La Défenseure des droits veut tester des zones sans contrôle d'identité, tollé chez les syndicats policiers

H.G.
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La Défenseure des droits Claire Hédon - JOEL SAGET © 2019 AFP
La Défenseure des droits Claire Hédon - JOEL SAGET © 2019 AFP

Les syndicats de police ont exprimé samedi leur vive opposition à la proposition de la Défenseure des droits Claire Hédon d'expérimenter des "zones sans contrôle d'identité" dont le caractère discriminatoire a été documenté dans plusieurs enquêtes.

"Cela fait un moment que l'on demande que soient menées des expérimentations parce qu'au bout d'un moment dans certains quartiers, pour certains jeunes, cela devient insupportable. Donc, est-ce qu'on ne peut pas expérimenter l'arrêt du contrôle d'identité: des zones sans contrôle d'identité", a déclaré vendredi Claire Hédon à franceinfo.

Le syndicat Alliance redoute "des zones de non-droit"

"Le problème de nos quartiers, ce ne sont pas les policiers. Ne facilitez pas le 'travail' des délinquants en créant des zones de non-droit", lui a répondu dans un tract Alliance, un des principaux syndicats chez les gardiens de la paix.

"La prochaine fois que les policiers croiseront une bande en route pour une expédition punitive armée, ils détourneront le regard?", s'est interrogé sur Twitter Synergie-Officiers, accusant la Défenseure des droits d'être "définitivement hors sol" et de vivre "dans un monde parallèle de bobos".

Le syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN) a ironisé sur la création de "fan zones pour les délinquants", qu'il faudra "baliser pour que les honnêtes citoyens n'y entrent pas".

L'État condamné pour des contrôles d'identité "au faciès"

Plusieurs travaux de chercheurs, contestés par les syndicats, ont permis de documenter les discriminations lors des contrôles d'identité. Une étude menée en 2009 à Paris par Open Society Justice Initiative et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) montrait qu'en France, les personnes perçues comme "noires" et "arabes" sont contrôlées respectivement six et huit fois plus que celles perçues comme "blanches".

En janvier 2017, un rapport du Défenseur des droits avait conclu qu'un "jeune homme perçu comme noir ou arabe (...) a une probabilité 20 fois plus élevée" d'être contrôlé que l'ensemble du reste de la population. En novembre 2016, la Cour de cassation avait définitivement condamné l'Etat pour des contrôles d'identité "au faciès", une première.

Début décembre, lors d'un entretien au média en-ligne Brut, Emmanuel Macron avait reconnu l'existence des contrôles au faciès et annoncé une plateforme nationale de signalement des discriminations, inaugurée vendredi par Elisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l'Egalité, avec la Défenseure des droits.

Article original publié sur BFMTV.com