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Élections européennes 2024 : Quelle est cette liste « Alliance rurale » menée par le chasseur Willy Schraen

Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, photographié en 2022 (illustration)
STEPHANE DE SAKUTIN / AFP Willy Schraen, président de la Fédération nationale des chasseurs, photographié en 2022 (illustration)

POLITIQUE - Rendez-vous a été pris avec la presse. Mardi 5 décembre, Willy Schraen invite les journalistes pour le lancement officiel de sa liste, « Alliance rurale », à Paris. Au menu, « un buffet auvergnat avec le traditionnel aligot », mais pas seulement. Celui qui est connu pour porter la voix des chasseurs en France promet de défendre aux élections européennes « un patchwork de toutes les facettes du monde rural », et non une simple liste de chasseurs.

En amont de ce lancement en grande pompe, cette formation atypique se disant « apolitique » se dévoile peu à peu. Jeudi 30 novembre, le restaurateur Pierre Gagnaire, trois étoiles au Guide Michelin, a annoncé qu’il figurera sur cette liste, mais en position non-éligible. Ce vendredi 1er décembre, Le Point révèle que l’ex-star du rugby tricolore, Louis Picamoles, en fera également partie. Mais en position éligible cette fois.

Plus tête de veau que lait de soja

L’hebdomadaire égrène d’autres noms, comme celui de Robert Margé, président des éleveurs de taureaux de combat français, ou Laurent Jaoul, maire de la commune héraultaise de Saint-Brès, qui a déjà affiché sa proximité avec le patron des chasseurs. Le Point annonce aussi Camille Hoteman, 25 ans, « XXIVème Reine d’Arles », titre honorifique visant à endosser le rôle « d’ambassadrice de la culture provençale ». Côté programme, la liste entend défendre un mode de vie traditionnel ancré dans les territoires, face à une « élite technocratique ».

Plus tête de veau que lait de soja en quelque sorte. « Est-ce que demain on aura encore le droit de monter sur le dos d’un cheval, je n’en suis pas sûr. Est-ce que demain on pourra encore mettre un ver de terre sur un hameçon à la pêche ? Je n’en suis pas sûr. Est-ce qu’on mangera encore une côte de bœuf sur un barbecue ? Je n’en suis pas sûr et on peut décliner ça sur beaucoup de choses », expliquait récemment Willy Schraen à franceinfo, citant « l’agriculture, l’élevage, les valeurs françaises, la viticulture, la tauromachie, la restauration » parmi ses combats.

Côté électoral, « Alliance rurale » dit viser les 3 % pour obtenir le remboursement de la campagne, voire, dans le meilleur des cas, le seuil des 5 % offrant des eurodéputés. Des objectifs explicitement modestes qui interrogent sur les intentions de l’initiative. Notamment du côté du Rassemblement national, où l’on suspecte la bande de Willy Schraen, qui avait appelé à voter Emmanuel Macron en 2022, de vouloir chasser sur les terres lepénistes et le sentiment anti-élite sur lequel surfe allègrement le parti d’extrême droite. Et ce, dans le seul objectif de faire trébucher le RN dans le match pour la première place qui l’oppose à Renaissance.

Soupçons

« Ce qu’ils sont en train de faire, c’est de susciter des listes marginales, construites de toutes pièces, dans un bureau à l’Élysée, en se disant que si ça pouvait piquer 1 % à Jordan Bardella et l’empêcher de faire 30 %, on serait content. Ça ne marchera pas », déclarait début novembre au Grand Jury RTL-M6-Le Figaro, le vice-président du RN Sébastien Chenu, accusant Emmanuel Macron de « pousser en sous-main » la liste rurale.

Au sein du parti lepéniste, la menace est en tout cas prise au sérieux. À en croire Le Point, Marine Le Pen a pris personnellement son téléphone pour s’enquérir, auprès des concernés, de leurs intentions. La présence d’une personnalité aux premières loges du projet nourrit ce soupçon : Thierry Coste.

Lobbyiste pro chasse, cet homme de réseau est connu pour entretenir une bonne relation avec Emmanuel Macron, au point que certains lui attribuent le départ de Nicolas Hulot en 2018. Auprès de RTL le 25 octobre, l’intéressé jurait que l’objectif n’était pas de siphonner prioritairement le RN, tout en reconnaissant que cela ne devrait pas menacer le bloc central. « Je pense qu’une liste rurale, une liste de passionnés du monde rural, de ceux qui veulent défendre ce vivre et travailler dans nos campagnes, ça prend partout, à gauche comme à droite. Alors bien sûr, ça peut prendre aussi chez l’extrême droite », a-t-il expliqué.

Pour l’heure, Jordan Bardella peut se détendre. Dans le sondage Opinion Way pour Les Échos du 20 novembre, une hypothétique liste « Chasse /ruralité » est annoncée à 1 % d’intentions de vote. « Alliance rurale », qui se lancera officiellement mardi, aura six mois pour faire mieux.

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