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À la COP28, le blocage "répugnant" des pays pétroliers sur la sortie des énergies fossiles

Alors que l’Opep appelle 23 de ses membres et associés à boycotter tout accord sur la sortie des énergies fossiles, les ONG et plusieurs pays pointent du doigt une mauvaise foi climatique.

ENVIRONNEMENT - Les pays pétroliers veulent mettre la COP28 K.O.. Alors que plus d’une centaine d’États rassemblés au sommet onusien espèrent tomber d’accord d’ici mardi 12 décembre sur des mesures devant permettre de limiter l’emballement du changement climatique, une vingtaine d’entre eux rament dans le sens inverse. En effet, les 23 pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) ont reçu une lettre urgente de leur secrétaire général, avec un mot d’ordre clair : ils doivent rejeter tout accord ciblant les énergies fossiles. Une attitude « répugnante » pour une partie du monde.

À la COP28, les technologies de captage du carbone polluent les débats sur la sortie des énergies fossiles

Et pour cause : les émissions de gaz à effet de serre causées par l’exploitation du gaz, du pétrole et du charbon sont la cause principale du changement climatique. En conséquence, dès le début de cette COP, plusieurs parties, dont la France, ont appelé à s’accorder sur une date de sortie des énergies fossiles. Elles s’alignaient ainsi avec les recommandations des scientifiques du Giec.

Une direction qui ne convient en revanche pas aux pays pétroliers, qui s’inquiètent de voir leur économie s’effondrer.

23 pays présents à la COP mobilisés

Mercredi, l’Opep a ainsi mobilisé dans l’urgence les représentants de l’Irak, l’Iran, des Émirats arabes unis (qui président cette année la COP), ou encore de l’Arabie saoudite, pour s’opposer à la sortie des énergies fossiles. Son message a également été envoyé aux dix pays associés, parmi lesquels le Mexique, l’Azerbaïdjan, la Russie ou la Malaisie, tous présents à Dubaï.

Dans sa lettre, le secrétaire général de l’organisation Haitham al-Ghais « presse » ces membres et leurs délégations de « rejeter proactivement tout texte ou toute formulation qui cible l’énergie, c’est-à-dire les combustibles fossiles, plutôt que les émissions ». Il alerte ensuite sur « la pression excessive et disproportionnée exercée sur les combustibles fossiles » et assure qu’elle « pourrait atteindre un point de basculement aux conséquences irréversibles, car le projet de décision contient encore des options sur l’élimination progressive des combustibles fossiles ».

« Bien que les pays membres » et leurs associés « prennent au sérieux le changement climatique (...), il serait inacceptable que des campagnes aux motivations politiques mettent en danger la prospérité et l’avenir de nos peuples », conclut-il enfin.

Réactions fumantes de la France et de l’Espagne

« Je suis stupéfaite de ces déclarations de l’Opep. Et je suis en colère », a déclaré ce samedi 9 décembre la ministre française de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher. Depuis Dubaï, elle a aussi rappelé que « les énergies fossiles sont responsables de plus de 75% des émissions de CO2 » et « qu’il faut en sortir si on veut limiter le réchauffement climatique à 1,5 degré ». « La position de l’Opep met en péril les pays les plus vulnérables et les populations les plus pauvres qui sont les premières victimes de cette situation », a-t-elle ajouté.

« Je pense que c’est une chose assez répugnante de la part des pays de l’Opep de s’opposer à ce qu’on mette la barre là où elle doit être » sur le climat, a également déclaré depuis le sommet son homologue espagnole Teresa Ribera. « L’Union européenne va s’aligner avec de nombreux autres, une grande majorité de parties à cette conférence, pour s’assurer que nous obtiendrons un résultat significatif et productif sur la sortie des énergies fossiles, la transition énergétique, tout en assurant l’accès à l’énergie pour tous », a-t-elle assuré.

« Rien ne met plus en danger la prospérité et l’avenir des habitants de la Terre, y compris les citoyens des pays de l’Opep, que les énergies fossiles », a jugé Tina Stege, émissaire pour la climat des îles Marshall, archipel du Pacifique menacé par la montée des eaux.

La présidence émiratie de la COP scrutée par les ONG

« La réaction de l’Opep montre qu’ils ont peur des appels croissants à la sortie des énergies fossiles et à la transition énergétique », a commenté Helena Spiritus, de WWF. « Il y a désormais une réelle possibilité que la COP28 envoie le signal du début de la fin de l’âge des fossiles. ». Auprès de l’AFP, Andreas Sieber de l’ONG 350.org a affirmé que « les projecteurs sont braqués sur la présidence de la COP28 », donc sur le patron du géant pétrolier Sultan Al Jaber, pour voir « si elle négociera un accord pour une transition juste ou si elle se laissera influencer par l’Arabie saoudite et l’industrie pétrolière ».

« Il est déjà assez regrettable que le deuxième groupe d’intérêt le plus important représenté à la COP soit le lobby des combustibles fossiles et voilà que les solutions » en cours de négociations, « sont bloquées en temps réel par leurs intérêts », a dénoncé à son tour Amiera Sawas, de l’initiative pour un Traité de non-prolifération des énergies fossiles, soutenue par des États insulaires et la Colombie.

Alors que la présidence de la COP28 par un pays champion du pétrole fait grincer les dents des ONG cette année, l’Azerbaïdjan a annoncé ce samedi qu’il accueillerait la prochaine conférence des nations unies pour le climat. La désignation du pays pétrolier et membre associé de l’Opep comme hôte de la COP29 n’a pas encore été ratifiée, mais la Bulgarie, qui était aussi en lice pour obtenir cette organisation, a retiré sa candidature et même l’Arménie, en guerre avec l’Azerbaïdjan, s’est résolue à soutenir la postulation de son voisin.

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