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Éric Ciotti, son bilan (très) mitigé après un an à la présidence des Républicains

Éric Ciotti, président des Républicains, photographié à l’Assemblée nationale le 14 novembre (illustration).
LUDOVIC MARIN / AFP Éric Ciotti, président des Républicains, photographié à l’Assemblée nationale le 14 novembre (illustration).

POLITIQUE - Première bougie. Cela fait un an que le député des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, est président des Républicains, après sa victoire face à Bruno Retailleau. L’heure de faire un premier bilan pour le patron de LR, élu en décembre 2022 en promettant une ligne « claire » et surtout très à droite, au point de se confondre sur certains sujets avec celle portée par Marine Le Pen.

Surtout, il avait promis à sa famille politique d’en finir avec les guerres fratricides dont elle a le secret. Lui président des LR, c’est Laurent Wauquiez, désigné par ses soins « candidat naturel », qui porterait les couleurs du parti en 2027.

La perspective a de quoi rassurer au sein d’un parti habitué des coups de poignard. D’autant que, politiquement, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes est Ciotti-compatible. Or, un an plus tard, la question « présidentielle » est loin d’être résolue. Car si ce n’est de répéter que le match en 2027 se jouera entre lui et Marine Le Pen, Laurent Wauquiez n’est pas vraiment sorti du bois, sinon timidement.

« Éric a fait plein de choses positives »

Ce qui, mécaniquement, laisse de l’espace pour les profils ambitieux. À l’image du maire LR de Cannes, David Lisnard, dont les apparitions médiatiques et les sorties diverses sur des sujets variés se multiplient depuis la rentrée. Illustration ce mardi 5 décembre dans Le Figaro, où le président de l’association des maires de France égrène ses propositions sur l’immigration et la sécurité comme le ferait un candidat en campagne. « On n’est pas sur une guerre des chefs, mais sur une bagarre de sous-officiers », relativise, auprès du HuffPost, un habitué des campagnes internes.

Quant à la ligne « claire » promise par Éric Ciotti au moment de son élection, elle n’a pas brillé durant la réforme des retraites. Incapable de mettre de l’ordre dans son camp, Éric Ciotti est apparu aux yeux de l’exécutif comme le maillon faible de son équation, puisqu’il n’a pas réussi à garantir un nombre de voix suffisant pour éviter à Élisabeth Borne de passer par le 49-3, malgré les promesses d’accord et les multiples discussions entre eux.

Député LR de la Loire, Antoine Vermorel-Marques préfère voir le verre à moitié plein, soulignant que l’atterrissage du député des Alpes-Maritimes est intervenu au moment où le gouvernement avait déjà révélé son projet, ce qui limitait sa marge de manœuvre. « Éric a fait plein de choses positives pour la vie du parti. Le déménagement du siège, le shadow cabinet, les États généraux thématiques, l’académie de formation… », défend encore le jeune élu, qui a été chargé par Éric Ciotti de bâtir un programme sur l’environnement.

Sur un plan personnel, le député des Alpes-Maritimes a réussi à se placer au cœur du réacteur. « Pour marginaliser les barons qui négligent la gestion de leurs militants, Emmanuel Macron a remis les présidents de parti au centre du jeu. Du coup, il convoque des gens comme Bompard, Tondelier, Bardella ou Ciotti ; quand Mélenchon, Le Pen ou Wauquiez sont tenus à distance. Sans vouloir lui manquer de respect : qui aurait imaginé il y a 2-3 ans que Ciotti serait reçu aussi souvent, et en grande pompe, par le chef de l’État en exercice ? », analysait fin octobre une ministre auprès du HuffPost, en référence aux rencontres de Saint-Denis ou à la réunion sur la crise au Proche-Orient.

Une position stratégique dont Éric Ciotti a su jouer, comme lorsqu’il a séché la dernière version des rencontres de Saint-Denis le 17 novembre, au prix d’une colère froide d’Emmanuel Macron et de quelques critiques adressées en interne. D’autant que le président LR du Sénat, Gérard Larcher, y était. Un petit coup médiatique indéniable, mais pour quel bénéfice ? Car en abattant la carte de la chaise vide, le président LR a joué le même jeu que les socialistes ou que les insoumis. Pas évident lorsqu’on se revendique « parti de gouvernement », dans un contexte où l’ex-UMP n’a plus touché au pouvoir depuis la défaite de Nicolas Sarkozy en 2012.

Auberge espagnole

Si elle paraît difficile à cerner, la méthode Ciotti consiste à alterner entre opposition frontale et discours de responsabilité. Objectif : ménager les différentes sensibilités qui s’expriment au sein du parti, qui va de la droite sociale d’Aurélien Pradié aux Macron-compatibles comme Alexandre Vincendet en passant par la droite dure et civilisationnelle de Bruno Retailleau ou de la sensibilité singulière de Xavier Bertrand.

« Il fait avec ce qu’il a. Un groupe à l’Assemblée éclaté et géré par un président contesté, (Olivier Marleix, ndlr) un groupe au Sénat qui revendique une autonomie, un score à moins de 5 % à la présidentielle… Il est président de parti à 100 %, et doit assumer un rôle de président de groupe à 50 %. Il ne peut pas tout faire... », justifie auprès du HuffPost un cadre LR.

Des difficultés béantes à l’approche du projet de loi immigration, où les élus de droite peinent à parler d’une seule voix. En parallèle, Éric Ciotti cultive son discours personnel aux accents zemmouristes, comme lorsqu’il refuse dans un premier temps de condamner les militants d’extrême droite descendus à Romans-sur-Isère pour venger le jeune Thomas, tué à Crépol, avant de faire machine arrière après la condamnation sans détour de Jordan Bardella.

Là est tout le paradoxe pour Éric Ciotti : revendiquer une « clarté » très à droite, tout en tenant un parti qui vire à l’auberge espagnole. Avec, comme premier obstacle, les élections européennes en juin. Sauf surprise, c’est François-Xavier Bellamy qui devrait s’y coller. Choisi par Laurent Wauquiez alors président de LR en 2019, il avait récolté 8,2 % des voix, entraînant dans son sillage la démission du patron du parti. Dans les sondages, le Versaillais ne fait guère mieux pour le moment. De quoi entraîner la démission d’Éric Ciotti en cas de nouveau gadin électoral ? Un député LR soupire : « qui voudrait sa place ? ».

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