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Élection présidentielle en Russie : Vladimir Poutine n’est pas le seul candidat en lice, mais c’est tout comme

RUSSIE - La grande mascarade. Vladimir Poutine avait annoncé en novembre être candidat à l’élection présidentielle 2024 car il n’avait pas « d’autre choix ». Le choix, les Russes ne vont pas l’avoir non plus lors de ce scrutin… même si, officiellement, trois candidats font face à l’homme fort du Kremlin.

L’élection présidentielle russe se déroule sur trois jours, du vendredi 15 au dimanche 17 mars et, le moins que l’on puisse dire, c’est que le suspense est inexistant. Vladimir Poutine, 71 ans, devrait très facilement rempiler pour un nouveau mandat de six ans, ce qui lui permettra de rester au Kremlin jusqu’en 2030, soit trois décennies depuis son arrivée en Kremlin.

Dans le respect de la tradition russe, l’élection à venir a été savamment orchestrée pour donner l’illusion d’une démocratie : tous les candidats sérieux opposés à Vladimir Poutine ont été disqualifiés ou supprimés. Seuls certains partis, constituant sur le papier l’opposition parlementaire mais qui en réalité le soutiennent, pourront être représentés sur les bulletins de vote. Le Kremlin a ainsi placé ses pions sur l’échiquier : les blancs et les noirs.

Candidats fantoches

Cette année, le Parti libéral-démocrate, le Parti communiste et Nouveau Peuple sont les formations politiques qui seront représentées par des candidats. Leonid Sloutsky, 56 ans, est à la tête du Parti libéral-démocrate de Russie, une formation nationaliste et conservatrice qui se range derrière le président. Aussitôt désigné candidat, il a clairement annoncé la couleur pour l’élection à venir en prêtant allégeance à Vladimir Poutine, lui promettant une victoire « énorme » et assurant qu’il ne lui enlèverait « pas de voix », selon l’AFP.

« Tous ceux actuellement enregistrés soutiennent [Vladimir] Poutine à un degré ou à un autre », a d’ailleurs reconnu fin janvier un adjoint de Leonid Sloutsky au média russophone Vidsboku. Selon le média d’opposition russe en exil Meduza, citant des sources dans les administrations régionales, le Kremlin aurait pour projet de faire de lui le grand perdant de ce scrutin en le faisant arriver à la deuxième place, derrière Poutine et les 80 % des suffrages exprimés en sa faveur. Cette place est pourtant habituellement réservée au Parti communiste.

« Je ne peux pas dire que je vaux mieux que Poutine »

Nikolaï Kharitonov, 75 ans, représente justement le Parti communiste, qui s’en était sorti avec 12 % des votes au premier tour il y a six ans. Lui aussi a d’emblée clairement affiché son soutien à la politique du Kremlin en déclarant fin décembre : « Je ne peux pas dire que je vaux mieux que Poutine », selon le média russophone Sota Vision.

Nikolaï Kharitonov avait déjà été candidat il y a vingt ans, en 2004 (13,8 %). Il a également reçu le grade de colonel du FSB dans les années 2000 et l’un de ses neveux est par ailleurs mort au combat en Ukraine en juillet 2023.

Enfin, Vladislav Davankov, 39 ans, est le candidat de Nouveau Peuple. Il est le plus jeune et celui qui apparaît le plus opposé à Poutine. Cet homme d’affaires, qui a récolté 5 % des voix lors de l’élection du maire de Moscou en 2023, milite notamment pour une décentralisation économique du pays, une liberté accrue pour les entreprises et un allégement des démarches administratives. Dans ses déclarations, il prend toutefois bien soin de ne pas froisser le président russe ou préfère rester ambigu, comme sur l’invasion de l’Ukraine, pour laquelle il ne préfère pas dévoiler sa position.

Interrogé fin décembre sur sa volonté ou non de s’opposer fermement à Poutine, il avait alors répondu en louvoyant : « Il n’y a rien à gagner avec des critiques politiques. Ce sont des méthodes d’une autre époque », comme l’avait rapporté le groupe de médias RBK sur Telegram.

« “Gâchez” votre bulletin de vote »

Ce choix très restreint, on le doit notamment à la commission électorale qui a rejeté la candidature de Boris Nadejdine, seul véritable candidat anti-Poutine. Elle a estimé que 15 % des signatures de parrainage qu’il avait déposées étaient « erronées ». Celui-ci a la chance d’être encore en vie, contrairement à l’opposant principal de Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, mort en prison de causes encore inexpliquées quelques semaines avant la présidentielle.

Avant son décès, dans l’une de ses dernières prises de paroles en février, il avait appelé les Russes à voter n’importe quel autre candidat que Poutine, estimant que « cela pourrait être une démonstration puissante de l’état d’esprit du pays ». Un appel qu’a réitéré sa veuve en exile, Ioulia Navalnaïa le 6 mars.

« Vous pouvez voter pour n’importe quel candidat à l’exception de Poutine. Vous pouvez “gâcher” votre bulletin de vote et écrire “Navalny” en grosses lettres », a-t-elle exhorté, soulignant que « c’est une action très simple et sûre » qui « ne peut pas être interdite ». Et qui sera peut-être le seul choix réel que pourront avoir les citoyens russes en ce jour de scrutin.

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