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Élections européennes 2024 : À Lille, le camp Macron tente de se rassurer autour de son armada

A Lille pour les européennes, le camp Macron tente de se rassurer autour de son armada, la totalité des têtes d’affiche du camp présidentiel s’alignant ensemble, à l’exception du seul président de la République.
SAMEER AL-DOUMY / AFP A Lille pour les européennes, le camp Macron tente de se rassurer autour de son armada, la totalité des têtes d’affiche du camp présidentiel s’alignant ensemble, à l’exception du seul président de la République.

POLITIQUE - « C’est Christophe Séjourné ? » Le ministre des Affaires étrangères peine à fendre les grappes de militants qui se pressent autour de lui en ce samedi 9 mars. Nommé au quai d’Orsay à la faveur du remaniement, le secrétaire général de Renaissance, qui aurait dû être le chef de file du camp présidentiel pour ces élections européennes, mesure sa popularité. Même auprès de ceux qui oublient son prénom, Stéphane.

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Ce n’est rien toutefois, par rapport à la ferveur qui accueille le reste de l’armada macroniste. Édouard Philippe, François Bayrou, Élisabeth Borne, Yaël Braun-Pivet et la quasi-totalité des ministres prennent place juste devant la tribune du Grand palais lillois, pendant que les jeunes militants « se mettent à chanter », rêvant de voir « l’Europe s’enflammer. » L’équipe type.

Avec Gabriel Attal et Valérie Hayer, salués comme des rockstars par les quelques milliers de militants (4 000 selon les organisateurs, un peu moins aux yeux du HuffPost), le camp présidentiel est donc au grand complet (ou presque), pour la première fois depuis des lustres.

Mobiliser « le socle »

Il faut dire que l’enjeu est de taille. À trois mois, pile, du scrutin, la coalition Renaissance - MoDem - Horizons, se lance dans la course avec près de 10 points (et plusieurs mois) de retard sur le Rassemblement national, donné largement en tête des sondages. Alors l’ambiance, ce samedi, est à gonfler les muscles. Et à rappeler les fondamentaux.

Dans la salle, les étoiles de l’Union européenne sont partout. Sur les drapeaux, évidemment. Sur le pupitre, bien sûr. Mais aussi sur l’écran bleu pâle qui sert de fond aux différents orateurs et sur les hoodies de ces jeunes qui lancent les chants dans l’auditoire.

Les récentes bisbilles, elles, ne se montrent guère. Malgré quelques épisodes fâcheux, les alliés François Bayrou et Édouard Philippe sont ovationnés. Aucune chapelle ne se fait visible (hormis quelques badges Renaissance ou Horizons ici et là). Les militants présents sont là pour clamer leur « besoin d’Europe », ce slogan commun qui s’affiche lui aussi en grand, en bleu ou en jaune, sur les nombreuses pancartes distribuées aux militants.

« La question fondamentale, c’est le socle », analyse l’eurodéputé Pascal Canfin auprès d’une poignée de journaliste avant que le meeting ne débute. « On est au moment de la campagne où il est essentiel de consolider notre base, après viendra la dynamique », veut-il croire.

Force est de constater que le « socle » macroniste est bien là dans le Nord. Si les femmes sont massivement présentes, tous les âges sont représentés. Installée au premier rang des gradins, Angélique est par exemple venue du centre de la France, de la Creuse, avec sa fille Pauline pour « soutenir le seul vrai parti proeuropéen. » La première dit craindre le vent qui souffle dans les voiles du Rassemblement national. La seconde, la vingtaine, veut presque se convaincre : « Au moins on aura tout fait pour éviter leur progression. Nous, on pourra se regarder dans une glace. »

« Battez-vous pour déjouer les pronostics »

La cible est identifiée. À la tribune, les orateurs décochent flèche après flèche contre le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen. Gérald Darmanin s’en prend à une formation « qui vit des problèmes et ne veut surtout aucune solution ». François Bayrou fustige ses atermoiements sur l’Ukraine. Édouard Philippe démonte les « postures inconséquentes des démagogues ».

Mais c’est sans doute Gabriel Attal qui se fait le plus tranchant. Le chef du gouvernement, premier à l’applaudimètre ce samedi, livre un violent réquisitoire d’une petite demi-heure presque entièrement consacré au parti d’extrême droite. Il s’en prend tour à tour au bilan du « clan Le Pen » au Parlement européen, à sa « vaste tromperie », aux accointances avec les « néonazis » européens, et exhorte ses troupes à « se battre jusqu’au bout » pour « déjouer tous les pronostics » et contrecarrer les plans de ceux qui veulent « détruire l’Europe. » Ovation.

À la tribune pour conclure cette kyrielle de discours, celle qui est encore méconnue malgré son statut de tête de liste, Valérie Hayer, ne se fait pas prier non plus. « L’auberge espagnole, plutôt que la Datcha russe », lance-t-elle dans une diatribe un peu poussive, pour mieux appeler les militants à « contrer les scénarios du pire. »

Il n’empêche. Derrière ces envolées, toutes saluées par des applaudissements nourris, la résignation face au Rassemblement national ne semble jamais loin. Chez les militants, voire parmi les élus. « Non, l’écart est trop grand », hésite Paul après avoir interrogé du regard l’ami qu’il n’accompagne à Lille Grand palais quand on lui demande s’il croit encore en une victoire de son camp le 9 juin prochain. Comprendre : dépasser Jordan Bardella.

« On devrait réussir à rapprocher les deux scores », poursuit le trentenaire en veste et col roulé, au diapason d’une assistance aux tenues impeccables. « Mais on ne fera pas mieux qu’en 2019. » Pascal Canfin, lui, peine à dire autre chose : « On peut être très haut, à 24 %, et avoir un Rassemblement national à 30, c’est deux dynamiques différentes », souffle l’eurodéputé. Le meeting se termine, l’hymne à la joie retentit. Mais jusqu’à quand ?

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