Yemen : les Houthis ciblent le dernier bastion du pouvoir dans le nord

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Des dizaines de combattants ont péri dans des affrontements nocturnes au Yémen, où les rebelles ont intensifié leurs attaques pour s'emparer de la ville de Marib, dernier bastion du pouvoir dans le nord du pays en guerre.

Les rebelles houthis intensifient leur assaut sur Marib, dernier bastion du pouvoir yémenite dans le nord du pays. Des dizaines de combattants ont péri dans des affrontements nocturnes, ont indiqué dimanche 14 février les responsables des forces progouvernementales.

Les rebelles tentent depuis un an de s'emparer de cette ville riche en pétrole, située à environ 120 kilomètres à l'est de la capitale Sanaa qu'ils contrôlent depuis 2014. Mais la bataille s'est intensifiée depuis le 8 février, avec la reprise de l'offensive des Houthis.

Un succès des insurgés, soutenus politiquement par l'Iran, serait un coup dur pour le pouvoir yéménite, appuyé depuis 2015 par une coalition militaire dirigée par l'Arabie saoudite. Le royaume saoudien sunnite est le rival régional de l'Iran chiite.

Ces dernières 24 heures, les Houthis ont dépêché un grand nombre de combattants et lancé des attaques à partir de divers fronts contre Marib, ont indiqué à l'AFP des responsables des forces pro-gouvernementales.

L'aviation de la coalition est intervenue en appui aux forces loyalistes au sol, ont-ils précisé. Seize membres des forces pro-gouvernementales ont été tués, de même que "des dizaines" de rebelles, ont-ils ajouté.

Les Houthis ne divulguent généralement pas leurs pertes, mais différentes sources ont fait état depuis la reprise de l'offensive de lourds bilans dans les rangs des deux camps.

Les Houthis frappent à nouveau l'Arabie saoudite

Les rebelles ont par ailleurs réussi à couper les lignes d'approvisionnement en équipements militaires dans le district d'Al-Abdiya, à environ 50 kilomètres au sud de Marib, "en vue de préparer des attaques" et de "renforcer le siège" de la ville, a affirmé l'un des responsables militaires.

Les forces gouvernementales dans la ville ont appelé les tribus locales, qui sont armées, à leur venir en aide.

Outre l'intensification des combats à Marib après un calme précaire sur les fronts ces derniers mois, les rebelles ont repris leurs attaques contre l'Arabie saoudite, lançant notamment cette semaine des drones contre l'aéroport international d'Abha.

Dimanche à Riyad, la coalition a indiqué avoir intercepté deux drones tirés vers la ville garnison de Khamis Mushait qui abrite une importante base aérienne dans le sud de l'Arabie saoudite, selon l'agence officielle SPA.

Un responsable militaire des rebelles a indiqué que deux drones avaient ciblé l'aéroport d'Abha, situé non loin de Khamis Mushait.

L'aéroport a été le théâtre de plusieurs attaques lancées par les Houthis cette semaine, dont une a provoqué mercredi un incendie sur un avion civil au sol, selon les médias officiels saoudiens qui ont dénoncé un "crime de guerre".

La recrudescence des violences à Marib, ainsi que la multiplication des attaques des rebelles contre le territoire saoudien, sont intervenues dans un contexte jugé apaisant en raison de la nouvelle politique américaine au Yémen sous l'administration de Joe Biden.

Le président américain a décidé de mettre fin à son soutien à Riyad dans cette guerre et de retirer les Houthis de la liste des "organisations terroristes" pour ne pas entraver selon lui l'acheminement de l'aide humanitaire dans les territoires qu'ils contrôlent.

Même s'ils ont été placés sur la défensive avec l'escalade militaire, les États-Unis ont annoncé vendredi que le retrait des rebelles de leur liste noire des "organisations terroristes" entrerait en vigueur mardi.

Les efforts américains en vue d'une solution au conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés selon des ONG, sont ainsi restés pour l'instant sans effet.

Le Yémen est confronté à la pire crise humanitaire en cours dans le monde selon l'ONU, avec une population au bord de la famine. Des agences onusiennes ont averti que la moitié des enfants de moins de 5 ans pourrait souffrir de "malnutrition aiguë" en 2021, soit près de 2,3 millions d'enfants. Parmi eux, 400 000 pourraient mourir faute de "traitement urgent".

Avec AFP