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À Chartres, le cas d'un gynéco accusé de viols et d'agressions sexuelles examiné par l'Ordre des médecins

Un gynécologue de 81 ans, exerçant à Chartres (Eure-et-Loir), accusé de viols, d'agressions sexuelles et de mise en danger d'autrui, a été convoqué devant la chambre disciplinaire du conseil de l’ordre des médecins de la région Centre-Val de Loire, mercredi 14 février, a appris à BFMTV.com, confirmant des informations du Parisien. L'instance, qui pour statuer sur d'éventuelles sanctions, doit rendre sa décision à la fin du mois.

Mais l'homme, sous le coup d'une enquête pénale, est également mis examen pour ces faits. Cette mise en examen fait suite à des plaintes déposées entre 2020 et 2023 par sept patientes -trois pour "viols par personne abusant de son autorité", trois pour agressions sexuelles et une pour "mise en danger de la vie d’autrui"-, a appris BFMTV.com. Les faits dénoncés, eux, s'étalent de décembre 2018 à août 2020.

Le gynéco a été placé sous contrôle judiciaire en novembre 2020, avec interdiction d'exercer son activité médicale, a fait savoir le parquet de Chartres à BFMTV.com.

Convoqué par l'Ordre des médecins

Me Claire Corbille-Lalou, avocate de la plaignante qui a déposé plainte pour mise en danger d'autrui, espère que l'Ordre des médecins suspendra définitivement le gynécologue.

"Ma cliente souhaite que ce praticien n'ait plus le droit d’exercer la médecine. Elle ne veut pas que ça arrive à d'autres femmes", a-t-il confié à BFMTV.com.

En juillet 2020, cette jeune femme, âgée de 26 ans à l'époque, a rendez-vous avec ce gynécologue pour une interruption volontaire de grossesse (IVG) médicamenteuse. Mais, selon les termes de la plaignante, l'intervention tourne "à la boucherie". Le praticien tente de percer la poche amniotique avec un spéculum, une pratique contraire aux protocoles. La jeune femme, qui perd énormément de sang, est transportée à l’hôpital de Chartres. Dans un état critique, elle est opérée en urgence et transfusée.

"Ma cliente est extrêmement marquée par ce qui lui est arrivé", confie Me Claire Corbille-Lalou.

"Il m’a rentré le spéculum de force dans le vagin"

Les autres témoignages rapportés par nos confrères du Parisien sont eux aussi glaçants. En 2018, une des plaignantes, âgée de 28 ans à l'époque, prend rendez-vous avec le gynécologue. Elle n'arrive pas à avoir de rapports sexuels avec son compagnon. Lors de l'examen, le praticien insère brutalement ses doigts dans son vagin, provoquant une vive douleur chez la jeune femme, qui quitte le cabinet en pleurs avant la fin de la consultation. Quelques jours après, la jeune femme saisit le conseil de l'ordre des médecins de l'Eure-et-Loir.

Le 17 février 2020, la chambre disciplinaire du conseil régional de l’ordre des médecins lui inflige deux ans d'interdiction d’exercer, dont un an avec sursis. Une sanction confirmée plus tard en appel et mise à exécution de mars 2022 à fin février 2023, rapporte Le Parisien. Le 27 novembre 2020, il est placé en garde à vue dans cette affaire et mis en examen pour "viol par personne abusant de son autorité", selon nos informations.

Mais les policiers ont un doute et décident de lancer un appel à témoins sur les réseaux sociaux, pour inciter des victimes potentielles du gynécologue à se manifester. "C'est après cet appel à témoins que ma cliente a décidé de porter plainte", a d'ailleurs expliqué à BFMTV.com Me Claire Corbille-Lalou.

Selon nos confrères, c'est aussi à ce moment-là que d'autres femmes se manifestent. L'une d'elles rencontre le praticien en 2010, alors qu'elle n'a que 16 ans. Lors de son auscultation, la jeune femme se plaint de douleurs, provoquant la colère du gynécologue.

"Il m’a gueulé dessus, je me suis exécutée, et il s’est approché de moi avec un spéculum, j’avais peur, je ne voulais pas, et il a forcé. Il m’a rentré le spéculum de force dans le vagin, j’ai hurlé de douleur, il a continué en me disant que c’était dans ma tête. Il me caressait la cuisse en me regardant, et en disant: 'Tu vois, c’est dans ta tête. Je lui disais: Non, ça me brûle'", a-t-elle raconté lors de son audition, selon Le Parisien.

Traumatisée, la jeune femme ne dit rien et refuse de voir un gynécologue pendant une dizaine d'années. En 2020, lors d'un rendez-vous, un médecin détecte une fissure anormale des muqueuses de l’hymen, nécessitant une opération chirurgicale.

"Je suis chirurgien, je sais ce que je dis"

D'autres femmes se manifestent auprès des policiers et racontent des faits pouvant relever de l'agression sexuelle. L'une d'elles raconte avoir subi, en septembre 2020, une palpation des seins et une tentative de baiser, d'autres évoquent des gestes au niveau des fesses.

Le gynécologue a été mis en examen en 2020 et 2021 pour deux faits de viol, trois agressions sexuelles et un fait de "mise en danger de la vie d’autrui". En novembre 2023, il a à nouveau été mis en examen pour un troisième viol, daté d'août 2020, selon nos informations.

D'après Le Parisien, la plaignante explique que le praticien aurait simulé, lors d'un examen gynécologique, un rapport sexuel à l’aide d’un spéculum. Des faits que le médecin nie en bloc auprès de nos confrères, assurant que ses gestes étaient purement médicaux: "Je suis chirurgien, je sais ce que je dis", s’est-il défendu. Contacté par BFMTV.com, il n'a pas donné suite à nos sollicitations.

La décision de la chambre disciplinaire du conseil de l’ordre des médecins de la région Centre-Val de Loire devrait être rendue à la fin du mois de février. L'enquête, elle, continue. "On espère que le dossier d'instruction sera clos d'ici la fin de l'année", confie à BFMTV.com Me Claire Corbille-Lalou.

Article original publié sur BFMTV.com