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À Mayotte, une centaine de manifestants protestent contre les coupures d’eau presque quotidiennes

Des habitants se sont réunis devant les locaux du syndicat des eaux, pour manifester contre les coupures d’eau qui persistent dans le département le plus pauvre de France.

Une photo prise le 23 mai 2023 à Koungou, sur l’île de Mayotte, où un habitant remplit des jerricanes d’eau potable près du bidonville du quartier « Talus 2 ».
PHILIPPE LOPEZ / AFP

FRANCE - « On veut de l’eau, on veut de l’eau », s’écrient les manifestants réunis ce samedi 9 septembre devant les locaux du syndicat des eaux de Mayotte.

« Sans eau, on coule », « À l’eau citoyens », « Où sont les osmoseurs ? », « ouvrez les vannes, Mayotte a soif et veut des explications », pouvait-on lire sur des pancartes agitées par des manifestants.

Une centaine d’entre eux sont venus exprimer leur colère face aux coupures d’eau, quasi quotidiennes dans le 101e département de France.

Depuis lundi, les habitants du petit archipel français de l’océan Indien sont privés d’eau deux jours sur trois en Grande-Terre (l’île principale) en dehors de Mamoudzou, et quotidiennement de 16h à 8h, puis pendant 36 heures le week-end dans le chef-lieu et en Petite-Terre.

Le département le plus pauvre de France est soumis à sa plus importante sécheresse depuis 1997, alors que son approvisionnement dépend essentiellement des eaux pluviales, dans l’attente d’un osmoseur de grande capacité pour traiter l’eau de mer. Depuis plusieurs mois, l’eau est distribuée au compte-goutte aux quelque 310 000 habitants du territoire.

« Mes patients souffrent de plus en plus du manque d’eau »

« L’idée aujourd’hui était de lancer un premier mouvement, on ne s’arrêtera pas là », indique à l’AFP Aurélie Zougoula, psychologue de 32 ans, qui fait partie des organisateurs du mouvement.

« On a pensé à une manifestation pour cracher notre colère, pour qu’on puisse se faire entendre. On veut des explications : pourquoi on paye encore des factures d’eau, pourquoi on n’a pas de bouteilles d’eau gratuites ou au moins à prix accessibles (les tarifs sont compris entre 3 et 8 euros le pack de 6, NDLR). Il y a eu un plan d’urgence en 2017, mais rien n’a été fait. Cessez de nous mentir ! », s’agace l’organisatrice en direction des autorités.

Au sein du cortège qui se déplace vers la préfecture, Louise Bigot, infirmière de 33 ans, raconte son quotidien : « je travaille en soins palliatifs, à domicile, mes patients souffrent de plus en plus du manque d’eau. Certains n’en ont pas depuis des semaines. Dans un bidonville de Kaweni, situé en hauteur, le robinet ne fonctionne plus depuis mi-juillet. Des citernes viennent mais leur fréquence est aléatoire. Et puis, de plus en plus de patients souffrent de diarrhée. Ils ont du mal à respecter les recommandations de l’ARS (agence régionale de santé) et à faire bouillir l’eau ».

Axel Bourgeois, infirmier également, estime qu’« il faudrait qu’on monte avec des bidons de 50 kg sur le dos. C’est impossible et il n’y a aucune autre solution. On est un département français et on nous laisse mourir de soif ».

En queue de cortège, Marianne Petit, enseignante, s’inquiète pour les 500 élèves de son école, à Tsoundzou, au sud de Mamoudzou : « la semaine prochaine, ma classe ne viendra que mardi et vendredi matin, les seuls jours où il y a de l’eau. Le reste du temps, nous ne pouvons pas ouvrir, nous ne sommes pas sur le chemin de l’eau et nous n’avons pas de cuve. On sait que le niveau scolaire est bas à Mayotte, là ils vont finir l’année en ne sachant toujours pas lire... »

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