58 ans en a profité pour lancer un message de paix au Proche-Orient, où Israël mène des représailles sanglantes à Gaza après les attaques du 7 octobre commises par le Hamas.

"En ce moment même, nous nous tenons ici en tant qu'hommes qui refusent que leur judéité et l’Holocauste soient détournés pour une occupation qui a causé tant de souffrances pour tant d’innocents", a affirmé le cinéaste.

Et d'ajouter: "Qu’il s’agisse des victimes du 7 octobre en Israël ou de celles des attaques incessantes qui se déroulent à Gaza, elles sont toutes des victimes de cette déshumanisation.

"Vous devriez avoir honte"

Des propos qui ont suscité à la fois de longs applaudissements dans la salle des Oscars mais également de vives critiques à l'issue de la cérémonie. David Schaecter, président d’une association américaine de survivants de l'Holocauste ou l’association américaine Ligue Anti-Diffamation se sont ainsi indignés du discours du cinéaste.

"Vos commentaires étaient factuellement inexacts et moralement indéfendables. Pire encore, vous avez choisi d'utiliser l'Holocauste pour valider votre opinion personnelle. (...) Vous devriez avoir honte d'utiliser Auschwitz pour critiquer Israël", affirme David Schaecter dans une lettre ouverte.

"Les propos de Glazer aux Oscars sont à la fois factuellement incorrects et moralement répréhensibles. Ils minimisent la Shoah et excusent le terrorisme le plus odieux", a déclaré l'association Ligue Anti-Diffamation sur X.

Dans une lettre ouverte publiée par le Guardian, le réalisateur du Fils de Saul, László Nemes, qui avait été récompensé du même Oscars que Jonathan Glazer en 2015, a quant à lui reproché au cinéaste britannique d'avoir utilisé "des arguments diffusés par la propagande destinée à éradiquer toute présence juive sur Terre".

"La Zone d’intérêt est un film important. (...) Mais son réalisateur aurait dû garder le silence au lieu de révéler qu’il n’a aucune compréhension de l’Histoire et des forces qui détruisent la civilisation, aussi bien avant ou qu’après l’Holocauste", a assurée László Nemes.

Article original publié sur BFMTV.com