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États-Unis : la mort de Nex Benedict, élève non-binaire, suscite une vague d’émotion et de nombreux débats

La mort de l’élève après une bagarre dans les toilettes de son lycée d’Owasso, dans l’Oklahoma, suscite le débat sur la sécurité des élèves LGBT+ aux États-Unis.

Nex Benedict devant sa maison à Owasso, dans l’Oklahoma, en décembre.
Sue Benedict / GoFundMe Nex Benedict devant sa maison à Owasso, dans l’Oklahoma, en décembre.

ÉTATS-UNIS - Que s’est-il passé les 7 et 8 février à Owasso ? La mort d’un élève non-binaire après une altercation dans les toilettes d’un lycée de cette ville de l’Oklahoma suscite une vague d’émotion et d’indignation à travers les États-Unis. Au cœur des débats que provoque ce fait divers, la question de la sécurité des étudiants LGBT+, mais aussi la violence des lois de cet État envers les personnes transgenres.

Nex Benedict, 16 ans, a perdu la vie le 8 février. Ce jour-là, sa mère appelle le 911 pour signaler que son enfant, avec elle à son domicile, a du mal à respirer et les yeux qui révulsent. « Elle [sa mère s’est plus tard excusée publiquement de ne pas toujours utiliser le pronom “iel” comme le souhaitait Nex] a été frappée hier à l’école, je l’ai emmenée à l’hôpital dans la soirée. Mon dieu, j’espère que ça ne vient pas de sa blessure à la tête », raconte Sue Benedict au numéro d’appel des urgences, dans une conversation dont l’enregistrement a été diffusé par la police. Nex meurt plus tard à l’hôpital, après des tentatives de réanimation infructueuses de la part des secours.

Pour l’heure, la cause de la mort de Nex Benedict n’a pas été officiellement déterminée. Les premiers éléments de l’autopsie indiquent qu’un « traumatisme » physique n’est pas à l’origine du décès, selon un communiqué diffusé le 22 février par la police d’Owasso, une ville située près de Tulsa. Si des examens toxicologiques doivent encore être menés, la mère de l’élève a assuré, lors de son appel aux urgences, que son enfant ne consommait pas de drogues mais prenait uniquement des comprimés contre l’anxiété avant de dormir.

La police diffuse les images de vidéosurveillance

La veille de sa mort, Nex semblait pourtant en forme en relatant son altercation au policier venu recueillir son témoignage. Depuis son lit d’hôpital, où l’élève a passé quelques heures sous surveillance avant de pouvoir regagner son domicile, Nex lui raconte une bagarre survenue plus tôt avec des jeunes filles de son lycée, qui s’étaient déjà moquées de « la façon dont on [Nex et ses amis] s’habille ».

« Je ne connais pas ces filles (...) Nous étions aux toilettes, je parlais avec mon ami, elles parlaient entre elles. On rigolait, et elles ont dit quelque chose comme : “pourquoi elles [ou ils, le pronom anglais “they” étant neutre] rigolent comme ça ?” Elles parlaient de nous devant nous. Je leur ai lancé de l’eau dessus avec une bouteille en plastique, et les trois sont venues, m’ont attrapé les cheveux et je leur ai attrapé les cheveux », décrit l’élève. L’échauffourée dure quelques secondes, selon les images de vidéosurveillance publiées par la police. Nex dit avoir fini par perdre connaissance, sa tête ayant tapé contre le sol.

À gauche, Nex Benedict et un agent de sécurité dans les couloirs de son lycée, après l’altercation. À droite, Nex Benedict à l’hôpital, face au policier qui l’interroge.
Owasso Police Department À gauche, Nex Benedict et un agent de sécurité dans les couloirs de son lycée, après l’altercation. À droite, Nex Benedict à l’hôpital, face au policier qui l’interroge.

La vidéosurveillance montre toutefois l’élève marchant dans les couloirs quelques instants plus tard, aux côtés d’un agent de sécurité. L’infirmerie estime qu’il n’y a pas besoin de faire venir une ambulance, mais qu’il est préférable de faire des examens à l’hôpital. C’est là que Nex raconte son histoire au policier, contacté par sa mère, pendant une vingtaine de minutes.

Près de trois semaines après la mort de Nex, la fin de leur conversation, enregistrée par la caméra-piéton du policier, résonne tragiquement. « À bientôt j’espère », lui lance ce dernier en quittant sa chambre d’hôpital. « Je n’espère pas », ironise Nex. « Je veux dire, pas dans de mauvaises circonstances, rétorque l’agent, un sourire dans la voix. J’espère te revoir à l’école, en classe, en train de traîner dans les couloirs, tout ça. Tu pourras me sourire, me saluer de la main, ce genre de choses. »

Les associations dénoncent des lois anti-LGBT+

Dans une déclaration transmise à ABC News, les proches de Nex Benedict demandent « à tous les responsables locaux, de l’école, de l’État ainsi qu’à l’échelle nationale, d’unir leur forces pour déterminer pourquoi cela est arrivé, mettre les coupables face à leurs responsabilités et s’assurer que cela ne se reproduise pas ». « La famille Benedict ne connaît que trop bien les effets dévastateurs du harcèlement et de la violence à l’école, et prie pour des changements significatifs », ajoutent-ils.

Plusieurs associations LGBT+ pointent du doigt les lois de l’État, qu’elles accusent de restreindre les droits des personnes transgenres. Dans les établissements scolaires, les étudiants ont notamment l’interdiction d’utiliser les toilettes qui ne correspondent pas au genre qui leur a été assigné à la naissance. Dans l’Oklahoma – comme dans une vingtaine d’autres États américains – les mineurs ne peuvent pas non plus recevoir d’aide médicale pour une transition. Le gouverneur républicain Kevin Stitt envisage aussi d’interdire l’utilisation d’un nom ou pronom différent de ceux apparaissant sur les actes de naissance.

Des veillées en hommage à Nex ont été organisées à travers le pays depuis la mort de l’élève. Une cagnotte en ligne, visant à couvrir les frais de ses obsèques, recueillait plus de 150 000 dollars (plus de 138 000 euros) ce 27 février. « Nos enfants ont peur d’aller à l’école tous les jours, il faut que cela cesse », a témoigné une manifestante, interrogée par ABC News à Owasso.

Un rassemblement en hommage à Nex Benedict à New York le 26 février. « Sauvez les vies des non-binaires », « Nex a perdu sa vie à cause de la haine », peut-on lire sur les pancartes.
SPENCER PLATT / Getty Images via AFP Un rassemblement en hommage à Nex Benedict à New York le 26 février. « Sauvez les vies des non-binaires », « Nex a perdu sa vie à cause de la haine », peut-on lire sur les pancartes.

Le drame a fait réagir jusqu’à Washington. « À la jeunesse LGBTQI+ qui souffre et a peur : le président Joe Biden et moi-même vous voyons, sommes avec vous, et vous n’êtes pas seuls », a écrit la vice-présidente Kamala Harris. « Tous les jeunes méritent de se sentir en sécurité et soutenus à l’école », a de son côté estimé la porte-parole de la Maison blanche Karine Jean-Pierre.

Le lycée de Nex, mis en cause par la mère de l’élève pour ne pas avoir prévenu la police de l’altercation, a assuré de sa « totale collaboration » avec les services d’enquête.

VIDÉO - Mexique : Une figure LGBT retrouvée morte à son domicile

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